Lecture / Ecriture
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Règne animal de Jean-Baptiste del Amo

Jean-Baptiste del Amo
  Une éducation libertine
  Le sel
  Règne animal

Jean-Baptiste Del Amo est le nom de plume de Jean-Baptiste Garcia, écrivain français, né à Toulouse en 1981.

Règne animal - Jean-Baptiste del Amo

Exploitation intensive de tout et tous
Note :

   Rentrée littéraire 2016
   
   C'est sur la foi de la quatrième de couverture que j'ai accepté de découvrir ce roman (et puis, Gallimard quand même)
   
   Dans une ferme du Gers, au début du 20ème siècle, l'on vivote en autarcie, vendant porcs engraissés ou porcelets les bonnes années. Les travaux des champs? A la main! L'épouse (vite désignée comme la génitrice ou plus tard la veuve) est rude, exaltée et bigote. Le père et sa fille Eléonore ressentent quelque affection, vite étouffée par l'ambiance. Le chien Alphonse a droit à un nom, ainsi que Marcel, un cousin dont la présence et l'aide devenues nécessaires sont acceptées à contre cœur.
   Soixante ans plus tard, début des années 80, l'élevage porcin a pris de l'ampleur, il est 'moderne', mais à trop forcer la nature, guettent les maladies. Les générations vivant à la ferme se côtoient, sous l’œil interrogateur de Jérôme, le petit dernier un peu 'différent'.
   
    D'accord, ce n'était pas à la même époque, mais j'ai connu des fermes dans mon enfance, et il me semble que c'était moins rude! Âmes sensibles s'abstenir! Les fausses couches de la future 'génitrice' m'ont mis le cœur au bord des lèvres (la défloration d'Eléonore, pas mal non plus) (et pourquoi saigne-t-elle, alors, plus tard?). Ah on n'est pas chez Disney, avec de mignons animaux proprets le ruban au cou! On vit dans la sueur, la crasse, la merde, le lisier, le sang, le sperme. Jusqu'à la fin, où j'imagine cadavres et purin emportant tout...
   
    C'est donc noir, très noir, très écœurant; l'auteur a chargé la mule (tiens, pas de mule dans le roman, juste des chevaux) pour tous ses personnages, je respecte son choix, mais il faut savoir que même morts, les malheureux ont encore droit aux descriptions sous la terre du cimetière.
   
    A relire la quatrième de couverture, je m'aperçois que j'attendais une histoire plus clairement exposée, avec les dérives de la surexploitation animale, de la sélection génétique affaiblissante et des risques encourus par les humains. Je l'y ai trouvé, mais juste en passant.
   
    En revanche ce fut l'occasion de découvrir l'écriture de l'auteur, là rien à redire, on a parfois le dégoût, mais c'est bien écrit. A certains moments j'ai craint les descriptions rurales ou guerrières trop souvent lues (oui, la fenaison, oui, on tue le cochon, oui, la mobilisation) mais des moments grandioses emportent le lecteur, comme les souffrances de Marcel à son retour, ou La Bête... Rares instants de respiration quand Eléonore ou un autre choisissent de garder en vie un petit animal...
   
    Quatrième de couverture:
   "Règne animal retrace, du début à la fin du vingtième siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d’une violence ancestrale. Seuls territoires d’enchantement, l'enfance – celle d’Éléonore, la matriarche, celle de Jérôme, le dernier de la lignée – et l’incorruptible liberté des bêtes parviendront-elles à former un rempart contre la folie des hommes?"

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critique par Keisha




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Roman de la douleur
Note :

   Récompensé par de nombreux prix notamment le Prix Goncourt du premier roman en 2009 pour "Une éducation libertine", il publie en 2010 "Le sel", puis en 2013 "Pornographia" et en septembre le très remarqué, retenu dans la sélection du Goncourt "Règne animal"
   Deux parties pour ce roman qui court sur le XXe siècle. De 1898 à la fin de la première guerre mondiale, nous côtoyons les membres d’une exploitation familiale, éleveurs de porcs. "Cette sale terre" ouvre cette longue histoire. Un saut dans le temps, 1981, nous retrouvons les descendants de cette ferme traditionnelle qui ont dû se soumettre aux exigences de l’industrialisation agricole, productivité et rentabilité.
   
   Personnage clé, Eléonore la petite fille élevée dans la solitude et la sécheresse des sentiments auprès d’une mère qui ne l’aime pas et d’un père broyé par le travail de la porcherie. Un monde de taiseux. L’arrivée d’un jeune cousin venu aider à la mort du père fait naître chez l’adolescente un amour inespéré que rien n’entamera même lorsque Marcel reviendra du front, défiguré, traumatisé.
   
    Devenue grand-mère, Eléonore assiste impuissante aux malheurs de sa famille qui s’est lancée dans l’exploitation industrielle de l’élevage porcin. Drames humains, maltraitance des animaux, incompréhension, mésententes concourent à faire de ce roman un réquisitoire contre le profit lié à l’inhumanité car il s’agit bien d’inhumanité que ce soit envers les hommes tombés dans l’animalité ou les animaux martyrisés.
   
   Roman de la douleur, il s’inscrit dans la lignée des grands romans qui posent des questions sur le devenir de l’homme dans un monde éternellement en mutation. Roman d’aujourd’hui, prise de conscience de l’impasse qui se dessine dans la course au profit.
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critique par Michelle




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419 pages et une écriture très forte mais... Ça pue !
Note :

   Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
   
   Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.
   
   Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"" il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
   
   Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.
   
   Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
   
   Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.
   
   L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-cœur (était-ce bien nécessaire?).
   
    Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.

critique par Clara et les mots




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