Lecture / Ecriture
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Tandis que j’agonise de William Faulkner

William Faulkner
  Pylône
  Absalon, Absalon!
  Si je t'oublie, Jérusalem
  Le gambit du cavalier
  Le Bruit et la Fureur
  Sanctuaire
  L'intrus
  The Bear
  Une rose pour Emily
  Sartoris
  Lumière d’Août
  Les Snopes : Le hameau, La ville, Le domaine
  Appendice Compson : 1699-1945
  Tandis que j’agonise
  Monnaie de singe
  Moustiques
  Le Hameau
  Treize nouvelles

William Faulkner est un écrivain américain né en 1897 et mort en 1962 dans le Mississippi.
Il a été scénariste. Il a écrit des poèmes, des nouvelles et des romans, le plus souvent situés dans le Mississippi. Il est un des grands écrivains "du sud"
Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1949.

Tandis que j’agonise - William Faulkner

Folio-bilingue
Note :

   J’aime bien les Folio-bilingue qui permettent d’aller du texte original à sa traduction. C’est pourquoi j’ai choisi cet opus pour lire un nouveau Faulkner. Je ne lis pas souvent cet auteur, que j’apprécie moyennement, toutefois j’avais vraiment aimé "Lumière d’août".
   
   Le roman se compose de monologues (j’en ai compté 58), pour une quinzaine de personnages qui s’expriment. Le personnage principal Addie Bundren, la mère qui va mourir, puis qui décède et que l’on transporte jusqu’à Jefferson, pour l’enterrer dans sa famille selon ses vœux, ne s’exprime qu’une seule fois au milieu du roman ; son témoignage m’a laissée songeuse. Non ce n'est pas du tout le registre d'"elle va mourir la mamma..."
   
   Addie laisse deux grands fils qui avoisinent la trentaine : Cash et Darl. Selon les voisins (Cora et Vernon qui nous en apprennent beaucoup sur la famille) ils feraient bien de se marier. Une des jeunes femmes au chevet d’Addie, en convoite au moins un. Mais ni l’un ni l’autre n’y a jamais songé semble-t-il. Ils travaillent pour faire tourner la ferme, vu qu’Anse, le père, ne fiche rien.
   "Ouais, dit le père Billy, c’est bien de lui, ça, un homme qui, toute sa vie, a laissé les choses sans s’occuper de rien, d’aller juste se mettre en tête de faire ce qui pourra causer le plus de tourment à tous ceux de sa connaissance"
.
   Ce tourment, c’est d’amener le cercueil d’Addie à Jefferson pour qu’elle soit enterrée dans sa famille, alors que la rivière est en crue, et que la charrette traînée par des mules doit passer par au moins deux ponts qui sont inutilisables. Mais personne ne s’oppose à la volonté du père, sauf Darl et ça lui coûtera cher.
   
   Anse veut surtout aller à Jefferson se faire poser un dentier, et il a une autre raison qu’on saura à la fin. Cash ne se pose pas la question ; c’est un bon ouvrier qui s’occupe avant tout de ses outils, et de la solidité du cercueil ; ses sentiments s'expriment par le travail manuel… le troisième garçon Jewel (qui est le "fruit du péché comme on disait alors") ne se définit que par son cheval qu’il a acheté lui-même, non sans peine. Dewey Dell, la fille de 17 ans, espère se faire avorter à la ville pour dix dollars ! le petit garçon Vardaman, le benjamin, pense à un train électrique entrevu dans une vitrine là-bas.
   
   Cet éprouvant trajet, parsemé d’accidents plus ou moins graves, est également teinté d’un humour très noir.
   
   Au milieu du roman nous avons donc la confession d’Addie : on a compris qu’elle n’était guère proche de ses enfants ni de son mari (le petit Vadaman, la compare à un poisson qu’il venait de pêcher, lorsqu’elle est morte. Etrange !)
   
   Addie travaillait dans une école et cravachait des enfants ; était-elle institutrice ? Aucun des enfants Bundren n’a été à l’école ?
   
   Elle a connu son père ; qui lui disait que le but de la vie c’était se préparer à être mort très longtemps;et n’accorde aucun crédit au langage ; n’a aimé rien ni personne, sauf un peu le sexe (semble-t-il ?) veut être enterrée à Jefferson dans sa famille, dont nul ne sait rien, et qu’elle n’aimait pas (je haïssais mon père pour m’avoir engendrée).
   
   Une énigme que cette femme.
   
   Ce roman est très vivant, plein de rebondissements ; on est proche des personnages, surtout de Darl qui commente sombrement les situations et se pose des problèmes existentiels. "Il faut deux personnes pour faire un homme mais il n’en faut qu’une pour mourir ; c’est comme cela que le monde finira".
   
   La langue de Faulkner est relativement simple, et belle, on n’oubliera pas de sitôt l’incroyable équipage qui fait route vers Jefferson, suivi d’oiseaux charognards que le petit garçon compte, et tente parfois vainement de chasser. La fin est d’une ironie amère.

critique par Jehanne




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