Lecture / Ecriture
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Guerre et térébenthine de Stefan Hertmans

Stefan Hertmans
  Guerre et térébenthine
  Comme au premier jour
  Le cœur converti

Stefan Hertmans est un écrivain belge né en 1951.

Guerre et térébenthine - Stefan Hertmans

Le cœur encore ébahi
Note :

   "Pendant plus de trente ans, j'ai conservé sans les ouvrir les cahiers où soigneusement, de son écriture incomparable d'avant-guerre, il a consigné ses souvenirs; il me les donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de deux chiffres dans une date."
   

   Tout débute par un souvenir d'enfance de l'auteur se déroulant à la mer. Son grand-père remontant le bas de son pantalon en compagnie de sa grand-mère, assis dans le sable sur la plage.
   
   Tout en nous retraçant l'enfance et la jeunesse de son grand-père, il nous ramène sur les lieux dans la ville qui ont un goût d'enfance aussi bien pour l'auteur que pour son grand-père.
   
   Les parents de son grand-père s'étaient mariés suite à un coup de foudre. Celine la fille de marchand qui avait étudié, voulait absolument faire sa vie avec Franciscus, peintre dans les Eglises. Celine qui portaient de belles bottines aux pieds dut les échanger contre les sabots des pauvres.
   
   Ils furent parents de cinq enfants dont Martien. Si l'on tend l'oreille, on pourrait percevoir le claquement dans les rues de Gand d'un gamin qui court pour trouver de la nourriture et ainsi aider sa mère qu'il adore. Son père, il l'aime tout aussi fort.
   
   Quand on est pauvre, on n'a pas le choix et dès que l'on peut on part travailler, pour Martien ce sera la fonderie où il doit absolument maintenir en équilibre l'immense cuve dans laquelle bout le liquide.
   
   Il adore accompagner son père dans les Eglises, lui donner ses pigments et rester en silence ensemble.
   
   Son père est amené à partir un an en Angleterre pour son métier malgré le désespoir de Celine. Elle s'inquiète car il est asthmatique et le climat de là bas ne lui conviendra pas mais surtout être séparée de lui pendant une longue année.
   
   Martien désire apprendre à peindre également, le soir après le travail, il se rend à l'école des Beaux Arts mais tracer des lignes à n'en plus finir... il abandonne. Alors il va apprendre par lui même petit à petit.
   
   Son père revient d'Angleterre affaibli et meurt. Celine devient comme folle, elle ne s’occupe plus de ses enfants jusqu’au jour où elle se réveille. Les prétendants se présentent. Celine accepte la proposition de Henri mais selon un accord, elle l'épouse mais il ne pourra jamais la toucher.
   
   Martien déteste son beau-père qui se permet de s'asseoir dans le fauteuil de son père.
   
   Etant pauvre, il n'a que deux solutions, la prêtrise ou l'armée. Il choisit l'armée dans laquelle il va servir quatre ans.
   
   Les écrits du petit carnet sont un témoignage bouleversant de cette guerre qui fut une boucherie. Martien a participé à la bataille de l'Yser. Entre les lignes, on découvre un pan d'histoire de mon pays. L'arrogance des officiers qui parlaient français comme ce l'était à l'époque dans les milieux huppés, et ce mépris qu'ils avaient pour les flamands. Les soldats wallons s'en excusaient même auprès de Martien car entre soldats, ne se posait aucun problème.
   
   La guerre entre francophones et flamands date en partie de cette époque.
   
   Blessé trois fois, convalescence en France et en Angleterre, il va monter de grade, recevoir des médailles. Et enfin la libération tant attendue.
   
   A son retour à Gand, il découvre son beau-père qui s'est mis à boire, sa mère dont les cheveux sont devenus gris, ses sœurs si jolies et la voisine du marchand de grains à l'arrière de leur maison. Maria, comme il va l'aimer, ils sont prêts à se marier mais la grippe espagnole en décide tout autrement.
   
   Alors après la mort de Maria, son futur beau-père lui demande de ne pas quitter la famille. Martien comprend et après réflexion, il épouse la sœur de Maria, Gabrielle.
   
   Dans la dernière partie du livre, Stefan Hertmans par à la recherche des traces du passé de la grande guerre, sur les traces laissées par son grand-père. Naturellement, les paysages de l'époque sont modifiés, les monuments sont pour la plupart laissés à l'abandon sur un bord de route mais l'Yser lui, est tel que son grand-père l'a décrit lors des embuscades.
   
   "Tout cela remonte à si longtemps, cela fait un siècle, je marche ici en portant ses gênes dans mon corps, plus seul que solitaire et en retard pour tout. Et, voilà encore le coucou, cette fois proche, fort comme dans un rêve, ce qui me fait sursauter. Il vole au-dessus des arbustes dans la fraicheur du printemps, lançant son appel comme certains jours de mon enfance. Il imite la pendule à coucou dans la pièce sombre du milieu, c'est mon grand-père qui relève les poids de cuivre et dit quelque chose d’indistinct à ma mère à propos du temps"
   

   Martien n'a jamais cessé de peindre. Même durant la guerre, il esquissait les croquis de moment de repos, il faisait le portrait de ses camarades. De ces croquis, il n'en reste rien.
   
   Il n'a jamais peint pour gagner sa vie. Il peignait comme s'il était le relais de son père. Il fut l'ami du peintre Baeyens. Il était daltonien mais ne le comprit que plus tard. Il était un excellent copiste et même plus âgé quand ses doigts étaient déformés, qu'il ne voyait plus rien, il persévérait.
   
   Comment expliquer, l'inexplicable. Pourquoi certains livres vous bouleversent et d'autres pas ? Je flotte encore au milieu de ses pages, le cœur encore ébahi.
   
   Le récit d'un autre monde qui s'évanouit en 1918, les souvenirs d'un enfant accompagnant son grand-père, mais surtout cette envie de le comprendre en parcourant le même chemin, un vrai coup de cœur.
   
   Sans oublier la description de la ville de Gand où je suis allée en voyage scolaire en primaire et que je n'ai jamais oubliée.
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critique par Winnie




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Toujours rien de nouveau
Note :

   Titre original : Oorlog en terpentijn, 2013
   
   L’auteur raconte la vie de son grand-père, Urbain Martien (prononcez Martine), originaire de Gand, dont la vie fut marquée par la guerre et l’art pictural. Se servant des mémoires de cet homme, il s’exprime tantôt à la troisième personne, tantôt à la première, et souvent au présent, pour exalter la vie qui palpite dans son souvenir du défunt.
   
   D’abord éprouvé par une enfance de pauvreté, mais satisfait de ses parents : sa mère Céline est pour lui la plus belle femme du monde (et le restera) ; son père est peintre de fresques d’église : il restaure les peintures d’établissements religieux ; il gagne peu et son asthme que tourmente la térébenthine n’arrange rien.
   
   Urbain aide son père et prend goût à l’art pictural, apprend à dessiner, travaille dans une fonderie, puis s’engage dans l’armée. En 1914, il y est toujours, et va au front pendant toute la grande guerre, blessé plusieurs fois, toujours renvoyé au casse-pipe. Son expérience est à peu près la même que celle du soldat allemand engagé sur les conseils de son prof dans "A l’ouest rien de nouveau", (on pense souvent à ce roman) sauf qu’Urbain subit plus longtemps le conflit, dont les péripéties et les souffrances sont davantage développées.
   
   Il fait aussi l’objet d’un racisme anti-flamand de la part des Wallons ! En dépit de ses bons services, il n’obtient qu’une modeste pension militaire.
   
   Les années 30 et 40 le voient atteint d’une sorte de maladie mentale (venue ou aggravée par le traumatisme de guerre). Il peint comme son père, mais sans en faire un vrai métier, et devient copiste de tableaux amateur. Il a assimilé en autodidacte beaucoup de notions de peinture ancienne, admire Rembrandt et Dürer et la Vénus de Vélasquez "la nudité de la Vénus de Vélasquez, si naturelle, et chaude et désinvolte, le calme même, total, de ce corps alangui, princier, cela ne pouvait exister que dans la peinture, seulement et uniquement dans le réconfort de la peinture" ; on s’en doute cette Vénus représente la femme qu’il n’a pas connue, et en copiant le portrait il ajoute des détails personnels.
   
   Le livre aurait pu s’intituler "Guerre et paix", tant les périodes apaisées voire heureuses de l’existence de cet homme correspondent aux moments où il dessine et peint. Et comme il réussit à dessiner même dans les tranchées, on peut dire que sa capacité à résister au pire force l’admiration.
   
   Le style est travaillé, riche, parfois inspiré, et l’on s’attache à ce personnage.
   
   Pourtant, l’auteur (le petit fils ) considère le lecteur, davantage comme un membre de la famille, que comme un simple lecteur, et nous donne des informations et des précisions qui ne pourraient intéresser que ses proches. D’où un relatif ennui bien qu’il y ait beaucoup de belles pages.

critique par Jehanne




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