Lecture / Ecriture
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Jenny de Sigrid Unset

Sigrid Unset
  Jenny

Jenny - Sigrid Unset

Norvège début du 20ème siècle
Note :

   Après Henrik Ibsen, je continue la préparation de mon voyage en Norvège, en lisant l’une des plus grandes écrivaines norvégiennes : Sigrid Undset, prix Nobel de littérature. Je relirai un jour "Christine Lavransdatter" considéré comme son chez d’œuvre mais je veux commencer par découvrir d’autres œuvres d’elle qui me sont inconnues.
   
   Jenny, en partie autobiographique, est un roman qui aborde le thème de l’indépendance de la femme et de sa liberté sexuelle. Jenny Winge est une jeune peintre. D’un milieu modeste, elle a dû aider sa mère veuve à élever ses frère et sœurs, puis elle est partie à Rome, rêve de tout artiste et de tout voyageur cultivé. Elle partage un appartement avec son amie la belle et fragile Fransika, et toutes deux se lient d’amitié avec deux amis norvégiens, peintres comme elles : Gunnar Heggen et le Lennart Alhin. C’est dans une rue de Rome que Helge Gram, étudiant en archéologie, les rencontre et se joint à eux. Bien vite, il tombe amoureux de Jenny, et ils vont vivre un amour platonique et heureux, au cours de promenades bucoliques dans la ville enchantée. Ils décident de se marier mais lorsqu’ils retournent à Oslo, l’enchantement se dissipe. Jenny s’aperçoit qu’elle n’est pas amoureuse et refuse de se donner à Helge. Les deux jeunes gens se séparent. Le père de Helge, homme mûr mais encore séduisant va alors aider Jenny déprimée. Désolée de ne pouvoir aimer vraiment, en quête d'amour, elle en fait son amant. Je ne vous en dis pas plus quant aux conséquences de son geste.
   
   L’analyse psychologique des personnages est complexe. Ce sont des êtres tourmentés, pleins de contradictions. Jenny veut être indépendante mais elle a besoin d'un mari, d'un guide, pour s'appuyer sur lui. Elle se donne sans amour à un homme mais elle ne peut se consoler d'avoir trahi son idéal de pureté. D’apparence forte, indépendante, sûre d’elle, elle va se révéler fragile. Elle brave la société mais ne parvient pas à se libérer de sa morale et de ses lois sévères. Tous sont marqués plus ou moins par la religion et par la morale sociale, et s'ils les refusent, ils en subissent le joug, les femmes plus que les hommes.
   
   J’ai beaucoup aimé la première partie à Rome où l’on a le temps de s’attacher aux personnages dans un décor plein de charme et la troisième partie qui montre l’errance physique et morale de Jenny et le retour à Rome. La seconde partie à Oslo m’a paru beaucoup plus théorique et donc moins intéressante. Sigrid Undset y expose ses idées sur la femme à travers plusieurs personnages, Gunnar Heggen, prenant ici une grande importance. On y découvre pourtant des portraits et des analyses psychologiques très fortes, celles d’une grande écrivaine qui pénètre dans les méandres des consciences humaines pour en révéler les profondeurs : ainsi le couple Gram, les parents de Helge, liés par la haine, avec la noirceur corrosive de l’épouse jalouse, le mépris féroce de l’époux prisonnier d’un lien qu’il ne supporte plus.
   
   Paru en Norvège en 1911, ce roman a fait scandale mais au-delà des controverses qu’il a fait naître, il a le mérite de poser des questions jamais abordées avant Ingrid Undset et de le faire avec franchise. Une femme peut-elle prétendre à la liberté sexuelle sans être mise au ban de la société, peut-elle élever son enfant seule? Doit-elle si elle se marie, abandonner son travail, son art si elle est peintre, et se soumettre à la volonté de son mari? Une femme est-elle destinée à être mère, épouse et rien d’autre? Il n'est pas sûr que Sigrid Unset réponde entièrement par l'affirmative si l'on en juge par le dénouement pessimiste de son roman que les féministes de l'époque n'ont pas manqué de lui reprocher!
   
   Mais on comprend combien ces questions remettaient en cause les fondements de la société en Norvège à cette époque, pourquoi en France, en 1929, il méritait encore "un avertissement aux lecteurs", et l’intérêt qu’il peut avoir de nos jours dans de nombreuses sociétés.

critique par Claudialucia




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