Lecture / Ecriture
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Les vengeurs de Headon Hill

Headon Hill
  Les vengeurs

Les vengeurs - Headon Hill

La vengeance est un plat qui se mange froid
Note :

   La littérature, c'est comme la musique. Elle peut être enjouée, frénétique, foisonnante, interprétée en solo ou par un orchestre de cinquante musiciens, lascive, nostalgique, politique, revendicative, revancharde, émouvante, de salon ou de kiosque, classique ou moderne, inédite ou alternative, tonique ou soporifique... Ajoutez les adjectifs qui vous inspirent.
   
   "Les Vengeurs" serait à classer dans le style slow langoureux, parfois avec un léger changement de rythme, mais avec cette particularité de donner l'impression au lecteur de danser alternativement avec deux partenaires jumelles (ou jumeaux mesdames). En effet ce roman qui date de 1906, berce doucement le lecteur, ne le brusque pas, lui permettant d'apprécier dialogues et descriptions, et emprunte à un thème qui fut abondamment exploité par la suite, celui des sosies. Contrairement aux romanciers populaires qui sortaient de leurs chapeaux un sosie afin de résoudre une énigme, Headon Hill place d'entrée ce cas de figure comme élément essentiel de l'intrigue.
   
   Depuis plusieurs semaines la belle, jeune et riche Marion Fermor a l'habitude de s'installer avec élégance et confortablement dans un fauteuil dans le bureau de John Quayne, éminent détective dont les fenêtres donnent sur le Strand, grande artère londonienne fort passagère. Marion est orpheline et a hérité depuis près de deux ans, époque à laquelle elle a atteint sa majorité, la coquette somme de deux millions de livres sterling. Elle a été élevée par sa tante Jane Middleton or un incident s'est produit dans sa vie. Elle s'est promise à Nigel Lukyn, qui actuellement est enfermé dans un centre psychiatrique à la demande de sa mère. Nigel est coléreux, vindicatif, grossier mais Marion n'a qu'une parole et elle est bien décidée à favoriser sa sortie.
   
   Soudain Marion bondit de son fauteuil et montre un individu dans la rue à Badger, le jeune apprenti de Quayne. Cet homme qui a attiré son attention se nomme Leslie Armitage. Ex capitaine de hussard d'origine noble et militaire, il a perdu sa fortune confiée naïvement à un aigrefin et depuis il vit en aristocrate déchu, n'ayant que quelques pièces de menue monnaie pour subsister.
   
   Marion lui propose, contre une somme d'argent qu'il aurait tort de refuser, de prendre la place de Nygel dans la clinique et de favoriser son évasion. Leslie y restera quelques semaines, le temps de prouver au docteur Beaman qu'il a recouvré tous ses esprits. C'est le coup de foudre immédiat de la part de Leslie qui tombe amoureux de cette belle et pure jeune fille. Marion n'est pas insensible non plus à la prestance de Leslie, mais elle n'a qu'une parole. Même si elle se rend compte qu'elle a peut-être donné son aval un peu précipitamment : J'ai agi étourdiment, c'est possible; j'ai été guidée plus par l'amour-propre que par l'amour de ce pauvre Nigel. N'empêche que je me dois à lui tout entière, lui ayant librement et loyalement donné ma foi. Telles sont ces réflexions intérieures qui la guident. Leslie accepte le marché et en compagnie de Quayne se rend non loin de la maison de santé. Alors qu'ils devisent tranquillement un individu tire sur Leslie, ne l'atteignant que superficiellement. Un incident qui ne perturbe en rien l'entrée de Leslie dans cet établissement de soins.
   
   Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si... Et oui, il y a un Si.
   
   Une petite bande de tueurs est à la recherche de Nigel.
   
   Pour finir, la question se pose au lecteur : qui est maintenant au bras de Marion ? Nigel son ancien promis ou Leslie qui s'est dévoué par amour ? Un détail, qui ne sera remarqué que beaucoup plus tard, l'histoire dure tout de même six mois environ, aurait dû mettre tout ce petit monde sur la piste. Entre temps de nombreux événements se dérouleront, et souvent leur vie ne tiendra qu'à un fil, ou à un cordage puisqu'un voyage en bateau sur le yacht de Marion est envisagé.
   
   Ce roman qui semble délicieusement rétro possède une étrange parenté avec ceux d'aujourd'hui, mais en moins violent, moins charnel. Si le thème du sosie, ou de la gémellité, fut depuis abondamment exploité, ce n'était pas encore à l'époque une constante. D'ailleurs le lecteur est prévenu. La recherche du sosie et son emploi est l'un des ressorts de l'histoire. Et la servante traîtresse, la bonne sœur déguisée, par exemple, font partie de la panoplie des personnages qui traversent les récits de suspense et d'énigme. Mais ce qui est étonnant c'est cette interférence avec une société secrète combattant le capitalisme, ce que l'on pourrait appeler un syndicat, dont les moyens de parvenir à un but bien défini vont jusqu'à l'extrême. De nos jours les syndicats sont beaucoup moins virulents même si les provocateurs existent, tout comme dans les rangs de la police d'ailleurs.
   
   Une histoire qui débute à la manière d'un marivaudage comme le souligne Jean-Daniel Brèque dans son introduction : Headon Hill a eu le trait de génie d'appliquer au roman criminel les codes du marivaudage : substitution d'identité, travestissement, rendez-vous secrets, quiproquos, tout y est ! Sauf que les ressorts de l'intrigue ne sont pas l'amour et le badinage mais bien la vengeance et la folie meurtrière.
   
   Qu'ajouter de plus ? Que c'est un excellent roman de délassement, fort bien construit, plaisant à lire, et l'on en redemande.
   
   Titre original : The Avengers – 1906

critique par Oncle Paul




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