Lecture / Ecriture
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Le train d'Alger de Béatrice Fontanel

Béatrice Fontanel
  L'homme barbelé
  Dès 10 ans: Bogueugueu entre en sixième
  Dès 06 ans: La chose
  Dès 07 ans: Bogueugueu, les copains, l'école et moi
  Le train d'Alger

Le train d'Alger - Béatrice Fontanel

238 pages qui prennent aux tripes
Note :

   "Embuscades, rafale de mitraillette, mines, grenades, voitures piégées, coupe de fusil, coups de couteau… Je ne comprenais rien à cette sarabande macabre. Mais j'entendais… J'entendais des bruits les, les explosions, les coups de sifflet, le cris, les tirs, les sirènes des ambulances dans la ville. J'entendais les gens courir. Rien de plus inquiétant pour moi que le bruit de pas de course, surtout lorsqu'on ne sait pas ce qui se passe."
   Nous sommes à Alger où la narratrice est encore en petite enfance en cette période sombre de l’histoire de l’Histoire avec le FLN, l’OAS et le souffle de l’indépendance revendiquée. On est loin des paroles rassurantes du 18 juillet 1962 de Charles de Gaulle "Pour la France à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement."
   

   Agée de trois ans, en compagnie de sa mère dans un train, ce dernier saute, miné par les explosifs du FLN en 1959. Ce souvenir la hante toujours cinquante ans après avec des peurs, des angoisses. A Alger, la famille doit brusquement fuir en France. Vite, très vite. Et maintenant, à ses parents devenus âgés, elle pose également des questions sur ce passé.
   
   Revenant sur son enfance à Alger puis sur l’arrivée de sa famille en France la dépression de sa mère et la folie, tout est livré par ses yeux d’enfants à l’époque sans chercher à faire un récit historique.
   
   Ajoutant son quotidien d’aujourd’hui, ses réflexions ses doutes et ses angoisses comme des graines de fleurs. "J'ai cherché à savoir d'où me vient ce goût exagéré pour la botanique. Je crois que c'est pour l'espoir et la fertilité… Quels que soient les tragédies, les drames, les destructions humaines, les plantes finissent toujours par repousser. Elles reviennent, en rampant s ‘il le faut , et recouvrent les ruines de leur manteau végétal."
   

   Des touches de tendresse, de peur mais aussi de bonheur, d'espoir avec une écriture dont la poésie fait mouche, Béatrice Fontanel nous offre une lecture qui prend aux tripes.
   
   "J'écris comme je lave le sol, à grande eau. Alors ça met du temps à sécher. C'est mon destin d'essorer."

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critique par Clara et les mots




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Pieds-noirs
Note :

   "Certificat de vie... j'aimerais en avoir un parfois pour m'assurer de ma propre existence."
   

   La narratrice est emplie d'obsessions morbides, auxquelles elle s'est plutôt habituée car "Cette anxiété perpétuelle, je l'enfile tous les matins à la manière d'une paire de chaussettes."
   L'origine en est peut être son premier souvenir : elle a trois ans et se trouve à bord d'un train que le FLN a fait sauter en Algérie en 1959. Se confiant à un personnage invisible qu'on devine être un soignant, elle revient sur son enfance en Algérie, sur le retour de ses parents en France, événement dont elle ne garde aucun souvenir, et se basant sur des essais ou des témoignages recueillis par des chercheurs, brosse le portrait d'un pays qui l'a marquée à jamais.
   
   Il aura fallu attendre 1999 pour que "les événements d'Algérie" acquièrent officiellement le statut de guerre pour les Français. De ce conflit, nous ne savons pas grand chose et le roman de Béatrice Fontanel est tout à fait passionnant car il nous en présente une vision en mosaïque, presque prosaïque, la narratrice se demandant par exemple comment les maisons des Français ont été attribuées ou occupées par les Algériens, mais aussi poignante quand elle souligne par exemple que certains Français ont conservé jusqu'à leur mort la clé de leur maison abandonnée.
   
   La violence s'insère là-bas dans la vie quotidienne, vie qui continue malgré tout, et le récit du départ des Français est décrit de manière tout à fait poignante, mais sans pathos.
   
   Ce n'est pourtant pas un roman historique au sens classique du terme mais une recherche identitaire où l'on croise régulièrement des fleurs poussant dans le ballast, le long des voies ferrées, herbes folles dont la narratrice égraine avec un plaisir évident les noms et qui prospèrent dans des milieux pour le moins hostiles, des fleurs qui s'agrippent et représentent "l'espoir et la fertilité". De plus, "Les plantes recouvrent les ruines, colmatent les brèches, molletonnent les cassures de toutes sortes."
   
   C'est aussi l'occasion pour la narratrice d'interroger ses parents âgés, qui commencent à perdre la mémoire mais qui ont un relation à la fois intense et pacifiée avec leur passé.
   
   En ces temps de migrations et de terrorisme, le roman de Béatrice Fontanel acquiert un résonance toute particulière.
   
   J'ai été totalement séduite par ce roman que j'ai lu sur la seule foi du nom de l 'auteure, qui allie peinture du quotidien et poésie et recherche identitaire. Et zou, sur l'étagère des indispensables !

critique par Cathulu




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