Lecture / Ecriture
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L'Oeil du Quattrocento (l'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance) de Michael Baxandall

Michael Baxandall
  L'Oeil du Quattrocento (l'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance)

L'Oeil du Quattrocento (l'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance) - Michael Baxandall

Exercices du regard
Note :

   A quoi les peintures de la Renaissance italienne pouvaient-elles bien servir? Ainsi formulée, la question qui constitue le point de départ de cet essai de Michael Baxandall (historien d'art et ancien professeur à Berkeley) paraît pour le moins impertinente et même iconoclaste. Elle soulève pourtant un problème très sérieux. Nous savons en effet que la plupart des chefs-d'oeuvre du Quattrocento étaient des oeuvres de commande. Il est dès lors logique de s'interroger sur les attentes de leurs commanditaires, qu'il s'agisse d'un prince, d'un riche commerçant ou de l'une de ces confréries qui faisaient partie intégrante du tissu social de cette époque.
   
   En tentant de répondre à cette question, Michael Baxandall s'est plongé dans une vaste littérature qui n'est sans doute pas celle à laquelle on pense le plus naturellement au sujet de la Renaissance italienne - il est en effet très peu question ici des écrits des grands humanistes. En revanche, les manuels de mathématiques utilisés dans la formation des fils des commerçants, les traités de dévotion (qui étaient largement diffusés dans ce temps où la pratique religieuse représentait une part importante de la vie sociale), les manuels de danse ou encore les contrats passés entre les artistes et leurs commanditaires sont passés au crible. Michael Baxandall esquisse ainsi un portrait psychologique, social et culturel de ces hommes qui ont financé les chefs-d'oeuvre du Quattrocento et qui y ont d'une certaine façon laissé leur marque. Michael Baxandall fait en somme d'une pierre deux coups. Et son étude nous permet à la fois de mieux comprendre la genèse des oeuvres d'art et la société de la Renaissance italienne (ou du moins une partie de cette société) qui est ici approchée à travers certains aspects concrets de sa vie quotidienne.
   
   Publié pour la première fois dans les années 1970, "L'Oeil du Quattrocento" fait figure d'oeuvre pionnière dans le domaine de ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler l'Histoire sociale de l'art, une branche de l'histoire de l'art qui s'attache à interpréter les oeuvres à la lumière de notre connaissance concrète des sociétés qui les ont vu naître, ce qui nous permet, par ricochet, de mieux comprendre ces sociétés au regard de leurs oeuvres d'art. Comme cela arrive souvent à ceux qui font oeuvre de pionnier, certains aspects du travail de Michael Baxandall sont aujourd'hui critiqués par ses successeurs qui ont pu s'appuyer sur son expérience (erreurs comprises). Je crois donc qu'il faut garder à l'esprit que "L'Oeil du Quattrocento" est un essai déjà un peu ancien, et que certaines de ses prémisses et de ses conclusions ont peut-être été revues dans l'intervalle. Mais ceci dit, c'est un ouvrage passionnant qui nous offre un portrait étonnament vivant et concret de la Renaissance italienne. Ce livre est en outre tout à fait remarquable pas sa clarté et ses qualités didactiques.

critique par Fée Carabine




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