Lecture / Ecriture
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Le pianiste déchaîné de Kurt Vonnegut

Kurt Vonnegut
  Abattoir 5
  Elle est pas belle, la vie ?
  Le pianiste déchaîné
  Les sirènes de Titan
  Nuit noire - Nuit mère
  Le Berceau du chat
  Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater ou R comme Rosewater
  Le Breakfast du champion ou le petit déjeuner des champions
  Gibier de potence
  Galapagos
  Barbe-Bleue
  Abracadabra
  Le petit oiseau va sortir
  Un homme sans patrie
  Pauvre Surhomme

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2016

Kurt Vonnegut est un écrivain américain, né en 1922 dans l'Indiana et décédé en 2007 à New York.

Issu de la troisième génération d'immigrés allemands, il fait ses études à Indianapolis

Engagé dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe à l'offensive des Ardennes et est fait prisonnier de guerre à Dresde. Lorsque les ville est totalement rasée par les bombardements alliés, il a la chance survivre indemne physiquement. Ce drame le marquera à vie et inspirera "Abattoir 5"

Après la guerre, Vonnegut reprend ses études à Chicago et collabore à des journaux. Il trouve un emploi à General Electric, commence à écrire et rencontre le succès

Il se marie et a trois enfants auxquels s'ajoutent ses trois jeunes neveux dont les parents sont mort prématurément.

Se heurtant aux murs des étiquettes, on peut regretter que certains ne voient en lui qu'un auteur de Science Fiction, ce qui, en soit, n'a rien d’infamant, mais ne témoigne pas de la totalité de son œuvre.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le pianiste déchaîné - Kurt Vonnegut

La bifurcation
Note :

   Titre original : Player Piano, 1952
   
   "Le pianiste déchaîné" est le premier roman de Kurt Vonnegut et il fut publié en 1952. A cette époque, l'informatique en était encore à ses balbutiements et les données de son système binaire était ingérées par les ordinateurs sous forme de cartes en carton perforées. L'humain perforait les cartes (format d'une enveloppe allongée), les mettait dans l'ordinateur qui lisait "trou-pas trou" et évacuait en conséquence les cartes correspondants aux critères demandés par les humains suivants. Si je vous parle de ce temps que les moins de 20 ans (et même plus) ne peuvent pas connaître, c'est parce qu'on entendra ici souvent parler de cartes et de cette façon de trier, et que les dits "moins de etc." risquent bien de ne pas du tout comprendre ce qu'on leur raconte ni comment la perte éventuelle de cartes peut-être si importante.
   
   Ce point réglé, nous pouvons partir pour Ilium (pas de rapport avec le Ilium de D. Simmons) en ce tournant capital de son histoire. Ilium est dans l'Etat de New York, ce qui permet d'établir une proximité avec les lecteurs, mais nous sommes dans le futur, ce qui autorise toutes les transformations utiles au roman et le dégage des contraintes triviales du réalisme. La mégapole est partagée par un fleuve : d'un côté l'administration et la technologie, de l'autre la main d’œuvre. Le passage se fait par un pont pas du tout interdit ni même surveillé, mais généralement pas employé, personne ne ressentant le désir ni le besoin de quitter sa propre zone (on songe aux cités de banlieue). Côté technique et gestion, des ingénieurs ne cessent d'inventer des machines qui se chargent de tous les travaux, en commençant par les plus routiniers ou désagréables bien sûr, mais, se perfectionnant et se complexifiant de plus en plus, elles sont chaque jour davantage à même de se charger de tâches toujours plus compliquées. Les ingénieurs brillants, de plus en plus amusés par leur jouets ne cessent de les rendre performants et sont bien loin de songer aux conséquences (ils sont même capables de créer la machine qui supprimera leur propre emploi). Car la gestion aussi est assurée par des machines, des ordinateurs qui gèrent toute la population, son entretien et son emploi. Ils enregistrent toute création de nouvelle machine et suppriment en conséquence les emplois d'humains, ceci pour libérer l'homme des tâches où il n'est pas indispensable. Peu à peu, tous les emplois non qualifiés ont été supprimés, puis les peu qualifiés, puis...
   
   La population est classée selon son QI, d'ailleurs rendu public, puis son niveau d'étude. Quelle que soit la fonction (même agent immobilier, par exemple), on ne peut espérer avoir d'emploi à moins d'un doctorat et qu'advient-il de ceux qui ne parviennent jamais à ce niveau ? Ils ne meurent ni de faim ni de froid, ils sont entretenus, mais ne sont plus employés, leurs emplois n'existent tout simplement plus. Leur vie a-t-elle encore un sens ?
   
   Nous suivons Paul, dirigeant d'Ilium qui, sur le point d'obtenir un poste encore plus important, est pris comme d'une espèce de doute métaphysique et...
   
   Mais allez-y voir. Certes c'est un premier roman et on n'a pas encore le ton d'humour sarcastique et pince sans rire qui sera la marque de l'auteur. Il a été insoiré à K. Vonnegut par ce qu'il voyait à General Electric où il était alors employé. Le rythme de ce roman du milieu du 20ème siècle n'est pas celui auquel nous ont habitués nos auteurs actuels, mais si vous êtes capables de l'accepter, vous trouverez une intéressante réflexion sur le sens de la vie humaine, le rôle du travail, même le plus humble et le plus éprouvant, la valeur de la paix (comment pourrait-il y avoir une guerre dans ce monde?), l'aliénation "pour son bien" (lavage de cerveau au profit de l'hygiène, de la sécurité). Tous les grandes questions ne s'y trouvent-elles pas ? Et ne rêvez pas explosion de la créativité, le seul art qui a survécu est celui qui sert à la propagande. Personne n'est libéré par le progrès technique. A un moment, Paul doit dire un mensonge, n'importe lequel, et il déclare "chaque nouveau morceau de la connaissance scientifique est une bonne chose pour l' humanité ".
   
   Il y aura Révolution et là aussi, nous verrons... mais lisez-le, cela en vaut la peine.

critique par Sibylline




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