Lecture / Ecriture
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L’Année pensionnaire de Isabelle Lortholary

Isabelle Lortholary
  L’Année pensionnaire

L’Année pensionnaire - Isabelle Lortholary

139 pages admirablement menées
Note :

   Depuis ses sept ans, la narratrice passe son année scolaire dans un pensionnat appelé l’Institut non loin de l’Espagne"Nous venions de l'Europe entière, (…) l'Institut avait bonne réputation ainsi que l'air et l'eau des montagnes, propices à l'épanouissement des natures sensibles (c'est de cette manière que l’on qualifiait nos petites personnes, frappées d'une de ses maladies qui n'existent pas sinon dans l'idée que se font les parents et les éducateurs des jeunes filles "dans la norme" ; natures sensibles, l'expression servait à masquer nos difficultés d'adaptation au système scolaire et nos échecs dans les écoles publiques)".
   
   Désormais âgée de quatorze ans, rompue au fonctionnement de l’institut et à ses règles, une nouvelle venue Attali l’intrigue. Mystérieuse, de deux ans son aînée, elle exerce sur la narratrice une fascination, un trouble. Fille unique de parents artistes très distants ( "Il est évident que je n’appartenais pas à une famille normale"), elle subit ces années "L'impression que je garde est celle d'une stagnation". Car c’est la femme quarante ans plus tard qui raconte. Les plus jeunes et les moins dégourdies endurent une méchanceté qui dérive vers une forme de cruauté de la part des plus grandes.
   
   Le récit donne l’impression d’un établissement d‘une époque lointaine or nous sommes en 1973 quand les événements se produisent.
   
   Récit impeccablement maîtrisé où Isabelle Lortholary nous décrit admirablement la solitude, l’amour à sens unique, les émois de ces jeunes filles. Pas d’eau de rose, mais une écriture qui restitue avec précision et densité les émotions les plus complexes et ce, sans œillères.
   Un roman à l’atmosphère prenante devenu un livre hérisson !
   
   "La joie qu'on éprouve pour une douleur est pernicieuse, elle est empoisonnée comme une vengeance, elle n'est pas innocente, elle pervertit."

critique par Clara et les mots




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Un sourd poison
Note :

    "Un pensionnat est une institution forte parce qu’en un sens, il est fondé sur le chantage et on y cède."
   

   Fréquentant un pensionnat de jeunes filles au pied des Pyrénées depuis l'âge de sept ans, la narratrice, âgée de quatorze ans, en connaît les codes et les usages par cœur. Elle croyait n'avoir rien à espérer de cette rentrée scolaire quand elle découvre une nouvelle venue, Attalie. Cette dernière, semblant indifférente à tout, lestée d'un passé qui la singularise, devient aussitôt un objet de fascination éperdue.
   
   Raconté à quarante ans de distance cette Année pensionnaire, marquée par la mort, est d'abord un roman d'atmosphère, empli de solitudes qui se frôlent dans un pensionnat glacial, exsudant une "stagnation" où les jeunes filles sont "engluées". Pas d'épanouissement ici mais la prolongation "presque jusqu’à la démence d'une enfance sénile." On se croirait plus au XIX ème siècle que dans les années 70 !
   
   La narratrice, dont nous ne connaîtrons le prénom qu'à la toute fin du texte, porte un regard acéré à la fois sur ses parents qui "n'avaient de parents que la fonction, deux inscriptions joliment manuscrites à la plume, face à face dans un livret de famille: mais il fallait tourner la page pour me voir apparaître, derrière, au verso-cachée aux regards, une présence héritée et peu désirée", sur le manque de solidarité et la cruauté des pensionnaires envers les plus faibles. Cruauté dont elle ne sera pas exempte.
   
   Il se dégage de ce roman un sourd poison qu'il faut prendre le temps de siroter et de laisser agir. 139 pages maîtrisée, denses, et que je n'oublierai pas de sitôt ! Un grand coup de cœur !

critique par Cathulu




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