Lecture / Ecriture
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Le chapiteau vert de Ludmila Oulitskaïa

Ludmila Oulitskaïa
  Le cas du Docteur Koukotski
  De joyeuses funérailles
  Le chapiteau vert
  Mensonges de femmes
  Sonietchka
  Un si bel amour

Lioudmila Ievguenievna Oulitskaïa est une écrivaine russe née en 1943.

Le chapiteau vert - Ludmila Oulitskaïa

Des chemins impétueux
Note :

   Le début d'une amitié débute parfois par un événement tellement anodin. En l’occurrence dans cette histoire, c'est un petit chat qui a permis la réunion des trois garçons : Ilya le pauvre, Sania qui aime la musique et fragile comme les notes ainsi que Micha, d'origine juive.
   
   A l'école ils sont les souffre-douleur de leurs camarades mais leur amitié est indéfectible. Tous trois sont élevés par des femmes, Micha est orphelin et vit chez sa tante, ilya est le fruit d'un amour de jeunesse mais son père lui donne le gout de la photographie et Sania aimé tendrement pas sa grand-mère et sa mère. Tellement différents.
   
   Leur vie va changer à l'arrivée d'un professeur de littérature qui entre en classe en récitant de la poésie et qui les emmène dans les rues de Moscou avec d'autres camarades, sur les traces d'écrivains célèbres.
   
   Peu à peu leur vie va tourner vers la dissidence. Ils ne désirent pas vivre tel que les dirigeants le décident. Pourtant la Russie est leur terre et ils veulent que l'Occident sache que chez eux le rêve n'existe pas.
   
   Ylia et Micha vont chacun se battre à leur manière. Ilya par la prise de photos et Micha par le samizdat, ces petites feuilles de papier où l'on retranscrivait les romans des auteurs maudits tel Soljenitsyne et qui passaient en Occident. Ils vont également créer une revue sous l’œil malveillant des agents de l'Etat. Sania lui pense musique, musique. Ce qui ne l'empêche pas d'aider ses amis surtout quand la femme de Micha,emprisonné, mettra au monde une petite fille. Ils prendra soin d'elles jusqu'au retour de son ami.
   
   Merveilleux roman tant par l'écriture que par l'histoire. Ludmila Oulitskaia nous retrace la période de l'Union Soviétique à partir de la mort de Staline jusqu'en 1996. Période que les jeunes de maintenant auraient ru mal à imaginer. Pourtant le courage des trois garçons, la pauvreté, la dissidence, l'enfermement furent la loi durant des années. Il en fallut du cran pour s'opposer.
   
   Des noms ont été changés, d'autres nous ramènent à ce passé tel Sakharov, Soljenitsyne... tellement loin et encore si proche dans nos mémoires.
   
   Si vous aimez les auteurs russes, à lire absolument car la littérature vous entraine sur des chemins impétueux.
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critique par Winnie




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Au joli temps des samizdats
Note :

   Ludmila Oulitskaïa est née en 1943, dans l'Oural. Elle a grandi à Moscou et fait des études de biologie à l'université. Auteur de nombreuses pièces de théâtre et scénarios de films, depuis le début des années 1980 elle se consacre exclusivement à la littérature après que ses premiers récits soient parus à Moscou, dans des revues. Son dernier roman, Le Chapiteau vert, paru en 2014, vient d’être réédité en poche.
   
   Le livre est une vaste fresque historique couvrant l’histoire de la Russie entre 1953 et 1996 à travers trois personnages, Ilya, Sania et Micha, trois camarades d’école au début du roman qui coïncide avec la mort de Staline, pour s’achever l’année du décès du poète Joseph Brodsky. Ilya est un grand maigre amateur de photo, Sania avec des "cils de demoiselle" est musicien et Micha tient le rôle du rouquin juif. Dans cette société Soviétique en pleine reconstruction, riche en turbulences dangereuses, un homme va avoir un rôle essentiel dans l’avenir de ces trois-là, Victor Iouliévitch, leur professeur de lettres (on ne peut s’empêcher de vaguement penser au film, Le Cercle des poètes disparus) qui "les emmenait hors d’une époque misérable et malade, les transportant dans un univers où fonctionnait la pensée, où vivait la liberté, la musique et les arts de toutes sortes."
   

   Le roman est dense comme on l’imagine aisément, quarante ans d’histoire, qui plus est lorsqu’il s’agit de ce pays, il y a à dire. Se mêleront au récit, les vies personnelles et sentimentales des uns et des autres, l’histoire avec un grand "H" qui passera par le samizdat (système clandestin de circulation d’écrits dissidents en URSS et dans les pays du bloc de l'Est, manuscrits ou dactylographiés par les nombreux membres de ce réseau informel) et la déportation en camp, l’exil en Amérique et le retour en Europe etc. En fil rouge, la littérature toujours présente par ses grands écrivains russes ou pas.
   
   Objectivement, je ne peux faire aucune critique négative de ce livre, Ludmila Oulitskaïa est un très bon écrivain, le bouquin est très réussi techniquement parlant, son propos puissant (dénonciation du totalitarisme) mais… comment dire… ça ne m’a pas enthousiasmé plus que cela. D’abord c’est beaucoup trop long pour mes goûts personnels et enfin, au risque de vous faire hurler, il s’agit d’un nième roman sur le totalitarisme, un de plus dirai-je, ce à quoi vous me répondrez justement, qu’il n’y en a jamais assez quand on dénonce le Mal. Ce n’est pas faux.
   
   "Si des copies du rapport Khrouchtchev circulaient dans Moscou, l’heure du manuscrit du Docteur Jivago n’avait pas encore sonné. En revanche, les poèmes tirés du roman étaient déjà en circulation. "C’est bizarre ! songea Victor Iouliévitch. On se passe de main en main des poèmes recopiés, comme du temps de Pouchkine. Quels changements ! Pour un peu, ils vont arrêter de mettre les gens en prison !" Le peuple tétanisé par la peur revenait à la vie, il chuchotait avec plus d’audace, il captait les voix "ennemies", tapait à la machine, recopiait, reproduisait. Le samizdat commença à se répandre à travers le pays."

critique par Le Bouquineur




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