Lecture / Ecriture
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Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre
  Robe de marié
  Cadres noirs
  Alex
  Au revoir là-haut
  Travail soigné
  Trois jours et une vie
  Couleurs de l'incendie

Pierre Lemaitre est un écrivain français né en 1951 à Paris.

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre

Un titre on ne peut plus juste
Note :

   Voilà un roman dont il est bien difficile de parler car il est entièrement bâti sur un fait que l'on met une trentaine de pages à découvrir. Trente pages, ce n'est pas grand chose et l'on pourrait donc considérer que l'on connaît ce fait dès le début du livre et que l'on peut donc l'évoquer, mais d'un autre côté, je trouve qu'il vaut bien mieux le découvrir au fil du récit de P. Lemaitre que dévoilé ici, ou dans n'importe quel autre commentaire de lecture, avant d'avoir lu ce roman. D'où mon embarras, car comment évoquer ensuite les 250 pages suivantes qui toutes découlent de cet événement ? La quatrième de couverture qui a dû se heurter au même dilemme, l'a résolu en se contenant de citer l'incipit. Je ne puis faire pareil, d' autant que cet incipit... est bien manipulateur, ce qui confirme mon impression que l'auteur préfèrerait qu'on n'en sache pas plus au départ. J'en tiens compte et je ne dirai donc rien.
   
   A la veille du passage de l'an 2000, la vie routinière dans un village français, par les yeux d'Antoine, enfant de 12 ans élevé par sa mère. Un jeune garçon, Rémi, que tout le monde aime bien, va disparaître soudain et toute la vie du village va en être bouleversée. Pas temporairement, mais de manière définitive. Et pas seulement la vie de l'ensemble "village", mais celle de chacun de ses habitants pris individuellement, et là encore, de façon définitive.
   
   Organisant son récit autour de la vie d'Antoine, depuis un peu avant le drame jusqu'à 20 ou 25 ans plus tard, Pierre Lemaitre montre avec une précision et une justesse incroyables toutes les conséquences et répercussions de ce fait divers, de la plus importante aux plus légers détails. Et "rien ne sera plus comme avant" n'est plus une expression toute faite, mais une démonstration imparable et inexorable. C'est extraordinairement bien fait, et l'on est tiré tout du long par le suspens de la découverte ou non de la clé de cette énigme : tous ces gens sauront-ils un jour ce qui est arrivé à Rémi ?
   
   Ne prenez pas ce roman comme un roman policier, ou un "roman noir", ou un thriller ou que sais-je, vous n'y trouveriez pas votre compte et ce serait de votre faute : vous seriez parti avec une idée préconçue que vous vous êtes mis tout seul dans le crâne, car il est publié comme "roman" ; et c'est exactement ce qu'il est. Et un bon.
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critique par Sibylline




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Toute une vie dans la peur
Note :

    Il y a les polars centrés sur la recherche du ou des coupables selon des critères bien établis, enquêtes qui souvent mettent en avant des problèmes de société et il y a des romans qui se construisent autour d’un crime, c’est le cas du dernier roman de Pierre Lemaître
   
    Beauval, bourgade tranquille en cette fin 1999, s’apprête à fêter Noël. Le jeune Antoine est impatient de recevoir le cadeau tant espéré, une Playstation. Depuis quelque temps, il a quitté sa bande de copains, accaparés par leurs jeux vidéo, pour se réfugier dans le bois de Saint-Eustache. Il s’est lancé dans la construction d’une cabane perchée espérant que cette réalisation le rendra irrésistible aux yeux d’Emilie dont il est secrètement amoureux. Antoine, élevé seul par sa mère, est un jeune adolescent solitaire, renfermé, dépressif. Ses seuls compagnons, le chien Ulysse et le petit Rémi, fils de son voisin M. Desmedt, homme irascible, au visage de samouraï furieux !
   
   La disparition du petit Rémi mobilise tout le pays. La tempête d’une violence rare qui éclate alors et ravage le pays stoppe les recherches. Elle bouleverse le paysage. Entre soulagement et culpabilité, Antoine va affronter ses fantômes.
   
   Un roman captivant, une question centrale, peut-on survivre à un acte criminel ? Un roman de circonstance où tout s’enchaîne comme une forme accélérée du temps, le chien, le crime, la tempête. Antoine, une figure peu commune dans la littérature que l’auteur rend avec justesse jusqu’à provoquer chez le lecteur une certaine empathie.
   
   Si les circonstances du crime n’ont rien de commun, le second volontaire, délibéré, prémédité par un étudiant gagné aux idées nihilistes qui imprègnent la Russie des années 1860, on peut voir les liens qui relient "Trois jours et une vie" à "Crime et châtiment" de Fédor Dostoïevski. L’un et l’autre posent le problème de la culpabilité et de l’impossibilité de l’impunité. Le crime appelle la sentence qui mène à la rédemption et à l’acceptation de soi.
    ↓

critique par Michelle




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Gâchis !
Note :

   Un petit village en France, Beauval, entouré de sous-bois épais. Juste avant Noël le 23 décembre, Le petit Rémi Desmets disparaît. Il avait six ans.
   
   Son voisin Antoine Courtin, 12 ans, n’avait que lui comme ami ; lui et le chien des Desmets renversé la veille par une voiture et achevé par M. Desmets.
   
   Antoine avait construit une cabane dans un arbre : Rémi et le chien étaient les seuls à s’y intéresser. Emilie n’aimait pas cette cabane.
   
   Après la mort du chien, et le désintérêt d’Emilie, Antoine avait détruit la cabane….
   
   Les deux jours qui suivent, on recherche le possible kidnappeur de Rémi ; on arrête M. Kowalski, le patron de Madame Courtin, dont on a vu la camionnette sur la route près du sous-bois...
   
   Puis vient la terrible tempête de 1999, qui est particulièrement forte vers Beauval et s’accompagne d’inondations. La battue du bois de St Eustache, s’avère impossible.
   
    En 2011, Antoine est devenu médecin ; il ne veut plus rien avoir à faire avec Beauval, et partir loin avec son amie Laura. Des événements imprévus le ramènent à Beauval...
   
   Tout le temps du roman, on est dans la conscience d’Antoine ; le suspens est constant : comme lui, on a peur, et on désespère…
   
   Le roman est bien agencé, on éprouve ce qu’il faut d’empathie et de crainte pour Antoine, on regrette qu’il ait gâché sa vie, en partie. La vie du village de Beauval, les commérages, les inimitiés, les non-dits, les retournements de situations savamment orchestrés, tout là-dedans est criant de vérité.
   
    Je n’ai pas beaucoup lu de Pierre Lemaître : pour l’instant, ce roman est celui que je préfère…

critique par Jehanne




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