Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Montedidio de Erri De Luca

Erri De Luca
  Montedidio
  Trois chevaux
  Acide, Arc-en-ciel
  Le contraire de un
  Essais de réponse
  Un nuage comme tapis
  Le jour avant le bonheur
  Les poissons ne ferment pas les yeux
  Le chanteur muet des rues

Erri De Luca est né à Naples en 1950, il vit actuellement près de Rome.

Il a participé à des mouvements d’extrême gauche qui continuent à avoir sa sympathie.

Ayant quitté à 18 ans un avenir tout tracé (études, métier confortable) il a voyagé en menant une vie d’ouvrier non qualifié sans jamais cesser d’écrire. Il n’a pas été publié avant d’avoir 40 ans.

Il est actuellement un écrivain reconnu.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Montedidio - Erri De Luca

« La journée est une bouchée »
Note :

   Une bouchée mordue dans le temps.
   
   Un livre à la voix rude et puissante comme celle qui viendra au narrateur à la dernière page. Une voix forte comme un braiement d’âne (dit-il lui-même) et pareillement causée par la douleur.
   Un livre à la très très belle écriture qui vous emporte et vous charme.
   Un livre fort, rustique, manuel, viscéral, simple et vrai… je cherche d’autres adjectifs encore qui puissent rendre l’impression que j’ai éprouvée en le lisant.
   
   L’histoire : Elle nous est contée par un gamin napolitain de 13 ans qui vient de quitter l’école pour pouvoir gagner un peu du pain qui est rare à la maison. Il la consigne le soir sur un rouleau de papier de rebut qu’on lui a donné. Quand le rouleau sera fini, l’histoire le sera aussi. Il habite sur le Montedidio, mont des quartiers pauvres, avec ses parents. Son père charge et décharge les bateaux, sa mère est déjà gravement malade du foie. Il trouve une embauche chez un menuisier qui héberge dans un coin de son atelier un cordonnier juif bossu, inexplicable rescapé des camps, qui s’est égaré là dans sa route vers Israël.
   Elle nous conte les moments qui transformeront l’enfant tiré des bancs de l’école en homme.
   
   La misère est omniprésente, une misère non pas de confort, mais bien de famine. Omniprésentes aussi sont les superstitions, cette crainte du mauvais œil, des sorts, et cette impression subséquente un peu rassurante en fait, mais si handicapante aussi, que l’on peut les éviter si l’on est vraiment très prudent en tout.
   
   Le texte est émaillé de phrases en napolitain, toujours traduites, qui rappellent que cette langue-là est celle des pauvres. Que les plus miséreux ne connaissent qu’elle et n’ont pas le moindre accès à l’italien qu’ils ne comprennent même pas, et dont ils ne sont pas compris, et qui est la langue des livres…. Et du pouvoir et de la vie plus facile. L’enfant, à cheval sur les deux mondes, comprend l’italien mais vit en napolitain.
   
   Tous les personnages ont une densité remarquable. Rafaniello, le cordonnier bossu est fascinant. Il porte en son dos ses ailes repliées. Le propriétaire et le menuisier auquel l’auteur a prêté son prénom, le sont tout autant ; et Maria, le concierge, les parents … et même le boomerang.
   Le malheur est partout, mais l’humanité aussi. Celle dont nous pouvons être fiers.
   Un livre exceptionnel.
   
   (Prix Femina étranger 2002)

critique par Sibylline




* * *