Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Un tueur, Kaput de Frédéric Dard

Frédéric Dard
  Un tueur, Kaput
  On n'en meurt pas
  Les confessions de l'Ange Noir

Voir aussi San-Antonio

Un tueur, Kaput - Frédéric Dard

Première personne du singulier
Note :

   Parmi les pseudonymes que prit Frédéric Dard dans les années 1950 afin de diversifier sa production aux éditions du Fleuve Noir, figurent bien évidemment San Antonio, le chéri de ces dames, et Frédéric Charles pour des romans d'espionnage. Mais il ne faut pas oublier celui de Kaput, personnage qui est l'antithèse du fameux commissaire.
   
   Kaput c'est le négatif du commissaire, un peu le Caïn de San Antonio/Abel. Quatre romans publiés dans le milieu des années 1950 dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir le mettent en scène :
   
   "La Foire aux asticots", "La Dragée haute", "Pas tant de salades" qui était annoncé sous le titre "La Bascule à Charlot "et "Mise à mort".
   
   Dans "La dragée haute", Kaput est en Italie, obligé de s'exiler les policiers français ayant lancé un avis de recherche à son encontre. Il est quasiment sans le sou dans Venise qui compte encore de nombreux touristes en cette fin de saison estivale. Il aimerait trouver sur son chemin une Anglaise pour la simple et bonne raison que, d'une façon générale, elle sont plus fastoches à allonger que les autres.
   
   Kaput a faim et il rêve, regardant les pigeons en les imaginant sans leurs plumes sur un lit de petits pois. Il fait même le geste d'émietter du pain afin de les attirer lorsqu'une voix lui demande s'il est Français puis le sollicite pour le prendre en photo en compagnie des volatiles. Et c'est ainsi qu'il fait la connaissance de Robert Rapin, célibataire, dont le père est décédé il y a peu, et qui depuis traîne son ennui, et son argent, en Italie afin de se changer les idées.
   
   Robert lui propose d'aller prendre un apéritif, puis l'invite à dîner, lui prête même de l'argent, entre compatriotes n'est-ce pas, afin de régler son hôtel, et rendez-vous au lendemain. Dès potron-minet, le lendemain matin Robert frappe à la porte de la chambre de Kaput et lui offre une balade en mer. Une aubaine pour Kaput, car décidément il ne sent pas Robert. L'homme est trop suave, trop doux, trop entreprenant à son goût. Kaput préfère les femmes et se faire draguer par un homosexuel, un pédé comme il dit, une fiotte comme les virils aimaient désigner leurs congénères au mœurs contraires, ce n'est vraiment pas son truc. Alors, profitant d'un arrêt sur une plage déserte, pause qu'il a provoquée, Kaput tue son conducteur avec une grosse pierre, le défigurant, brûlant ses habits non sans avoir au préalable prélevé les pièces d'identité ainsi que l'argent. Voilà qui lui promet de beaux jours.
   
   Direction Bologne, dans la bagnole, pardon dans la voiture de Robert, une Alfa Roméo ça se respecte, et comme à son âge il a des besoins, Kaput remarque une jeune femme peu farouche. Pas besoin de chambre d'hôtel pour ce qu'ils ont à faire et la jeune femme semble aimer ce qu'il lui prodigue en guise de caresses. La déconvenue se traduit après le départ de sa passagère par l'envol de son portefeuille et d'une grande partie de son argent.
   
   Kaput est un tueur, mais qui officie pour son propre compte dans cet épisode. Pas de patron, mais des besoins. Beau gosse, Kaput ne manque pas d'idées. Il est encore jeune, il n'a que vingt cinq ans apprend-on au détour d'une conversation avec un policier qui vérifiant son permis de conduire, trouve qu'il paraît plus vieux sur la photo qu'en réalité. Normal puisque ce n'est qu'une pièce d'identité d'emprunt. Et comme les Pieds Nickelés qui malgré les nombreuses bonnes fortunes et les manigances imaginées se retrouvent le bec dans l'eau à la fin des épisodes de leurs aventures, Kaput est prêt pour repartir pour de nouvelles péripéties aussi démuni qu'au début.
   
   Ecrit à la première personne, entre argot d'époque et néologismes, le style ressemble à celui de San Antonio, première époque, mais sans les grandes envolées et les notes en bas de pages, sans l'humour parfois ravageur. Pourtant parfois Frédéric Dard semble oublier ce style propre à Simonin et Ange Bastiani pour revenir à sa propre écriture, et l'on retrouve le Frédéric Dard parfois désabusé.
   
   Les Kaput ont bénéficié déjà de réédition, soit en grand format, soit en format poche.

critique par Oncle Paul




* * *