Lecture / Ecriture
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Golem de Pierre Assouline

Pierre Assouline
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Pierre Assouline, né le 17 avril 1953 à Casablanca (Protectorat français du Maroc), est un journaliste, chroniqueur de radio, romancier et biographe français, ancien responsable du magazine Lire et membre du comité de rédaction de la revue L'Histoire.
(Wikipedia)

Golem - Pierre Assouline

Vieux mythe mité
Note :

    Avec un titre symbolique, Golem, et une quatrième de couverture qui promet une intrigue policière sur fond d'étrange opération chirurgicale, le dernier roman d'Assouline a tout d'une excellente lecture.
   
    Gustave Meyer, le héros est un vieil homme souffrant de maux de tête récurrents et d'épilepsie. C'est aussi un homme solitaire et un grand joueur d'échec, reconnu sur les échiquiers internationaux.
   
    Son neurologue et ancien camarade de classe, l'a opéré pour ses problèmes de santé et le suit régulièrement.
   
    En sortant de son cabinet, la police lui apprend la mort de sa femme et le soupçonne d'être le meurtrier.
   
    Quand il comprend que son ami lui a fait une mystérieuse opération, Meyer ne voit pas d'autre solution que de fuir.
   
    Le récit nous emporte sur ses traces en Europe Centrale où le héros va tenter de comprendre son état et d'apporter des réponses aux transformations de son âme.
   
    La première partie, la plus longue, est la plus prenante et la plus convaincante. Le meurtre de l'épouse de Meyer, une femme qui ne cesse de dénoncer les magouilles des laboratoires, les recherches sur l'intelligence artificielle, sur l'homme qui devient un sorcier médical nous montre un monde où l'actualité rattrape la fiction.
   
    La seconde partie du roman, nous perd dans une recherche d'identité, d'origine et d'Histoire, un peu trouble. Le récit devient alors une longue réflexion sur la transformation de l'homme par une nouvelle intelligence artificielle et le mythe du Golem, source de la tradition juive, revu et corrigé par des points de vue modernes.
   
    Dommage, si le texte reste d'une construction et d'une érudition irréprochables, la lecture est rendue difficile par beaucoup de références historiques, par des messages et on a du mal à savoir où veut en venir l'auteur.
   
    Peut-être l'accumulation de situations, d'explications scientifiques et beaucoup de mystère, empêche de croire aux personnages.
   
    Une re-lecture ?
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Post-humanisme
Note :

   Le pitch est simple : un maître d'échecs d'origine juive est opéré par un neurochirurgien, ami d'enfance, afin de pallier ses crises d'épilepsie et il s'aperçoit que le médecin a implanté dans son cerveau, à son insu et à des fins suspectes, un dispositif destiné à augmenter ses capacités mémorielles. De surcroît, le joueur d'échecs est accusé d'avoir fomenté l'accident mortel de son épouse, ce qui le contraint à se cacher et à fuir.
   
   Pierre Assouline mêle thriller et essai dans une réflexion sur le post-humanisme, ce tournant qui voit la science et la technique conférer à l'être humain des capacités physiques et intellectuelles supérieures grâce à la technoscience. Le mythe du Golem vient de la mythologie juive : "un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre façonné afin d’assister ou défendre son créateur". (Wikipédia).
   
   À pic, le "Magazine Littéraire" (Assouline y est éditorialiste et conseiller de rédaction) de juillet-août 2016 propose un dossier sur le post-humanisme, dans lequel un article de Brigitte Munier désigne le golem comme "la matrice de nos angoisses face aux technologies contemporaines", le tabou ultime étant la réplication de l'humain.
   
   Le récit juif du golem insinue la possibilité d'un homme sans âme, tel est le cœur de la question : "... si l'homme peut créer artificiellement son semblable (le golem), c'est que l'humain est reproductible et ne se définit point par un principe spirituel irréductible, une âme transcendante, comme le pensa la philosophie occidentale pendant plus de vingt-cinq siècles." (B. Munier)
   
    Si l'homme peut se fabriquer, qu'en est-il de la conscience, de l'intériorité, conditions de l'exercice de la liberté et de la morale ? La question de l'exception humaine se pose, car aujourd'hui, alors qu'on ne croit plus guère à l'âme, comment justifier la croyance en notre spécificité de la nature humaine ?
   
    Le roman d'Assouline offre quelques pistes, il conduit le personnage sur les traces de ses ancêtres, parmi les communautés religieuses juives de l'Europe centrale. "Toute l’œuvre de Pierre Assouline est hantée par ce que Bernard-Henri Levy, s’inspirant de Chateaubriand, appelle dans son futur – et très attendu – essai : "Le génie du Judaïsme"", écrit Annick Geille dans le salon littéraire de Linternaute.
   
   Dans un entretien pour Gallimard, l'auteur explique : "Je pense que le lecteur intéressé par des questions éthiques sur les neurosciences le verra d’abord comme un essai. Pour ma part, je l’ai conçu comme un thriller, tout simplement parce que j’aime les thrillers et qu’avec ce genre de livre ma liberté d’invention, de recréation, est totale, c’est un grand plaisir d’écriture."

critique par Christw




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