Lecture / Ecriture
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Les contes du whisky de Jean Ray

Jean Ray
  L'île de la terreur et Les sept petites chaises
  Les contes du whisky

Jean Ray est un écrivain belge né en 1887 et mort en 1964. En dehors de ses propres titres, il a repris la série des aventures de Harry Dickson.

Les contes du whisky - Jean Ray

Horreur et épouvante
Note :

   Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.
   
   En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.
   
   Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.
   
   Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925, puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.
   
   Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans "A minuit", le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :
   "Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes."
   

   Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.
   
   L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.
   "Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur."

   
   C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.
   
   On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).
   
   Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?
   
   Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :
   "Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui."
   

   Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.
   
   Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.
   
   Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre "La croisière des ombres", qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans "La croisière des ombres", volume pour paraître prochainement.
   
   Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

critique par Oncle Paul




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