Lecture / Ecriture
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Halabeoji de Martine Prost

Martine Prost
  Halabeoji

Halabeoji - Martine Prost

50 pages
Note :

   Halabeoji, c'est le grand-père, spécialiste de la médecine chinoise traditionnelle, érudit. C'est lui qui donne son accord aux grands moments de la vie, notamment le mariage : les signes du zodiaque chinois sont-ils compatibles ? Lorsque Seung-geun, son petit-fils de 26 ans veut se marier avec une Française, Martine Prost elle-même, c'est Halabeoji qu'il faut aller voir. Martine Prost cumule les inconvénients : étrangère, 6 ans de plus que Seung-geun, ne maîtrisant pas parfaitement la langue ni les us et coutumes coréens.
   
   "Subtile introduction à la Corée" écrit l'éditeur. Je confirme. Je confesse mon peu de connaissance sur la Corée et l'auteure me raconte tendrement et subtilement les traditions concernant les grands moments de la vie. Avant de s'intéresser au mariage, Halabeoji choisit les prénoms des enfants. Ainsi, Seung-geun qui signifie Racine montante et son frère aîné prénommé Dae-geun, Grande Racine.
   
   Un texte simple et beau, embelli encore par certains termes -voire des bouts de phrases- écrits en français, dans leur traduction coréenne et en sinogrammes, iceux étant expliqués : 人 pour l'homme, "in", 天 pour le ciel, "cheon", par exemple, mais il est fort dommage que je ne puisse en reproduire d'autres ici. Notamment la terre, "ji", que je n'ai pas réussi à trouver, car ce sont les premiers sinogrammes que les enfants apprennent "commençant par le fameux groupe cheonjiin (cheon, le ciel, ji, la terre, et in, l'homme qui a vocation d'être le lien entre les deux)" (p.13). Mon clavier ne me permet évidemment pas de les écrire et même en les cherchant sur Internet, il faut être très observateur pour être sûr d'avoir le bon, certains diffèrent d'un petit détail invisible à mon œil de Français. Je préfère m'abstenir plutôt que d'écrire une grossièreté...
   
   Ce texte, sous ses dehors humoristiques, et cette parure de livre de souvenirs et malgré sa brièveté (56 pages) permet d'en savoir un peu plus sur les traditions de la Corée, sur le rôle de la femme, l'ancrage fort des us, la difficulté que ceux-ci peuvent représenter pour une étranger, l'accueil chaleureux des Coréens...
    "Quand le grand-père leva de nouveau la tête, ce fut pour demander : Eoneu nara eseo, "De quel pays ?". Une question sans sujet et sans verbe, sans aucune marque de politesse (la langue coréenne l'autorise de la part d'un aîné). Le sujet non exprimé de cette courte phrase, c'était moi. Le contexte empêchait toute ambiguïté. Le petit-fils répondit : Peurangseueseo wass-seubnida, "(Elle) est venue de France". Lui, la politesse lui imposait de mettre un verbe. Moi, j'étais toujours absente grammaticalement et comme inexistante physiquement. Je ne devais surtout pas fixer le grand-père dans les yeux. J'avais retenu la leçon. Je ne devais pas non plus répondre aux questions. Racine montante s'en chargerait. On ne me demandait que d'être figurante." (p.29/30)

   
    Cette histoire se déroule au milieu des années 80, sans doute le pays a-t-il beaucoup évolué puisqu'il est désormais le pays le plus connecté au monde. Une très belle "initiation à la Corée la plus ancestrale et la plus contemporaine" (note éditeur) que je ne peux que vous inciter à lire.
    ↓

critique par Yv




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Tradition coréenne
Note :

   "On attendit.
   Pas un geste.
   Pas un mot.
   Pas un bruit.
   Pas un sourire ni un regard.
   Jusqu'au moment où un grognement sourd nous signifia que nous pouvions avancer."
   

   Dans ce court texte, l'auteure nous raconte le rituel ancestral auquel elle a dû se plier pour obtenir l'autorisation d'épouser le jeune Coréen dont elle était amoureuse, Seug-Geun, qui signifie "racine montante". Le jeune homme était prêt à passer outre, mais elle ne l'a pas voulu, sachant que tôt ou tard il souffrirait trop d'une rupture avec sa famille.
   
   Il fallait donc être présentée au grand-père, "Halabeoji" médecin traditionnel, détenant l'autorité sur tous les membres de la famille. L'auteure n'est pas en bonne position, elle est étrangère, plus âgée que son prétendant, ce qui n'en fait pas un parti très enviable.
   
   Le rituel que décrit Martine Prost date des années 1980, il était encore pratiqué, ce qui n'est sans doute plus le cas aujourd'hui où la modernité a balayé la plupart des traditions. Il fallait s'armer de patience, et lorsque l'on était une femme, aimer beaucoup un homme pour accepter d'être systématiquement en retrait, de ne pas parler, ne pas répondre aux questions. Pour résumer, elle devait être une simple figurante, transparente et obéissante. Les attitudes, le langage, tout était très codifié.
   
   Heureusement, le couple ne manquait pas de recul et d'humour pour faire face ensemble à cette longue introduction.
   
   Malgré le peu de pages, on en apprend beaucoup sur la société coréenne, telle qu'elle a perduré jusqu'à ces dernières décennies. L'auteure, linguiste, en est une spécialiste, elle a d'ailleurs reçu la nationalité coréenne en 2015.
   
   Le récit est émaillé de sinogrammes que mon clavier ne reproduit pas hélas, c'est dommage. La collection "L'Asiathèque" recèle quelques perles dont il ne faut pas se priver.

critique par Aifelle




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