Lecture / Ecriture
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Exécutions à Victory de S. Craig Zahler

S. Craig Zahler
  Exécutions à Victory

Exécutions à Victory - S. Craig Zahler

Ames sensibles s'abstenir
Note :

    Un roman de la collection Neonoir de chez Gallmeister on ne peut plus... Noir à tel point que l'on se retrouve à la limite du roman un peu glauque et dégoulinant, le mot exact qui me vient serait "trash"...a-t-il une traduction en français? Ames sensibles s'abstenir.
   
    L'inspecteur Jules Bettinger est le héros de cette histoire violente. Suite au suicide d'un de ses prévenus (le beau-frère du maire...) dans son bureau, Bettinger est muté loin de l'Arizona.
   
   Pas facile de quitter le soleil du sud des Etats-Unis avec toute sa petite famille pour rejoindre la ville glaciale de Victory dans le Missouri. L'annoncer à sa femme n'est pas une chose facile mais Bettinger ne mâche pas ses mots et voici le tableau qu'il lui présente: "Le nom de la ville c'est Victory. Pense au pire bidonville que tu aies jamais vu, chie dessus depuis quarante ans et tu auras une idée de ce à quoi ça ressemble." Voila, c'est dit ! Finalement, et vu l'irrévocabilité de la chose, le départ est décidé et pour préserver un peu sa femme Alyssa et les enfants Gordon et Karen, la famille s'installe à Stonesburg situé à 120 km de Victory.
   
    La prise de contact avec son supérieur le capitaine Zwolinski montre à quel point on ne rigole pas à Victory. Bettinger, qui est un flic expérimenté et intelligent, se voit associer un des pires flics du commissariat, le dénommé Dominic Williams qu'on a rétrogradé au rang de sergent. Pourquoi? Nous l'apprendrons plus tard. Zwolinski lui indique également qu'il ne chômera pas dans cette ville où règnent les gangs et la violence et où on a plus de chance de rouler sur un pigeon mort que dans une flaque d'huile... Le premier dossier à traiter sera donc un meurtre qui s'est transformé en actes multiples de nécrophilie! Cette première sombre histoire donnera une idée du ton du livre et de l'ambiance de violence et de chaos qui règne à Victory. Puis Bettinger et Williams vont alors être diligentés sur l'enquête de deux flics assassinés. Les exécutions promises dans le titre vont vraiment commencer... et alors là... l'auteur Zahler passera à la vitesse supérieure pour terminer par moments dans une presque sauvagerie (ce fameux côté "trash" du roman...).
   
    Ce roman est assez atypique car donc extrêmement violent, voire "gore". L'auteur oscille entre un roman noir réaliste et des passages où il se régale et se complait à décrire le chaos urbain et la brutalité des gens qui y habitent... et c'est parfois un peu trop à mon avis. Les chapitres sont courts, c'est très fluide, notamment avec pas mal d'humour et de métaphores originales. Les scènes d'action dans la première partie du livre sont très cinématographiques, Toute la première partie du livre est haletante, l'inspecteur Bettinger est un personnage très crédible, très professionnel et aussi sensible vis-à-vis de sa famille. Le duo qu'il forme avec son équipier Williams est très complice bien que rival et rappelle quelques couples célèbres que l'on peut croiser dans des films ou séries.
   
   Toute la dernière partie du livre par contre est assez ennuyeuse, une chasse à l'homme où l'on se perd dans le froid et dans un univers de fin du monde aux abords de Victory. La succession de paysages glauques et la morbidité permanente font qu'on a alors hâte d'arriver au dénouement. S.Craig Zahler aurait peut-être dû raccourcir et "pasteuriser" son récit...
   
    Donc du bien et du moins bien pour ce polar qui a des qualités tout de même et qui est vraisemblablement destiné à être adapté au cinéma... pour amateurs de thrillers et d'émotions fortes !
    ↓

critique par Laugo2




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Pigeons volent…
Note :

   Premier roman que je lis, mais le second traduit de cet auteur après Une assemblée de
   chacals
également aux éditions Gallmeister. S.Craig Zahler est également scénariste et réalisateur.
   
    Dans le premier chapitre de ce livre, qui rappelle étrangement une scène d'Orange mécanique, quatre hommes questionnent un clochard nommé Doggie, au sujet d'un dénommé Sebastian. L'engin de torture est le cadavre d'un pigeon en putréfaction.
    Puis changement de décor, nous sommes dans un commissariat de l'Arizona ; un homme d'affaires vient raconter ses problèmes à un policier Jules Bettinger. Celui-ci ne compatissant pas à ses malheurs, il se suicide. Jules Bettinger, et ce n'est pas une promotion, est muté dans un endroit très accueillant au nom charmant de Victory dans le Missouri.
    Sorte d’antichambre de l’enfer sur terre, sauf qu’il y fait très froid ! Par précaution, il décide de s’installer à cent vingt kilomètres de son lieu de travail ! Et cerise sur le gâteau l’accueil qu’il reçoit, en particulier de Dominic, son colossal équipier, homme de couleur également, manque de chaleur pour ne pas dire qu’il est glacial !
    Pour le mettre dans le bain, son supérieur hiérarchique, Zwolinski lui assène quelques chiffres, qui, là aussi, le refroidissent :
   - Chaque agent de ce commissariat est responsable d'au moins sept cents criminels, parmi lesquels quatre à cinq cents ont commis des actes violents.

   
   Sa première enquête, dans ce charmant décor, conserve une prostituée, blanche, trouvée assassinée et violée post-mortem. Il semblerait que le tout ait été filmé. Ensuite il est appelé pour un cas de maltraitance infantile, une mère ayant fait manger ses excréments à son fils qui avait oublié de tirer la chasse. L'enfer est vraiment pavé de mauvaises intentions.
    Mais la violence monte d'un cran, deux policiers sont attirés dans un guet-apens, tués et émasculés...
   
    La routine sanglante s’installe insidieusement, les pigeons meurent mais les policiers aussi ! Si l’hécatombe des oiseaux ne dérange pas la SPA locale (qui n’existe peut-être pas), celle des personnels du commissariat ne saurait laisser les forces de l’ordre sans réponse !
   
    Bettinger finira par retrouver la trace de Sebastian Jimenez de son nom de famille, celui-ci est en triste état ! Tabassé par la police ? Il a disparu de l’hôpital où il était soigné !
    La route aussi est pavée de mauvaises intentions !
    Tout est vraiment noir à Victory ! Les quartiers ont pour surnoms "Le Chiotte" ou "Shitopia" par exemple !
   Jules Bettinger est un flic de couleur, d’un beau noir. Dès son arrivée dans sa nouvelle affectation, la réceptionniste le lui fait remarquer :
   - J'ai jamais vu une peau aussi noire, dit-elle en lui tendant le café. Aussi noire que ça.

   Ce séjour à Victory laissera des traces aussi bien pour lui que pour sa famille.
    Pour le reste des personnages, ce n’est pas très reluisant, même du côté de la police ! Les surnoms de certains protagonistes sont croustillants : Tête de Cul, Gros Trou Duc, Étron et Fumier entre autres.
   
    Un roman noir, très noir dans tous les sens du terme ! Un héros noir, des personnages noirs et une ville d’une noirceur absolue dans un décor d’apocalypse !
   
    Beaucoup de descriptions, un vocabulaire mêlant classicisme et langage des milieux pauvres américains parfois dépaysant.
   
    Une lecture qui m’a donné envie de découvrir cet auteur.
   
    Extraits :
   - La plupart des hommes politiques ne veulent pas être associés à des histoires d'adultères, de suicides ou de putes, et dans la casserole Fellburn, il y a les trois ingrédients.
   
   - La ville ressemblait à un morceau d'épave tout droit sorti du tiers monde qui avait échoué, sans qu'on sache comment, au beau milieu des États-Unis.
   
   - La modestie est une forme de malhonnêteté à laquelle je n'adhère pas.
   
   - C'était un établissement public de bonne réputation, mais on aurait dit que la répartition démographique avait été passée à l'eau de javel.
   
   - Soixante-dix-neuf femmes à Victory étaient devenues poussière sur les dix-huit derniers mois, et plus de la moitié de ces morts étaient des meurtres supposés ou confirmés.
   
   - Et ta manière de manier le sarcasme est ce qui t’a valu d’atterrir dans la Sibérie des nègres.
   

   Titre original : Mean Business on North Ganson Street (2014).

critique par Eireann Yvon




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