Lecture / Ecriture
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Akhänguetnö et sa bande de Samuel Sutra

Samuel Sutra
  Kind of black
  Le bazar et la nécessité
  La bonne, la brute et la truande
  Akhänguetnö et sa bande
  La mort dans les veines
  Les deux coups de minuit

Samuel Sutra est un auteur français né en 1974.

Akhänguetnö et sa bande - Samuel Sutra

Tonton et flingueur
Note :

   Tonton, le malfrat, que dis-je ? Tonton, The king of the malfrats se réveille une nuit, alerté par des bruits suspects dans son jardin. Une bande de rigolos est en train de dévaliser son sous-sol après avoir creusé sous le massif de pensées. Sauf que Tonton ne comprend pas : à part des macchabées que lui-même a envoyés ad patres et que Gérard son fidèle second a enterrés ici-même et peut-être quelques rares spécimens que feu son papa au cours de ses cinq décennies de truande a dû planquer lui aussi dans la grande propriété, rien dans son souplex terreux ne vaut qu'on le fore. A part peut-être déterrer un cadavre et le faire chanter -pas le cadavre bien sûr, Tonton- ? Mais Tonton ne sait décidément pas ce qu'il a pu enterrer sous ses pensées.
   
   Lorsque je vous aurais signalé que ce roman est sous-titré "Tonton, la momie, et Seth et Ra", outre le jeu de mots, vous comprendrez aisément qu'il sera question d'égyptologie. Akhänguetnö -pas facile à écrire, il faut se concentrer un peu- était un pharaon dont le sarcophage et les trésors qu'il contenait ont disparu sitôt sa découverte.
   
   Tonton et sa bande sont de retour, chouette ! En fait oui et non, Flamant noir, l'excellente maison spécialisée dans le roman noir réédite les premiers tomes de la série et je ne les lis donc pas dans l'ordre d'écriture, mais peu importe, chacun peut se lire séparément. "Akhänguetnö" est estampillé numéro 3, mais j'ai déjà succombé à "Le bazar et la nécessité" et "La bonne, la brute et la truande", tomes 4 et 5. Vivement que les deux premiers volumes soient disponibles, je piaffe d'impatience...
   
   Bon revenons à nos égyptologues de circonstance, Tonton rameutant toute son équipe pour découvrir ce qui lui a été fauché, et sévir, car personne ne peut ni ne doit se permettre d'entrer chez lui, de perforer son parc et de repartir avec quelque chose lui appartenant même acquis de manière irrégulière. Si en plus, il s'avère que c'est un bien familial légué par papa, alors Tonton doit agir pour sauver l'honneur des Duçon (son nom de famille).
   
   Après quelques ratés de lecture dont j'hésite encore à parler sur le blog, j'avais besoin de légèreté, une aventure totonesque était donc idéale. Une langue qui fait dans l'argot, le verlan, le parler des truands, les vrais, ceux qu'incarnaient Gabin, Ventura, Blier et toute la clique. Personnellement, à chaque fois que je lis un Tonton, j'ai en tête des scènes des Tontons flingueurs. Vous dire que c'est un bonheur à chaque page est un euphémisme. Entre Audiard, Lautner, San Antonio et Alexandre Astier dans Kaamelot, Samuel Sutra se réfère aussi à Alphonse Boudard qu'il me faut absolument lire, je sens mon inculture. Les dialogues sont irrésistibles de drôlerie ainsi que les personnages qui les mènent, disons qu'on comprend vite que Tonton est le cerveau -et aussi Mamour, l'aveugle affublé d'un teckel- et les autres les bras et les porte-flingues. Prenons Gérard, le second, le fossoyeur et ses tirades mémorables : "Tonton, sans charre, des macchabées, t'en as partout. Ton parc, c'est Pompéi ! T'as traversé une période de soldes où t'as liquidé à tour de bras. A tel point que les derniers, tellement qu'on manquait de place, j'ai dû les enterrer debout ! Les prochains, faudra d'ailleurs faire venir une benne de terre, histoire de bosser sur deux couches. Ou les pendre à tes saules." (p.19) Vous résistez à ce genre de phrases vous ? Moi, pas. Si en plus, l'intrigue est suffisamment tordue pour vous faire croire à tout moment qu'untel ou untel est coupable, et bien, le pari de l'auteur est très largement tenu : 100% des lecteurs sont ravis. Allez, une dernière tirade pour la route, celle d'Anatole, égyptologue, conservateur de musée qui vient d'expliquer à Tonton et sa bande qui était Akhänguetnö tout en s'abreuvant d'une prune flirtant avec le degré d'ébullition :
   
   "La deuxième nouvelle, M'sieur Tonton, relève davantage d'un sentiment personnel, une sorte de mal-être, quelque chose d'intime. Vot'prune est en train de me dévaster les conduits et je crains l'incident. On s'oriente vers du grandiose. Si vous aviez moyen, dans la poignée de secondes qui viennent, de m'indiquer fissa les vatères, je sens venir un événement marquant, que mon falzard pourra dire "j'y étais !" (p.84)

critique par Yv




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