Lecture / Ecriture
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Si je t'oublie, Jérusalem de William Faulkner

William Faulkner
  Pylône
  Absalon, Absalon!
  Si je t'oublie, Jérusalem
  Le gambit du cavalier
  Le Bruit et la Fureur
  Sanctuaire
  L'intrus
  The Bear
  Une rose pour Emily
  Sartoris
  Lumière d’Août
  Les Snopes : Le hameau, La ville, Le domaine
  Appendice Compson : 1699-1945
  Tandis que j’agonise
  Monnaie de singe
  Moustiques
  Le Hameau
  Treize nouvelles

William Faulkner est un écrivain américain né en 1897 et mort en 1962 dans le Mississippi.
Il a été scénariste. Il a écrit des poèmes, des nouvelles et des romans, le plus souvent situés dans le Mississippi. Il est un des grands écrivains "du sud"
Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1949.

Si je t'oublie, Jérusalem - William Faulkner

Les récits de notre emprisonnement
Note :

   A première vue, "Si je t'oublie, Jérusalem", ce sont deux romans plutôt qu'un: "Les palmiers sauvages", qui nous conte l'histoire de Charlotte Rittenmeyer et de Harry Wilbourne, et "Old Man", les aventures d'un forçat évadé pendant la grande inondation du bassin du Mississippi en 1927. Deux romans qui nous sont donnés à lire en alternance, un chapitre de l'un, puis un chapitre de l'autre, sans jamais se rejoindre.
   
   Parlons tout d'abord des "palmiers sauvages". C'est l'histoire terriblement banale de la passion soudaine, de l'adultère, de la fuite, du quotidien qui rattrape les amants, une histoire qui connaîtra un dénouement tragique. Je ne vends pas la mèche, Faulkner nous raconte cette histoire en commençant par la fin (ou presque), et l'image de Charlotte Rittenmeyer allongée sur un transat au bord de la mer, bercée par le bruissement du vent dans les palmes, de plus en plus pâle, de plus en plus faible, de plus en plus exsangue, goutte à goutte, saignant "là où saignent les femmes", saignant ainsi depuis plusieurs semaines et l'opération dont l'illégalité lui interdit à présent de chercher du secours... L'histoire est banale, le traitement de Faulkner ne l'est pas, d'une telle simplicité et d'une telle force que ses "palmiers sauvages" appellent la comparaison avec "Anna Karénine" ou "Belle-du-Seigneur". Des oeuvres où la banalité se métamorphose et où le destin des personnages révèle bien plus que ce qu'on pourrait supposer au premier abord. Uniques. Inoubliables.
   
   Si Charlotte Rittenmeyer et Harry Wilbourne sont prêts à tout sacrifier pour vivre leur passion - famille, carrière, sécurité... Le héros de "Old Man", évadé malgré lui du pénitencier, ne souhaite qu'une chose: retrouver au plus vite la sécurité de la prison. Nous ne connaîtrons jamais son nom. Du début à la fin du livre, il sera pour nous "le grand forçat" - par opposition à son camarade de chambrée, "le petit gros". Le "grand forçat" s'est retrouvé au pénitencier alors qu'il sortait à peine de l'adolescence. Il n'a pas vraiment eu le temps de découvrir le monde, et une de ses premières tentatives pour y faire son trou s'est soldée par le jugement qui l'a expédié au pénitencier. Alors non, notre homme n'est pas précisément heureux lorsqu'après plusieurs années d'emprisonnement, la grande crue de 1927 force l'évacuation du pénitencier et qu'un concours de circonstances le sépare du groupe formé de ses camarades et des gardiens, le laissant à la merci des flots de l'"Old Man River", dans une petite barque avec pour seule compagnie une jeune femme, enceinte jusqu'aux dents, qu'il a cueillie dans un arbre. "Old Man" est l'histoire d'un prisonnier. Mais de qui ou de quoi est-il le prisonnier? Des flots du Mississippi qui ne cessent de le refouler vers la Nouvelle-Orléans, de son propre désir de retrouver la sécurité des quatre murs du pénitencier ou de sa peur du vaste monde, de l'inconnu et de cet élan vital, obscur et inquiétant, qui bourgeonne encore au milieu du désastre, et dans l'énorme ventre de sa compagne. Allez savoir...
   
   "Les palmiers sauvages" et "Old Man" sont deux textes simples et forts, bouleversants, débordants d'humanité. Il est difficile de leur rendre justice ici. Et il est impossible de rendre compte du processus par lequel ses deux histoires semblent s'amplifier l'une l'autre, sans même se toucher ni se recouper à aucun moment. Les chefs-d'oeuvre ne courent pas les rues. Que dire alors d'un roman qui nous offre deux chefs-d'oeuvre pour le prix d'un - et encore un peu plus..
   
   

critique par Fée Carabine




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