Lecture / Ecriture
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Histoires de Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon
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Marie-Hélène Lafon est un écrivain français née en 1962. Professeur agrégée de Lettres Classiques, elle a choisi de continuer à enseigner, par goût et pour se maintenir indépendante du marketing de ses livres.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Histoires - Marie-Hélène Lafon

314 pages magnifiques !
Note :

   Prix Goncourt de la Nouvelle 2016
   
   Vingt nouvelles où l’on retrouve des gens de la campagne pas forcément des gens de la ferme, des villages, la ruralité, des gens du Cantal et ce "pays" avec sa rigueur hivernale mais également sa beauté. Des couples mariés, des personnes seules, des jeunes, des familles : les relations sont décrites avec le mot juste, calibré comme toujours chez Marie-Hélène Lafon. Des vies dures où l’on travaille sans rechigner, où l’on n’a pas le temps de s’apitoyer sur soi, les non-dits également. Apreté des vies où viennent se glisser quelquefois des rêveries, des souvenirs mais aussi quelquefois de la compassion. Le quotidien est raconté avec une richesse de la langue.
   
   Le corps également a son importance. Comme dans le première nouvelle "Liturgie" qui raconte la toilette du père et de ses filles qui à tour de de rôle lui lavent le dos avec un gant. Pas de dialogues tout est dans les gestes, les regards. Ou encore dans un pensionnat, une religieuse surveille depuis des années les douches des adolescentes, "L’hygiène de la chair n'est rien quand le Verbe est soudé, sali, piétiné". Dans cette nouvelle "L’hygiène", les deux dernières pages se lisent presque dans un souffle sur un rythme scandé par les mots de la prière.
   
   Des nouvelles m’ont vrillé le cœur : le suicide de Roland "Peu importe qu'il ait ou non connu l'ardeur des corps, à la sortie d'un bal, sur un chantier, dans une ferme isolée, ou dans son atelier ; peu importe puisqu’il reste de lui qu'une trace de solitude, lisse et infime, à la surface de nos mémoires.", l’histoire d’Alphonse le simple d’esprit.
   D’autres derrière une certaine innocence en apparence comme "La communiante" révèlent une forme de cruauté. Jeanne l'institutrice, amante d'un prêtre, est d’une beauté à double tranchant.
   Une ponctuation qui quelquefois se fait rare pour donner une densité supplémentaire. Et quand l’ironie s’invite, elle précède la noirceur.
   
   La dernière nouvelle "Histoires" serait à citer entièrement. Marie-Hélène Lafon revient sur son enfance avec l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Mais aussi son rapport à l’écriture : "Il n'est pas plus facile, ni plus difficile, je le crois aujourd'hui, décrire des nouvelles que des romans ; c'est seulement une autre affaire, en terme de distance et de souffle, d’élan et de tension. (...) Il y a moins de matière, de pâte textuelle à malaxer, à pétrir, à travailler sur un chantier de nouvelles à établi du roman, mais la question de la tension du récit s’y pose en des termes cuisants et cruciaux. En trois pages en dix ou trente, il faut, il faudrait tout donner à voir, à voir et à entendre, à entendre et à attendre, à deviner, humer, sentir, flairer, supposer, espérer, redouter.. Il faut, il faudrait tout ramasser, tout, et tout cracher ; il faut que ça fasse monde, ni plus ni moins qu‘un roman de 1322 pages, que les corps y soient, que la douleur y soit, la couleur, et le temps qui passe, ou ne passe pas, et la joie, et les saisons, et les gestes, le travail, les silences, les cris, la mort, l'amour, et la jubilation d'être, et tous les vertiges, et les arbres, le ciel, le vent. Il faudrait."
   
   Un recueil magnifique et l’écriture de Marie-Hélène Lafon est de l’orfèvrerie !
    ↓

critique par Clara et les mots




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Dans la coulée des jours
Note :

   "Il n'avait pas peur; il se contentait d'être, dans la coulée des jours, entre la maison, la cour, et le jardin."
   

   Les nouvelles qui composent ce livre-Marie-Hélène Lafon préfère ce terme à recueil -car "livre bien plus que recueil, rassemble et ramasse, embrasse et noue d'un seul geste textuel, d'un seul élan, les pièces et morceaux qui le constituent."- nous disent un monde fluide et dense, organique.
    Un monde où la maison est un lieu essentiel, avec lequel se fonde quasiment la viande des humains. Elle leur survivra, leur assure même parfois la garantie d'une mort rapide, comme dans "La maison Santoire."
   
   Les humains, eux, sont avares de mots et leurs gestes traduisent davantage leurs émotions. Tout est contenu, parfois jusqu'à l'implosion.
   
   Marie-Hélène Lafon nous dit le temps qui passe, un monde quasi disparu, où des rituels infimes, le choix d'un type de tasse est plus révélateur qu'un long monologue. On se laisse captiver par ces textes qui font parfois écho à des romans, l'autrice nous en éclaire la genèse dans un dernier texte où elle nous révèle aussi sa volonté: "En trois pages, en dix ou en trente, il faut, il faudrait tout donner à voir, à voir et à entendre, à entendre et à attendre, à deviner, humer, sentir, flairer, supposer, espérer, redouter. Il faut, il faudrait tout ramasser, tout et tout cracher; il faut que ça fasse monde, ni plus ni moins qu'un roman de 1 332 pages, que les corps y soient, que la douleur y soit, la couleur, et le temps qui passe, ou ne passe pas, et la joie, et les saisons et les gestes, le travail, les silences, les cris, la mort, l'amour, et la jubilation d'être, et tous les vertiges, et les arbres, le ciel et le vent. Il faudrait."
   

   On peut la rassurer: tout y est.
   
   Un grand coup de cœur !

critique par Cathulu




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