Lecture / Ecriture
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Concert baroque de Alejo Carpentier

Alejo Carpentier
  Concert baroque
  Le Siècle des Lumières
  Le recours de la méthode
  Chasse à l’homme

Alejo Carpentier y Valmont est un écrivain cubain né en 1904 et mort en 1980.

Concert baroque - Alejo Carpentier

Baroque et flamboyant
Note :

   Un riche gentilhomme mexicain et son serviteur, un géant noir répondant au nom de Filomeno et possédé par la passion du rythme, de tous les rythmes, font voile vers l'Europe, terre de culture et de raffinement en ce début du XVIIIème siècle. Madrid, petite ville provinciale, grise et sombre. Et surtout Venise. Venise et son carnaval, saison de toutes les folies, feu d'artifice de couleurs, toutes plus brillantes les unes que les autres, et de sonorités perpétuellements renouvellées - les trilles du violon d'un prêtre roux, les accords puissants de l'orgue manié par un Saxon bavard, les ornements délicats que le jeune Domenico tire de son clavecin...
   
   Venise, pelotonnée dans ses écharpes de brumes. Venise au Carnaval, alors que tout est possible et que la raison lâche prise. Venise, prétexte et théâtre d'une longue improvisation baroque qui nous permettra de croiser Vivaldi, Haendel et Scarlatti, de saluer la dépouille mortelle de Richard Wagner et de pique-niquer sur la tombe d'Igor Stravinsky. Venise où s'affrontent, sur la scène de l'opéra où se joue le Montezuma d'Antonio Vivaldi, l'Ancien et le Nouveau monde. Venise où se croisent, en une valse ininterrompue, les vivants et les morts et les musiques. Toutes les musiques, caresses de violon et stridences de trompettes. Ce court roman d'Alejo Carpentier nous convie à un festin coloré, baroque et flamboyant.
   
   
   Extrait:
   "En un gris d'eau et de ciel embrumé, malgré, cette année-là, la douceur de l'hiver; sous la grisaille des nuages colorés de sépia lorsqu'ils se reflétaient, en bas, sur les larges ondulations, molles et arrondies, alanguies en leur flux et reflux sans écume, qui s'amplifiaient ou s'entremêlaient quand elles étaient poussées d'une berge à l'autre; parmi les teintes floues d'aquarelle très délavée qui estompaient le contour des églises et des palais; dans une humidité que rendaient sensible les tons d'algue sur les perrons et les débarcadères, les reflets de la pluie sur le carrelage des places, les suintements le long des murs léchés par de courtes vagues silencieuses; parmi des évanescences, des sons assourdis, des lumières ocre et la tristesse de la rouille à l'ombre des ponts jetés sur la quiétude des canaux; au pied des cyprès qui étaient comme des arbres à peine ébauchés; au milieu de grisailles, d'opalescence, de reflets crépusculaires, de sanguines éteintes, de fumées d'un bleu pastel, avait éclaté le carnaval de l'Epiphanie, en jaune orange et jaune mandarine, en jaune canari et vert grenouille, en rouge grenat, rouge de rouge-gorge, rouge de coffres chinois, en costumes à carreaux bleu indigo et jaune safran, en devises et cocardes, en torsades de couleurs comme berlingot et enseigne de barbier, en bicornes et plumets, en chatoiement de soies fondu dans un tourbillon de satins et rubans, de turqueries et de grotesques déguisements, avec un tel fracs de cymbales et de crécelles, de tambours, tambours de basque et clairons, que tous les pigeons de la ville, d'un seul envol qui, l'espace de quelques secondes, obscurcit le firmament, s'enfuirent vers des rivages lointains." (pp. 43-44)

critique par Fée Carabine




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