Lecture / Ecriture
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Là où les rivières se séparent de Mark Spragg

Mark Spragg
  Une vie inachevée
  Là où les rivières se séparent

Mark Spragg est un écrivain américain né en 1952 dans le Wyoming, décor de ses romans.

Là où les rivières se séparent - Mark Spragg

Lyrique et sublime
Note :

   La petite maison d’éditions bretonne Gallmeister s’est fait une spécialité de découvrir et publier des auteurs nord-américains inconnus mais ayant produit des romans de grande qualité, souvent largement inspirés de l’immensité et de la rudesse du paysage que ce vaste continent a à offrir.
   
   Cette réédition du roman de Mark Spragg n’échappe donc pas à la règle. Ne cherchez pas ici la moindre trame romanesque, le moindre récit linéaire qui nous conterait les aventures d’une cohorte de personnages.
   
   Car ce dont il s’agit, c’est tout simplement de nous plonger au cœur de la vie quotidienne des membres d’un ranch, celui des "Sabres croisés", perdu en plein Wyoming. Un morceau du Nord des Etats-Unis où une immense plaine ventée vient buter sur des monts hostiles. La beauté des paysages y est époustouflante et la population d’une densité inversement proportionnelle à celle des chevaux et du bétail qui paissent au sein de pacages gigantesques.
   
   Dans un ranch où la survie de l’exploitation comme des hommes et des bêtes se joue chaque jour, la journée commence dès quatre heures du matin, dans le froid intense. Un froid avec lequel il faut apprendre à vivre et à combattre car l’hiver il y fait fréquemment au-delà de moins trente degrés.
   
   Au fil d’une écriture profondément lyrique et sublime, Mark Spragg nous fait vivre de l’intérieur les mille et un dangers qui guettent à chaque instant. La traversée des rivières en crue qui font de régulières victimes parmi les hommes et les chevaux, la rencontre fortuite avec les ours qui vous égorgent d’un coup de patte, les parties de chasse conduites pour des riches citadins qui viennent s’abrutir d’alcool et d’émotions fortes sous la surveillance de gamins élevés à la dure et perchés sur un cheval dès leur plus jeune âge.
   
   Loin de toute ville et de la civilisation, il faut tout apprendre par soi-même. A se soigner, à s’instruire, car manquer l’école distante va de soi lorsque les circonstances l’exigent, à survivre lorsqu’on est coincé par le blizzard mortel, à discuter les prix sur tout, à bricoler des guimbardes qui tiennent par le miracle du Saint-Esprit.
   
   C’est tout cela que nous vivons profondément, avec la même intensité que ces pauvres hères pour lesquels la vie au ranch sert de vie tout court, sans famille, sans contact ou presque avec le reste des hommes dans un monde des années soixante où l’omniprésence du numérique n’avait pas rendu l’accès à tout ou presque quasi immédiat.
   
   Un monde sauvage, puissant et rude magnifiquement rendu par l’écriture proche d’un Hemingway de Mark Spragg.

critique par Cetalir




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