Lecture / Ecriture
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Mon chat Yugoslavia de Pajtim Statovci

Pajtim Statovci
  Mon chat Yugoslavia

Mon chat Yugoslavia - Pajtim Statovci

Pas trop, mais une autre fois peut-être...
Note :

   1980, Yougoslavie, Eminè se marie avec un homme qu'elle ne connaît qu'à peine, Bajram. Toute jeune, elle ne sait pas grand chose de la vie sauf qu'elle devra être une bonne épouse et se plier aux us et coutumes de son pays. Les préparatifs du mariage avancent, l'angoisse monte.
   
   De nos jours, Helsinki, Finlande, Bekim un jeune homosexuel fait des rencontres dans des bars gays, jusqu'à celle du "chat". Il achète un serpent qu'il laisse vivre en liberté dans son appartement. Bref, Bekim peine à s'intégrer dans la société finlandaise, trop solitaire, trop renfermé.
   
   Plein de bonnes choses dans ce roman mais aussi pas mal de moins bonnes. Commençons par ce qui fâche : beaucoup de longueurs, un livre qui peine à démarrer, il faut attendre la page 130 pour qu'enfin une éclaircie parvienne au lecteur que je suis. Éclaircie qui ne veut pas dire que toute la lumière sera faite sur tous les points qu'aborde l'auteur. Ce qui m'amène à une autre réserve, c'est un roman foutraque qui démarre plein de pistes, les explore ou pas... et peut perdre son public en cours de route. En un mot, c'est parfois le bordel. Pour finir sur les notes moyennes, je dirais que l'écriture n'a rien de suffisamment exceptionnel pour retenir le lecteur. Il faut se faire violence pour tenir les premières pages et ne pas hésiter à sauter des passages longs qui n'apportent strictement rien au fond -ni à la forme- ; 330 pages qui auraient pu être très raisonnablement réduites et condensées sans nuire aux propos.
   
   Malgré tout cela, et malgré mes envies de lâchement quitter le roman, je ne l'ai pas fait car il y a un ton et des situations qui m'ont retenu. D'abord les contextes : celui de la Yougoslavie des années 80 qui va bientôt exploser, Tito venant de mourir laissant place aux nationalismes exacerbés de certains, Milosevic en particulier. Dans ce pays, vivent des Albanais, dont Eminè et son futur mari avec des traditions fortes, dont celle qui concerne le rôle de la femme, très archaïque à nos yeux d'Occidentaux. Ce qui paraissait un beau mariage va vite tourner au cauchemar pour Eminè, devenue femme battue, brimée et aux ordres de son époux. On avance dans la vie du couple bientôt famille avec 5 enfants, notamment lorsqu'ils fuient la Yougoslavie en guerre pour se réfugier en Finlande. Ils y vivront le racisme au quotidien, la honte d'être à part
    "Nous étions devenus le genre de personnes qui se lient d'amitié avec les opprimés, avec ceux qu'on n'aime pas. Nous étions rejetés au même titre que les Tziganes, nous étions de ceux qui venaient de loin pour entrer dans ce pays, où les gens étaient si blancs qu'on les aurait cru faits de neige tassée. Moi, je nous considérais comme blancs, mais à leurs yeux, notre blanc, ce n'était pas la même chose." (p.193/194)

   
   Et pourtant l'espoir, ils l'avaient en arrivant en Finlande, comme le disait Bajram à Eminè :
    "Ils ont plus que ce dont ils ont besoin. Pourquoi ne voudraient-ils pas de nous ici ? Qu'est-ce qui pourrait bien leur manquer, qu'ils n'auraient pas déjà ?" (p.195)
   

   L'autre partie est consacrée à Bekim qui peine à trouver son équilibre. Jeune homosexuel, sa vie affective est pauvre et son intégration pas très aisée dans ce pays qui n'est pas moins remonté contre les étrangers que dans les années 90 lorsque Bajram et Eminè sont arrivés. Il s'achète un boa constrictor, le laisse vivre dans son appartement en liberté, s'installe avec un ami qui le manipulera et l'utilisera. J'avoue n'avoir pas tout saisi de la vie de ce jeune homme, sans doute me manquait-il quelques codes. Un rien barré, il va devoir passer par quelques épreuves dont celle de la recherche des origines pour tenter de vivre enfin.
   
   Malgré mes réserves, je reste sur une image plutôt positive de ce roman et de l'auteur qui gagnera à faire plus court, plus dense. Il est suffisamment décalé, loufoque pour écrire d'autres livres hors du commun. A suivre donc.
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critique par Yv




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Kosovo - Finlande
Note :

    Pajtim Statovci est un écrivain finlandais, né en 1990 au Kosovo et arrivé en Finlande à l'âge de deux ans. C'est son premier roman, dans lequel on va retrouver Kosovo et Finlande, mais présentés de façon plutôt originale.
   
   En 1980 dans la campagne kosovare, Emine est une jolie jeune fille issue d'une famille albanaise plutôt pauvre; un jeune homme la remarque et la demande en mariage. La famille déménage en ville, et là les relations avec les Serbes en particulier se dégradent, la famille obtient l'asile en Finlande, parfois en butte au racisme. Les enfants grandissent.
   
   De nos jours, Bekim est étudiant, fréquente les bars gays. Il héberge un boa dans son appartement, fait la rencontre d'un 'chat', en fait une relation amoureuse.
   
    Les deux histoires alternent et se lisent bien, c'est fluide, l'on devine bien quels sont les liens entre les deux. Dans ce roman, la description des traditions musulmanes kosovares (et rurales) est un vrai bonheur, une plongée dans un monde différent. La guerre qui adviendra est en filigrane, et lors de retours au pays, assez peu évoquée. De même l'on ressent les difficultés de ces immigrants, surtout les adultes, à s'intégrer dans cette culture différente et à être acceptés. Je ne fais pas de dessin, mais on retrouve les mêmes discours qu'en France... "Evidemment, je comprends bien qu'ils ne sont pas tous pareils, toi par exemple, tu es une exception, et des gens comme toi, nous en prendrions encore davantage, mais il faut bien dire que la plupart..."
   

    Le retour au 'pays' est tout aussi difficile. "Au Kosovo on s'étonnait que nous ne pouvions plus manger de pain blanc et pourquoi nous voulions beurrer des tranches de pain coupées au couteau et non des morceaux rompus-, pourquoi nous ne supportions plus la puanteur des ordures qu'on faisait brûler et pourquoi nous manquions soudain d'étouffer les jours de forte chaleur. Ils ne comprenaient pas pourquoi nous refusions de faire la vaisselle et la lessive à la main, mais préférions les machines, pourquoi nous achetions du pain, alors qu'il était possible de le faire soi-même. (...) Vous vous croyez mieux que nous, hein?"
   

   L'idée de décrire une des relations de Bekim comme un chat fonctionne très bien, et donne un décalage intéressant. Plus généralement les amours de Bekim sont joliment traitées, mais souvent tristes... J'ai été déconcertée par le début du roman, où une heure après un contact sur un site de rencontres la rencontre (et plus car affinités) se fait dans le logement (c'est pas dangereux quand même?) (bon, après tout chacun fait comme il veut) mais heureusement le côté 'direct' n'a pas trop continué dans le roman.
   
    Chats et serpents reviennent dans la vie de Bekim; mais j'avoue n'avoir pas tout compris, où est passé le chat trouvé au Kosovo? Pourquoi les cauchemars ont-ils disparu? Si quelqu'un a une réponse?

critique par Keisha




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