Lecture / Ecriture
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Magic Time de Doug Marlette

Doug Marlette
  Magic Time

Magic Time - Doug Marlette

Ségrégation
Note :

    Magic Time, près de Troy (Mississipi) est la salle où se produisaient toutes sortes de musiciens, mais pour l'heure en 1964 c'est le quartier général des militants des droits civiques, noirs et blancs, du coin ou pas. Autant dire que dans ce sud profond, ça ne plait pas à tout le monde. En premier lieu au Klan, bien actif dans ce coin. Comme dans l'Alabama proche, des activistes disparaissent et ne sont pas retrouvés... En 1965, au moment de la marche de Selma à Montgomery (Alabama), l'église de Shiloh à Troy est incendiée, quatre jeunes y laissent leur vie; après le procès sous la houlette du juge Ransom, deux blancs sont condamnés à la prison à vie.
   
    1990 : L'un d'eux a des révélations sur un autre coupable présumé, le procès doit se rouvrir, les blessures aussi, en particulier celles de Carter Ransom, fils du juge, le héros du roman.
   
   Les plus de 600 pages du roman s'avalent absolument sans effort, tellement c'est prenant. Le lecteur est vraiment replongé dans cette ambiance du mouvement des droits civiques, toute une époque que l'on croit connaître, mais plus compliquée qu'il n'y paraît. Les ambiguïtés de certaines situations sont bien rendues, les évolutions des personnages aussi. Car il y a beaucoup de personnages, bien attachants pour la plupart, et pas forcément stéréotypés. Le découpage du roman, alternant les époques, contribue au suspense.
   
    "Ne viens pas dans le Mississipi pour sauver l'homme noir. Viens uniquement si tu es conscient que ta liberté et la sienne sont une seule et même chose."

   
    A découvrir!
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critique par Keisha




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Le courage et la lâcheté à l’œuvre
Note :

   J’ai renoué d’un seul coup avec les romans qui racontent une bonne histoire et un romancier qui sait comment la raconter.
   
   Je suppose qu’un jour ou l’autre vous avez vu le film "Mississipi burning", si oui vous êtes déjà dans l’ambiance de Magic time.
   
   Les années noires de l’Amérique, celles au cours desquelles l’on pendait, l’on mutilait, l’on lynchait des noirs américains juste pour les empêcher de s’inscrire sur les listes électorales des états du sud et leur refuser les droits les plus élémentaires.
   
   Doug Marlette évoque avec force et conviction le mouvement des droits civiques et il emprunte les allées de la fiction pour mieux nous tenir à sa merci.
   
   Son roman se déroule sur deux époques, 1965 et 1990, son héros Carter Ramson est journaliste au New York Chroniqueur, victime d’un stress post-traumatique lorsque un attentat islamiste en 1990 manque d’emporter la femme qu’il aime, cet évènement est venu réveiller ses vieux démons et la folie meurtrière qui a cassé sa vie en deux un jour de 1965 lorsque dans le Mississipi une action du Klu Klux Klan a tué plusieurs de ses amis.
   
   Carter Ramson c’est LE journaliste dans toute sa splendeur, habile, libre, intègre mais tout couturé de cicatrices invisibles.
   
   Pour l’aider sa sœur Sally le ramène au pays, à Troy où il retrouve ses vieux amis de jadis, Jimbo, Lonnie et Stephen, son père l’inflexible juge Ramson qui fête sa retraite mais il retrouve aussi les démons du passé en la personne du procureur Sydney Rushton qui va rouvrir le procès de l’incendie de l’église de Shiloe qui coûta la vie à quatre jeunes activistes amis de Carter en 1965, le principal accusé ayant échappé à l’époque à toute condamnation.
   Carter Ramson devra témoigner au procès.
   
   Construit avec la technique du flash back, le roman progresse très habilement, peu à peu apparait le tableau de cette société sudiste qui mélange compassion et haine pour les noirs, qui fait porter les soupçons sur les coupables mais aussi parfois sur les innocents, qui relit son histoire avec regret ou complaisance, on y voit le courage et la lâcheté à l’œuvre.
   
   Doug Marlette compose un beau portrait d’homme qui petit à petit se construit une conscience politique et l’intrigue avance inexorablement vers son dénouement.
   
   C’est un excellent roman avec un petit bémol, mais vraiment petit, le nombre de personnages secondaires parmi lesquels on se perd un peu parfois mais c’est tout à fait secondaire par rapport à l’intérêt du thème et à la façon très rigoureuse dont l’intrigue est menée.

critique par Dominique




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