Lecture / Ecriture
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Vers Compostelle de Antoine Bertrandy

Antoine Bertrandy
  Vers Compostelle

Vers Compostelle - Antoine Bertrandy

Marche, marche, marcheurs marchez
Note :

   "Souvent, dans les villages, nous trouverons devant les maisons la récolte du potager ou, parfois, une thermos de café et des biscuits. Et à côté, une coupelle. C'est, à chaque fois, un vrai plaisir de se nourrir de ces offrandes et de laisser en échange la mitraille qui ballotte au fond des poches. L'Espagne suffoque, aussi est-ce l'époque de la débrouille. Dans un sens, le dépouillement éphémère des pèlerins est une insulte à la misère que nous rencontrons partout et qui, elle, n'a rien de provisoire".
   
   Je ne compte plus le nombre de récits lus sur le chemin de Compostelle, mais je suis toujours aussi friande de ces périples ponctués d'histoires de pieds blessés, de sacs à dos pesants, de dortoirs nauséabonds et de kilomètres sans fin.
   
   Celui-ci est sous-titré "drôles de rencontres" et c'est tout l'intérêt, la diversité des personnes croisées, avec qui l'on a engagé un dialogue plus ou moins profond, sans oublier ceux que l'on fuit. L'auteur ne manque pas d'humour ni d'humilité. Il recherche souvent la marche en solitaire, mais ne dédaigne pas les échanges du soir autour d'un bon verre.
   
   Il est parti de Saint-Jean-Pied-de-Port pour cinq semaines, en octobre, laissant derrière lui femme et enfant. Il ne sait pas très bien ce qu'il attend de ce voyage, le but l'intéresse finalement assez peu, c'est le chemin qui va le raboter un peu plus chaque jour et le faire passer par de multiples états intérieurs.
   
   Outre les mésaventures communes à bien des pèlerins, j'ai aimé dans ce récit le regard de l'auteur sur ce qui l'entoure, il n'oublie pas les réalités, n'est pas dupe de ce qu'il voit et ne perd jamais de vue sa condition de privilégié.
   
   "Cela étant, on aurait bien tort de croire que dans le sillage de Saint-Jacques ne se bousculent que des âmes dépouillées de leurs attaches terrestres, coupées du fracas du monde par cette déambulation volontaire, pédestre et nomade. En réalité, sur ce sentier de misère, bien peu sont les pèlerins qui avouent chercher Dieu, mais nombreux sont ceux qui avancent le nez en l'air, à la recherche, non pas d'un signe divin, mais d'un panneau indiquant une connexion Wi-Fi."

critique par Aifelle




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