Lecture / Ecriture
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La brigade du rire de Gérard Mordillat

Gérard Mordillat
  Les vivants et les morts
  Ce que savait Jennie
  Jésus sans Jésus
  La brigade du rire

Gérard Mordillat est un romancier et cinéaste français né à Paris en 1949.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

La brigade du rire - Gérard Mordillat

Joyeuse révolution
Note :

   Pierre Ramut est éditorialiste à Valeurs françaises, un journal néo-libéral, réactionnaire, toujours du côté du capitalisme voire même à lui demander d'aller encore plus loin. Pierre Ramut en est le fer de lance, ses éditos sont violents contre les ouvriers, les travailleurs français qui, selon lui, devraient revenir sur leurs acquis. Lorsque Kol, Dylan, L'enfant-Loup, Zac, Hurel et Rousseau copains d'enfance se retrouvent, trente ans ont passé, mais ils ont toujours leurs convictions de jeunes hommes révoltés et d'indignés ancrées en eux, et les éditos de Ramut les écœurent. Autour d'un repas arrosé, en compagnie de certaines de leurs compagnes Dorith, Muriel Suzanna, Victoria, ils décident d'enlever Ramut et de l'obliger à travailler comme un ouvrier, rythme, cadence et paye. La joyeuse bande se baptise La brigade du rire.
   
   La belle équipe que voilà. Je ne sais pas si je les aurais suivi, sans doute trop modéré, même si selon Kol qui a sûrement raison, "se dire "modéré", c'est se trouver une bonne excuse pour ne rien faire." (p.363), mais j'aurais aimé les connaître. Ma seule angoisse dans ce bouquin fut de craindre qu'ils ne puissent aller au bout de leur action et qu'ils se fassent piquer, mais bien évidemment, je ne dirai rien là-dessus... Et de me prendre à rêver d'enfermer et d'obliger à travailler ceux qui ont de belles théories sur tout et ne connaissent rien de la vie à 1000 euros par mois, se permettent de critiquer les ouvriers et leurs avantages acquis sur lesquels ils ne veulent pas revenir pendant qu'eux-mêmes se payent des bagnoles ou des montres qui valent plus d'un an de salaire d'un smicard. Et de noter dans un coin de ma tête des noms de personnes à kidnapper et mettre face à la réalité, je crois même trouver des complices assez facilement. Ah, putain, ça fait du bien, au moins d'y penser...
   
   Gérad Mordillat y va fort, il développe ses idées, ses convictions déjà superbement mises en mots dans « Les vivants et les morts. »
   
   "Kol s'interrompit un instant au souvenir des saloperies de Ramut et de ses semblables éditorialistes, pseudo-philosophes, politologues, journalistes, experts en tout et n'importe quoi. Pour eux, l'affaire était entendue : la classe ouvrière n'était plus qu'une bande d'abrutis, incultes, illettrés, tout juste bons à lire les titres de journaux gratuits et à faire des mots-fléchés, hypnotisés par le foot à la télé. Mais surtout leur abrutissement, leur alcoolisme, leur dégénérescence en faisaient une armée de réserve pour l'extrême droite dont ils partageaient le machisme, le racisme, le nationalisme et l'antisémitisme." (p.363)
   

   Et ça fait du bien car les romans mettent assez rarement en scène des personnages simples, des gens de "la France d'en bas" comme disait un politique il y a quelques années -une manière de snober (pour ne pas dire mépriser) cette France-là. La brigade du rire est attachante, tous ses membres avec leurs défauts, leurs vies parfois cabossées, leurs amour compliquées ou pas, leurs boulots quand ils en ont, le sont également individuellement. C'est cela qui est bien dans ce roman aussi, Gérard Mordillat s'intéresse à tous et à leurs proches, par exemple, Betty une ex-collègue et ex-amante de Kol, qui se promène dans ce roman sans croiser aucun des protagonistes mais qui est là jusqu'au final. Il construit son roman très habilement et ce qui pourrait paraître irréaliste est en fait crédible, ce n'est pas forcément une simple utopie (enfin utopie pour les kidnappeurs, parce que pour Ramut, c'est plutôt l'enfer).
   
   C'est un très beau roman, qui donne envie de se révolter, de montrer à tous ceux qui théorisent que leur cynisme -ce qu'ils appellent pragmatisme- fait souffrir des hommes et des femmes. Mais ce roman est également drôle, bourré de références cinématographiques, littéraires, de blagues potaches. Il n'est absolument pas plombant, et c'est le sourire aux lèvres qu'on avale les 516 pages -il faut bien cela pour savoir comment tous évoluent. Comme quoi, la révolution -qui s'annonce- peut être joyeuse.
    ↓

critique par Yv




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Déçue, hélas !
Note :

   "Imaginez : on l'attrape, on l'enferme et on le met au travail... Un mois, deux mois. Juste travailler. Quarante, quarante-cinq heures, soixante heures par semaine pour assurer la fameuse compétitivité qu'il réclame tellement pour les ouvriers. Au bout de deux ou trois mois, on le paye au SMIC moins 20 % pour faire la pige aux Chinois et on le remet dans la nature. Quand les flics l'interrogent, il ne peut dire qu'une chose : ils m'ont fait travailler. Et à la presse, il ne peut que pleurnicher : ils m'ont fait travailler. Et tout le monde se marre... "
   

   Une bande de vieux copains se retrouve comme au bon vieux temps de leur jeunesse lorsqu'ils jouaient dans la même équipe de handball. Ils sont sept et la vie ne les a pas épargnés. Tous plus ou moins en difficulté, remontés contre l'ultra-libéralisme qui sévit, ils décident par jeu d'enlever le journaliste vedette d'une revue de droite, Pierre Ramut, qui vilipende à longueur d'articles la fainéantise du monde ouvrier et rêve de le remettre au travail avec des méthodes pour le moins discutables.
   
   Ils veulent simplement le placer dans les conditions qu'il prône lui-même, mais pour les autres. Leur but est de le prendre à son propre discours et de bien en rire. Venant de l'auteur, je m'attendais bien sûr à une dénonciation en règle de la société actuelle telle qu'elle fonctionne, mais à la sauce humoristique. Le titre annonce la couleur.
   
   Seulement voilà, je n'ai pas ri du tout. La sauce n'a pas pris pour moi. Le principal obstacle est peut-être que je ne me suis attachée à aucun personnage. Je ne les ai pas trouvés particulièrement sympathiques. Je ne me suis pas plus intéressée aux personnages masculins qu'aux femmes qui gravitent autour d'eux. Le trait m'a souvent paru trop poussé, les comportements trop attendus.
   
   L'auteur attaque au vitriol tous les maux de la société que ce soit la politique, les medias, le fonctionnement des entreprises etc. etc. tout est juste, mais on peut lire ou entendre la même chose tous les jours si on cherche les infos. On peut aussi connaître soi-même certaines situations et les voir autour de soi. Je n'ai rien appris et rien découvert.
   
   Quant au fameux Pierre Ramut, celui qui est enlevé, il est enfermé dans un discours stéréotypé et ses réactions m'ont paru décalées vu le portrait qui en est fait. Je l'ai trouvé trop caricatural, mais depuis j'ai revisionné le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat "Les nouveaux chiens de garde" et non, la charge n'est pas exagérée. On peut mettre facilement plusieurs noms connus sur Pierre Ramut, hélas.
   
   Je suis déçue d'être déçue, l'auteur est tellement sympathique et convainquant à l'oral. J'attendais plus, c'est certain.

critique par Aifelle




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