Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le mystère Henri Pick de David Foenkinos

David Foenkinos
  Le potentiel érotique de ma femme
  En cas de bonheur
  Entre les oreilles
  La délicatesse
  Qui se souvient de David Foenkinos?
  Les cœurs autonomes
  Je vais mieux
  Lennon
  Charlotte
  La tête de l'emploi
  Le mystère Henri Pick

David Foenkinos est un romancier français né en 1974.

Le mystère Henri Pick - David Foenkinos

Le livre qui a changé leur vie
Note :

   Après l'inquiétant cimetière des livres oubliés inventé à Barcelone par Carlos Ruiz Zafón pour "L'Ombre du Vent", voici qu'un antre breton de livres refusés surgit dans notre actualité déjà sinistre. Inspiré par un personnage de Richard Brautigan, et l'avouant en incipit, l'auteur de "Je vais mieux" nous invente un conservatoire de livres échoués près de la Baie des Trépassés. Loin du quartier des éditeurs, c'est à Crozon, Finistère, que le lecteur rencontrera un défenseur du livre en la personne de Jean-Pierre Gourvec ; mais brièvement car ce dernier meurt page 22. Allons, ne soyez pas si tristes ! Je vous annonce une lecture jubilatoire.
   
   À la faveur des vacances, Delphine Despero, jeune éditrice à succès chez Grasset, — on lui doit paraît-il le grand succès de Laurent Binet — emmène son ami Frédéric, déjà auteur de La Baignoire, un premier roman qui se vend mal, chez ses parents en Bretagne. L'air de la mer devrait lui permettre de trouver l'inspiration pour son second livre, provisoirement intitulé Le Lit. C'est ainsi que Delphine et Frédéric découvrent à la bibliothèque locale ce rayon des livres refusés où les auteurs recalés sont conviés à déposer leurs manuscrits. Comme par magie Delphine y trouve une perle : Les Dernières heures d'une histoire d'amour, œuvre d'un certain Henri Pick. Renseignements pris par Delphine et Frédéric, l'auteur en serait un pizzaiolo récemment décédé... or, ni sa veuve ni sa fille ne l'ont jamais vu écrire, même pas le menu de son restaurant. Gourvec et Pick dans la tombe, le mystère pourrait rester entier.
   
   A Paris, la maison d'édition est subjuguée par la trouvaille de son éditrice junior et arrive le succès, comme un tsunami, 100 000, bientôt 300 000 exemplaires et déjà paraît la traduction allemande. Toute la presse en parle. Pour un enregistrement de La Grande Librairie François Busnel se déplace à Crozon chez Madeleine, la veuve d'Henri Pick. Évidemment ce livre, par la soudaine notoriété qu'il leur procure, ne tarde pas à changer la vie de Madeleine, de sa fille Joséphine, de Mathilde son employée à la boutique de lingerie, de Magali qui tient désormais la bibliothèque, sans oublier Delphine et Frédéric évidemment...
   
   Qu'un modeste pizzaiolo ait écrit ce beau roman où un couple se défait à mesure que Pouchkine finit ses jours est-ce bien crédible ? Bien décidé à prouver qu'Henri Pick n'a rien écrit de sa vie et par conséquent qu'il n'a été refusé par aucun éditeur, Jean-Michel Rouche, critique littéraire viré du Figaro, part enquêter : malgré ses gaffes à répétition on s'attend forcément à ce qu'il trouve quelque chose. Mais de rebondissement en rebondissement, Daniel Foenkinos nous a concocté une chute que sans doute peu de lecteurs auront devinée, malgré quelques indices subtils, comme celui du titre choisi par Frédéric pour son futur roman.
   
   Cette aimable comédie aurait pu diablement égratigner le monde de l'édition. Avec sagesse David Foenkinos s'en est tenu à faire sourire, par exemple quand il imagine un éditeur concurrent s'efforçant pour réussir un coup de sortir de l'enfer des refusés un manuscrit rejeté trente-deux fois. Il joue aussi la carte des sentiments — en navigant entre ironie et mélo — dans les vies chamboulées de plusieurs personnages comme s'ils devaient incarner à leur tour Les Dernières heures d'une histoire d'amour d'Henri Pick ou de celui qui a emprunté ce nom.
   "Mathilde dormit très peu. Elle pensa au livre d'Henri Pick. Elle y vit une incroyable résonance avec sa propre histoire. Avec qui vivait-elle ses dernières heures ?"
   Entre tous, le personnage de Rouche l'ancien journaliste à la recherche d'un scoop mérite d'être retenu. Porté sur la boisson et accumulant les maladresses au volant comme avec les femmes, ne déclare-t-il pas à Mathilde qui l'invite chez elle : "Je pourrais être un psychopathe. Après tout, j'ai été critique littéraire pendant quelques années."
   Rouche encore, en Parisien qui doit trouver que gagner le bout de la Bretagne en TGV c'est démesurément long, le voilà qui prend 2666 de Bolaño (un pavé aux mille pages) comme lecture de voyage !
   
   Foenkinos nous amuse enfin avec ses dialogues qui n'hésitent pas à faire entendre le silence de personnages taiseux ou pris au dépourvu, ce qui donne à plusieurs reprises des : "—..." En somme voici un livre très agréable à lire, fort habilement construit — et la chute venue le montre encore plus habilement construit qu'on ne se l'imaginait en le lisant !
    ↓

critique par Mapero




* * *



Oh happy few ♫♪
Note :

   Un des charmes de ce livre, c'est l'introduction de personnages réels dans les rôles secondaires. Cela amuse toujours*. Foenkinos utilise au moins sa connaissance, que l'on devine grande de tout ce microcosme littéraire (et parisien) qui gère nos lectures ou du moins les offres qui nous en sont faites. L'on retrouve des auteurs, des éditeurs, des critiques etc. L'importance du "hit parade" l'importance d'être vu, connu, reconnu (je ne parle pas de reconnaissance littéraire mais bien de la simple reconnaissance faciale dans la rue). "Les chef-d’œuvres s'accompagnent souvent d'un roman du roman" qui a presque autant d'importance que le roman lui-même. La littérature spectacle, quoi, comme dans tous les domaines. Foenkinos va-t-il se lancer dans une peinture décapante du monde littéraire au risque de couper la branche sur laquelle il est perché ? Bien sûr que non. Nous allons toujours rester dans un humour gai et de bon aloi qui titillera tout le monde sans blesser personne et ce sera très bien ainsi.
   
   Donc, notre héros, Frédéric, écrivain rédigeant son second roman et fiancé à Delphine, l'éditrice qui le produit (ça aide, mais on vous dit que c'est une simple coïncidence ! Ce que vous êtes "mauvais esprit"!) s'expatrie jusqu'à la pointe Bretagne pour rencontrer les parents de cette dernière. Crozon. Presque une île, son village de Vrais Bretons, mais quand même presque 8000 habitants, on n'est pas des sauvages non plus. Il y a une bibliothèque, des bibliothécaires dévoués... au point même d'avoir eu l'idée originale de créer un rayon "des refusés" (on pense aux peintres ) où tout auteur ayant été recalé par les éditeurs peut venir déposer son manuscrit quand il renonce à sa publication. L'idée a été inspirée par Brautigan (dont il n'est jamais mauvais de citer le nom dans un roman pour avoir l'air d'un intello branché). Occupant leurs loisirs à farfouiller dans le-dit rayon, notre héros et son éditrice vont découvrir rien moins que le meilleur roman... disons du siècle. Son auteur habitait sur place mais il est mort deux ans plus tôt. Quel dommage ! Il aurait pu expliquer bien des choses, d'autant que les journalistes se pressent pour en savoir plus, dire par exemple comment il a fait pour que personne ne soupçonne jamais ses velléités littéraires. Peut-on cacher un écrivain de génie sous les apparences d'un inculte congénital ? La réponse devrait sauter aux yeux, mais...
   
   Un livre très agréable, qui amusera son lecteur et le tirera tout du long au moyen de son suspens bien agencé au fil de toutes ses fausses pistes et retournements de situations. Il y a une époustouflante galerie de personnages secondaires (trop peut-être) bien croqués dont les histoires amusantes et très diversifiées éviteront tout ennui au lecteur. Ca n'approfondit pas trop, ça reste léger, pas de grosse réflexion, mais ça reste bien vu et presque crédible. Une fin plus brutale que le reste du livre (dans les toutes dernières pages, le vernis craque à tous les étages. J'aurais bien aimé que tout soit comme ça) . On passe un bon moment mais on ne se dirige pas encore vers le Nobel de Littérature.
   "Est-il impossible d'être à la fois génial et frivole ?" Wilde dit que oui, Foenkinos en doute.
   
   
   * Exemple Laurent Binet
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Une enquête littéraire pleine de peps
Note :

   Dans les années 1990, aux États-Unis, l’écrivain Richard Brautigan a créé une bibliothèque particulière "La bibliothèque des livres refusés", qui avait pour objectif d’accepter comme son nom l’indique tous les livres étrillés par les éditeurs, permettant ainsi à tout écrivain déçu de ne pas avoir été publié de déposer son livre, dans un lieu où il sera conservé. Dans son dernier roman, David Foenkinos imagine une bibliothèque semblable en France, qu’il situe dans le Finistère dans la petite bourgade de Crozon. Elle est tenue par deux personnes : un homme Jean-Pierre Gourvec et une jeune femme Magali. En une dizaine d’années, mille romans sont venus gonfler les étagères de ce lieu.
   
   Delphine est éditrice et vit à Paris avec son ami Frédéric, dont le dernier roman "La baignoire" se révèle être un échec. Ils vont tomber sur cette bibliothèque et y découvrir ce que Delphine pense être un chef d’œuvre, un roman improbable intitulé "Les dernières heures d’une histoire d’amour". Il raconte l’histoire d’une passion qui se termine en même temps que l’agonie de Pouchkine, blessé lors d’un duel et ayant vécu le martyre avant de succomber à ses blessures.
   
   Emballée par ce roman, Delphine cherche à savoir qui l’a écrit. Son auteur est un dénommé Henri Pick, mort depuis deux ans, dont elle rencontre la veuve et la fille. L’une comme l’autre sont surprises d’apprendre que leur mari et père, qui n’a jamais rien lu de sa vie et exerçait le métier de pizzaïolo, a écrit un roman en cachette.
   
   Delphine obtient l’autorisation de le publier, à grand renfort de publicité, ne manquant pas de raconter "le roman du roman", à savoir cette fabuleuse histoire d’un succès posthume écrit par un inconnu. Mais un journaliste, Jean-Michel Rouche, ne croit pas une seule seconde à cette histoire et décide d’enquêter.
   
   J’ai été complètement sous le charme de ce roman qui est une sorte d’enquête littéraire pleine de suspens. Cette fiction pétillante raconte l’aventure d’un livre et analyse la façon dont il bouleverse la vie des gens liés d’une façon ou d’une autre à cette histoire. Après le succès de "Charlotte", Goncourt des lycéens, on attendait un peu Foenkinos au tournant. Il ne nous a pas déçus et nous offre un livre très différent, plein de peps, original et plaisant, dont on tourne les pages avec délice. Ce polar littéraire, qui fait la part belle aux sentiments, rend hommage à ceux qui aiment la littérature.
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Très bon roman de détente
Note :

    David Foeokinos nous surprend encore une fois par sa faculté de varier les genres dans son œuvre.
   
    Son "Charlotte", poème écrit en prose, nous avait ému et emporté dans la fulgurance d'une vie, celle d'une jeune peintre juive assassinée à 24 ans à Auschwitz.
   
    Le dernier roman de l'auteur, "Le mystère Henri Pick", nous fait pénétrer dans une intrigue littéraire intelligente, au ton drôle et vif.
   
    Une jeune éditrice parisienne, ambitieuse et carriériste, Delphine, rend visite à ses parents à Crozon. Elle se rend à la bibliothèque municipale et y découvre une pièce consacrée aux livres refusés par les maisons d'édition. Elle trouve la perle rare, l’œuvre remarquable, le roman bouleversant sur la fin d'une histoire d'amour, attribué à Monsieur Pick, pizzaiolo local.
   
    Mais comment a-t-il pu écrire ça, lui qui n'écrivait que sa liste de courses ?
    Le mystère qui entoure sa vie et son œuvre va créer un phénomène de promotion littéraire et apporter le succès.
   
    Les personnages qui gravitent autour de l'homme et du livre vont voir leurs destins complètement chamboulés.
   
    C'est un hommage aux livres, au cinéma, à la culture que nous offre ici David Foenkinos. Les références littéraires sont nombreuses, les clins d’œil aussi. Il tacle gentiment certains de ses contemporains, et c'est avec plaisir que nous retrouvons dans ce livre les écrivains présents ou passés. Foenkinos connaît le monde de l'édition, le travail de création, les journalistes impitoyables et il le raconte avec beaucoup de délicatesse.
   
    Un très bon roman de détente intelligent, avec un suspense qui tient jusqu'au bout.
   
    Lisez et vous découvrirez le mystère Pick.

critique par Marie de La page déchirée




* * *