Lecture / Ecriture
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Hypérion Victimaire de Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau
  Les neuf consciences du Malfini
  L'esclave vieil homme et le molosse
  Texaco
  Hypérion Victimaire

Patrick Chamoiseau est un écrivain français originaire de la Martinique, né en 1953. Auteur de romans, de contes, d'essais, théoricien de la créolité, il a également écrit pour le théâtre et le cinéma. Le prix Goncourt lui a été décerné en 1992.

Hypérion Victimaire - Patrick Chamoiseau

Jamais embarqué
Note :

   Un commandant de police prêt au départ à la retraite est tenu en joue par un tueur. Une nuit durant, ils se racontent l'un à l'autre.
   
   Il fallait bien qu'un jour cela arrivât : je n'ai pas accroché à un roman de la collection Vendredi 13 ! Non pas que le thème ne me plût point. Non pas que cette confrontation ne m'attirât pas. Que nenni ! Non, en fait, j'ai eu du mal avec le style de Patrick Chamoiseau -et en fait, je me souviens que j'avais également eu beaucoup de mal avec son Texaco- : entre citations latines, et mots créoles, je ne comprends pas tout ce qu'"Hypérion Victimaire" raconte. Et puis, pour être franc, je m'emmerde un peu. Alors peut-être que lire dans le salon d'attente de l'aéroport puis dans l'avion n'est pas le meilleur endroit, surtout que moi, un deuxième voyage aéroporté -eh oui, j'ai fait mon premier vrai vol en mars 2013 si j'occulte un précédent vol de 45 minutes mouvementées lors de mon service militaire (beurk), dans un coucou à hélices d'une vingtaine de places, au dessus de la ville de Saint Dizier (re-beurk, que les Bragards me pardonnent, mais la base aérienne 113 n'est pas un bon souvenir de leur ville- m'angoisse un tantinet ? Qu'il eut fallu que je lusse bien confortablement dans mon canapé ? Oui, mais non (ce qui ne veut absolument rien dire). Je passe donc, mais vous trouverez sûrement de très bonnes chroniques positives.
   
   Extrait :
   
   "Le supplicié fixait la gueule de l'énorme pistolet que le tueur lui pointait à hauteur de l'œil gauche : il avait beau se répéter à lui-même (tel un mantra capable de conjurer le pire) "Je suis le commandant de police Eloi Ephraim Evariste Pilon", et le déclarer sur le même ton au tueur, et plusieurs fois de suite, et en lui demandant "Qui êtes-vous ? Qui êtes-vous ?...", cela ne réduisait en rien l'immense gueule du canon où toute son existence était sûre de sombrer. Le pistolet était une saleté argentée : il transfigurait les reflets de la lune en de sombres prédictions que le mental du commandant voyait grossir autour de lui. Avec un déploiement de force qui lui montait du ventre, lui nouait chaque épaule, consolidait son immobilité d'archange, le tueur tenait la lourde arme à bout de bras ; son index, crispé sur la gâchette, l'avait enclenchée de quelques millimètres, et la maintenait ainsi, au bord de l'explosion, avec une précision sadique et une détermination de même genre et modèle. Le commandant savait qu'entre lui et la mort - l'explosion de l'œil gauche, la liquéfaction immédiate du cerveau, l'arrachement de tout l'arrière du crâne - ne demeurait plus qu'un infime tressaillement. Dans une pensée involontaire, disons une pointe de confusion mentale, il se demanda quelle place, ou quel espace, l'impact laisserait à la douleur ? Aurait-elle le temps d'être ressentie avant que le cerveau n'explose, ou alors serait-elle capable de lui griller le système nerveux dans une sensation à tout jamais inexprimable ? Il se demanda encore s'il aurait le temps de voir surgir la balle se ruant vers sa pupille, tellement tout paraissait figé dans une mosaïque d'ombres et de lumières sans âme. Dans l'alentour informe, il captait la moindre pointe des criailleries de grenouilles, des stridences de criquets, et le clapotis d'une pluie imperceptible qui ornait de friture la voix trop douce du tueur."

critique par Yv




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