Lecture / Ecriture
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Neverhome de Laird Hunt

Laird Hunt
  Neverhome

Neverhome - Laird Hunt

Guerre de Sécession
Note :

   Gallant Ash porte ce surnom depuis que ce soldat combattant avec les forces de l’Union contre les rebelles sécessionnistes est allé délivrer et embrasser chastement une belle dont le corsage s’était agrippé à une branche de l’arbre auquel elle était montée pour venir voir défiler les militaires.
   
   Pourtant rien ne prédestinait Ash à devenir ce qu’il est, à combattre à la vie à la mort auprès des rudes gars, pour la plupart venus des campagnes de tous les Etats du Nord, à tirer, comme leur enseignent leurs officiers, sur tout ce qui bouge comme ce qui ne bouge pas au cœur de batailles qui laissent plaines, bois et clairières ravagées et jonchées de milliers de cadavres faisant les délices des corbeaux et autres rapaces.
   
   Car Ash est une femme, de son vrai nom Constance. Une brave fille solide, débrouillarde et déterminée. Une femme mariée à un jeune paysan qu’une déficience visuelle empêche de répondre à l’appel de l’armée des volontaires. Alors, par amour pour son homme et son pays, par croyance dans les valeurs à défendre et parce que, au fond d’elle-même, elle bout sans cesse d’en découdre, de voir la guerre de près, elle imposera à son homme d’y aller, elle, à sa place.
   
   Un cas qui n’est pas unique car, même si cela n’est pas très connu, ce sont plus de quatre-cents femmes qui sont allées se battre avec les Unionistes le plus souvent dans le plus grand secret, parfois protégées par des officiers supérieurs qui savaient.
   
   Comme tout soldat partant au front, l’objectif de Gallant Ash est de tuer le plus d’ennemis possible, de vaincre et de revenir à la maison une fois le travail accompli. Mais les batailles décident pour vous. Les camarades tombent, les morts s’accumulent, les débandades succèdent aux victoires, les blessures vous surprennent.
   
   Victime d’un coup de sabre de cavalerie lors d’une bataille homérique au cœur de laquelle l’auteur nous jette sans concession pour mieux nous en faire sentir la brutalité totale, Gallant Ash sera laissée pour morte et va devoir affronter un périlleux périple pour rentrer chez elle et retrouver celui qu’elle aime.
   
   Laird Hunt, qui s’est inspiré de divers récits autobiographiques de femmes ayant vécu cette expérience lors de la Guerre de Sécession, compose ici un ouvrage d’une grande beauté bien que d’une grande violence. Mais la vie, dans les circonstances exceptionnelles, n’est-elle pas violente ?
   
   Rêves et délires se mêlent jusqu’à nous mener au cœur de la folie même. La cupidité cohabite avec la générosité, les rencontres faites sur le chemin sont souvent hostiles, parfois presque miraculeuses comme tout chemin inconnu, inexploré qu’il nous faudrait défricher pour avancer. Et, au bout, il y aura une fabuleuse séquence finale qui montre toute la terrifiante matière dont la guerre est faite quand elle laisse le champ libre à l’expression des plus noirs instincts.
   
   Un livre magnifique et poignant qui vient d’être récompensé du premier Grand Prix de Littérature Américaine.
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critique par Cetalir




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Ne le ratez pas !
Note :

   "Le fait de rester debout en ligne dans votre uniforme bleu vif, le visage répugnant et la tête grouillant de poux, à compter les morts accumulés parmi vos connaissances tout en vous faisant tirer dessus sans arrêt, ça change votre façon de voir les choses".
   

   Il est dit que je ne terminerai pas l'année sans un gros coup de cœur, enfin. Le genre qui vous emporte, vous fait vibrer, vous fait tourner les pages sans vous soucier d'avoir faim ou sommeil (j'exagère à peine).
   
   Constance vit dans la ferme qu'elle a héritée de sa mère, en compagnie de son mari bien-aimé Bartholomew. Quand la guerre de sécession éclate, elle décide d'aller combattre à sa place, elle est plus forte que lui et se débrouille mieux avec un fusil. Elle dissimule donc son état de femme, met des pantalons et prend la route.
   
   Un chapeau bien enfoncé sur les oreilles, elle se fait appeler Ash Thompson et rejoint les troupes de l'Union. Marches forcées, batailles meurtrières, blessure, capture, rien ne lui sera épargné. Alors comment vous dire... d'abord c'est très bien écrit, il y a une certaine poésie dans l'attitude de Constance, malgré ce qu'elle fait et ce qu'elle endure. Il y a surtout l'amour de Bartholomew, le doux Bartholomew qui l'attend là-bas dans l'Indiana et avec qui elle va pouvoir former une famille. Les lettres qu'ils échangent l'aident à tenir dans le bourbier ambiant.
   
   Au fil des mois, elle s'enfonce dans la violence, violence donnée, violence reçue, les épisodes plus traumatisants les uns que les autres se succèdent. Peu à peu, l'envie de rentrer chez elle s'impose, retrouver la nature, le calme, ses habits de femme. Elle tient des dialogues imaginaires avec sa mère disparue, son sommeil est hanté par de mauvais rêves. Il faut dire qu'elle ne fait pas que de bonnes rencontres, sur le chemin du retour les hommes et les femmes lui montrent de quoi ils sont capables dans ce monde où il n'y a plus de repères.
   
   Parallèlement, la lumière se fait tout au long du récit sur ce qui est arrivé à la mère de Constance et ce qui a fondé sans doute son engagement. "Ta peur te trouvera toi aussi un jour, ma fille. Elle viendra te débusquer et jouera de sa ruse pour te froisser le cœur".
   
   C'est un roman qui, par certains aspects, m'a rappelé "Wilderness", dans les scènes de batailles et la forte présence de tous les personnages.
   
   Une lecture bien plus riche que ce que je peux vous en dire. A découvrir absolument.
   
   "Dans une autre vie, Bartholomew aurait pu monter sur scène. Voilà qui aurait été une vie pour lui. Cette manière qu'avait sa voix de lui sortir de la gorge en bouillonnant, et que ses bras et ses jambes avaient envie de bouger. N'empêche, on n'a qu'une vie, et je ne l'ai jamais entendu en réclamer une autre. Sauf bien sûr quand on s'est rencontrés et qu'il a réclamé une vie avec moi dedans"
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critique par Aifelle




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