Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Cœur pur de Maura O'Halloran

Maura O'Halloran
  Cœur pur

Cœur pur - Maura O'Halloran

Arriver au meilleur de soi-même
Note :

   "Ce matin, j'étais agitée par la question de savoir combien de temps je devais rester, si je devrais plutôt aller ailleurs, et si je deviendrais très vieille avant de retourner dans mon monde à moi. Le soir, c'était la méditation et l'office. Je me sentais extrêmement bien. Par la suite, nous avons fait la fête, avec du saké. Je regardais ces hommes qui riaient, s'amusaient, savaient. Comme les vieux dans les bistrots de chez nous, ils boivent dans des ronds de fumée grise. Des hommes simples, qui s'agenouillent pendant de longues heures sur un coussin, qui mènent des vies spartiates - mais nullement des ermites himalayens. Ils boivent et s'amusent. Ce serait vraiment une chose merveilleuse que de vieillir comme eux".
   

   Maura O'Halloran est une jeune fille d'origine irlandaise. Après des études brillantes, elle décide de prendre des vacances en voyageant dans plusieurs pays, avec un budget minimum. Eprise de justice sociale, elle s'est toujours intéressée aux autres. Elle vit de petits boulots en attendant de poursuivre son voyage, son véritable objectif étant d'aller au Japon pour méditer. A l'époque (1979) un temple zen traditionnel accepte de l'accueillir, dans le nord du pays.
   
   Pendant trois ans, elle va y poursuivre une pratique intensive auprès de son goshi (maître), l'amenant en 1982 à une cérémonie d'accomplissement (Hishinsai). Son intention est d'ouvrir un centre zen à Dublin. Elle entreprend le voyage de retour en septembre 1982. Le 22 Octobre, elle perd la vie dans un accident de car en Thaïlande. Elle avait vingt-sept ans.
   
   Le livre est constitué du journal intime qu'a tenu Maura "Soshin" O'Halloran durant ces trois années, entrecoupé des courriers qu'elle envoyait à sa famille. Ce sont des écrits qui n'étaient pas destinés à être publiés, mais c'est un témoignage précieux sur ce que pouvait être la vie dans un temple zen dans ces années-là. Maura est une curiosité, en tant qu'occidentale et en tant que seule femme parmi des moines. la télévision locale l'interviewe, les gens la reconnaissent quand elle mendie dans les rues.
   
   Maura ne cache rien de ses difficultés, de ses doutes, de ses périodes de découragement. Elle ne parle pas le japonais, l'apprentissage n'en est pas aisé. L'intégration se fait difficilement. Il y a d'ailleurs des coutumes auxquelles elle ne cédera pas, par exemple quand son maître s'obstine à vouloir la marier. Elle a un caractère affirmé, contre lequel elle lutte, l'équilibre est difficile à trouver entre la soumission normale à un maître et l'obéissance aveugle.
   
   Elle travaille sans répit, à la cuisine, au ménage, à l'entretien du temple, en plus bien sûr de la pratique spirituelle qui l'incite à rester et à progresser. Elle se plie à tout ce qui lui est demandé, va même parfois au-delà. Méditer par -20°, réduire ses nuits à quatre heures, dormir assise, décrypter 3000 koans comme il est exigé. Rien ne lui semble trop dur pour atteindre l'illumination. Elle a aussi de grands moments de joie, de communion avec les moines, de fêtes plus terre-à-terre.
   
   Maura donne l'impression d'une jeune femme chaleureuse, sachant vers quelle voie elle veut aller. Elle est prête à en payer le prix. Nul doute qu'elle serait devenue un grand maître, son roshi la voyait comme seule digne de lui succéder. Il demande aux moines de prendre exemple sur elle.
   
   J'ai souvent été assez partagée pendant ma lecture. C'est une expérience très éloignée de ce que nous connaissons. Son statut de femme ne devait pas être toujours confortable, la pratique religieuse était extrêmement austère, mais c'était son choix et elle est restée.
   
   Deux bémols : j'ai souvent été perdue dans les termes zen utilisés, un glossaire n'aurait pas été superflu. Et j'ai eu du mal à distinguer les différents moines qui l'entouraient, qui vont, qui viennent entre deux temples, j'aurais dû me faire un rapide tableau au début.
   
   Il n'en reste pas moins que c'est un témoignage plein d'intérêt, d'humour et d'amour, à découvrir.

critique par Aifelle




* * *