Lecture / Ecriture
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African tabloïd de Janis Otsiemi

Janis Otsiemi
  La bouche qui mange ne parle pas
  Le Chasseur de Lucioles
  La vie est un sale boulot
  African tabloïd
  Tu ne perds rien pour attendre
  Les voleurs de sexe

Janis Otsiemi est un écrivain gabonais né en 1976.

African tabloïd - Janis Otsiemi

Le bon gars du Gabon
Note :

    Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.
   
   Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.
   
   La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.
   
   Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.
   
   Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.
   
   Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman "Le Chasseur de lucioles", sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.
   
   Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ses précédents et je pense plus particulièrement à "La vie est un sale boulot" qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.

critique par Oncle Paul




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