Lecture / Ecriture
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Le grand n'importe quoi de J. M Erre

J. M Erre
  Prenez soin du chien
  Série Z
  Le mystère Sherlock
  Made in China
  La fin du monde a du retard
  Le grand n'importe quoi

Jean-Marcel Erre, qui préfère signer ses livres "J.M. Erre" (on se demande pourquoi), est un écrivain français né en 1971 à Perpignan.

Le grand n'importe quoi - J. M Erre

… En retard, mais elle arrive
Note :

   J.M. Erre poursuit sa veine distractive et nous l'accompagnons bien volontiers. Tous ses précédents ouvrages nous avaient bien amusés et celui-ci n'est pas en reste. Au comique de situation et de répétition (Ô combien, vous le verrez) s'ajoute une énigme qui titillera nos neurones du début à la solution : comment tout cela peut-il arriver ?
   
   Nous le saurons... pour l'oublier aussitôt et nous laisser à nouveau prendre dans un autre rebondissement, mais je ne vous en dis pas plus, of course.
   
   Donc, reprenons, situons un peu toute cette affaire et évoquons quelques uns des poignants mystères qui nous y assaillent :
   Dans un monde futur où les Taliban se sont emparé de Monaco et où l'on trouve donc en France des réfugiés monégasques, le narrateur, Arthur, écrivain non publié de SF, est un être assez falot menant une vie du même style. Il a cependant, pour le moment du moins, une petite amie plus piquante et qui visiblement commence à se lasser de sa médiocrité. Elle trouve plus de charme à son prof de gym, et c'est justement à l'anniversaire costumé de ce dernier qu'ils se rendent... Arthur est déguisé en Spiderman mais, même pour ce personnage peu musculeux, il a du mal à remplir le costume, au contraire de l'assemblée de body builders qui occupe cette soirée dont il sera bien rapidement éjecté (il ne supporte pas l'alcool non plus). Et voilà notre Spiderman qui déambule seul cette nuit-là dans les rues de ce village étrange et inhospitalier, démuni de tout (le costume n'a pas de poches, voyez-vous). Il y fera maintes rencontres étranges et inquiétantes, terrestres et extra-terrestres, magiques et "normales" dont il ne se sortira ni facilement ni sans dommages, et se trouvera même empêtré dans une boucle temporelle... mais comment tout cela est-t-il possible ??? Car ça l'est, croyez-moi, vous le verrez bien, que vous le compreniez tout seul ou que l'auteur vous le dévoile, et c'est bien n'importe quoi, oui, mais pas que.
   
   Et bravo pour ses personnages secondaires si bien saisis et par là, jubilatoires. Voyez par exemple Jordan, qui ne fera qu'un court passage:
   "Tout au long de sa vie, Jordan avait consacré des efforts soutenus à sa seule préoccupation : l'évitement des problèmes. Vis-à-vis de Maman, une soumission intégrale de type carpette triple épaisseur lui avait permis d'éviter des châtiments corporels trop handicapants. Quant à sa vie de couple, il avait eu la sagesse de choisir une cohabitation monojugale sereine avec lui-même qui lui avait offert beaucoup de temps libre pour s'occuper de Maman. Installé depuis cinquante ans dans la mollesse du consensus, il estimait qu'il lui restait, vu son embonpoint et sa consommation d'alcool, moins d'une trentaine d'années à vivre. Il avait fait le plus gros et il en ressentait un grand soulagement."

   Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont mises ! car oui, J.M. Erre, c'est aussi, et tout autant qu'une histoire folle, une façon tellement élégante de nous raconter tout ça !
   
   
   PS : J'ai adoré voir dézinguer au passage l'adage aussi rebattu qu’approximatif du "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort" qui m'agace tant, en un "Ce qui ne me tue pas me rend malade" tout aussi juste (pas plus, pas moins) et au moins, anticonformiste.
    ↓

critique par Sibylline




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Oui, mais n’y revenez pas
Note :

   "Alain gigota un peu pour la forme, râla un peu par habitude, mais fit bientôt ce que font tous les membres de cette engeance très conformiste qu’on appelle les pendus : une tête d’enterrement."
   

   Le ton est donné, voici le nouvel opus du frère de l’autre, celui qui dessine. Nous voici en 2042 à 20h 42. Et le monde a décidé de déraper. Tout semble échapper à notre héros.
   
   Loufoque comme il sait l’être, l’auteur nous promène dans un grand pastiche des romans de Science-Fiction. Bourré de clins d’œil.
   
   "Au soir du 7 juin 2042, le père Cadick sortit faire son tour de bourg, comme tous les soirs depuis soixante quinze ans, avant de prendre un petit boudoir trempé dans un verre de prune devant la télévision… Outre un rapport particulier au temps, le père Cadick entretenait une relation toute personnelle à l’espace."
Je vous laisse donc trouver de qui il s’agit, mais là c’est trop facile.
   
   Jamais à l’abri d’un bon mot, on assiste au passage de Charybde en Scylla pour notre héros, en utilisant le vieux subterfuge du temps qui recommence éternellement mais bifurque. Tout y est. même les séries les plus célèbres.
   "Les Petits-Gris, les Raeliens, l’autopsie de Roswell ou la zone 51 : on ne parle de la vie extraterrestre qu’à travers les obsessions complotistes de quelques illuminés. Ça ne te parait pas bizarre ?
   – Ah , la zone 51, je maîtrise! lança Francis en brandissant une bouteille de pastis."
   

   D’ailleurs, JM Erre le dit lui même, il a organisé une grande compilation.
   
   "Toutes ces rencontres avec des personnages plus déjantés et caricaturaux les uns que les autres : les culturistes décérébrés, les poivrots philosophes, la grenouille de bénitier, la bourgeoise nymphomane, le paysan dégénéré, et maintenant le duo de flics bouffons. (qui au passage se prénomment David et Vincent) Il y avait quelque chose qui clochait. Toute sa vie, Arthur avait eu cette impression de vivre des scènes incohérentes, mais, cette nuit, il avait le droit à une sorte de concentré. Une compile. Un Best of."
   

   Vous l’avez compris, du J M Erre dans toute sa splendeur. Et… c’est là que je tempère mon plaisir. A force, il devient un peu trop prévisible dans sa loufoquerie. Il est dans une routine qui finalement tourne à l’automatisme. Une fois passé la surprise du thème de la science fiction, on regrette la qualité d’un Pascal Fioretto dans le pastiche littéraire.
   
   Un moment agréable mais qui laisse un arrière-goût de n’y revenez pas. Dommage.
    ↓

critique par Le Mérydien




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296 pages folles,folles, folles
Note :

   "-Si possible, il faudrait éviter le centre. Il y a des culturistes à mes trousses, des policiers à ma recherche, des extraterrestres sur mes talons, et le père Cadick qui patrouille avec sa carabine."
   

   Bienvenue (ou pas) à Gourdiflot-le-Bombé, sa rue du Poney myope, son impasse du Marcassin Boiteux et ses habitants tous plus frappadingues les uns que les autres. Arthur aurait sans doute mieux fait de refuser l'invitation de Framboise, cela lui aurait évité de se retrouver coincé dans une boucle temporelle, "pour vivre des situations toujours plus humiliantes" en compagnie de lémuriens et de quelques extraterrestres. L'occasion pour lui de trouver un sens à sa vie et accessoirement à la nôtre. Oui, rien que ça.
   
   Il faut pas mal de culot pour oser intituler son roman "Le grand n'importe quoi" car si le contenu n'est pas à la hauteur des objectifs, le titre risque de se retourner contre son auteur !
   
   Et pourtant, le pari est tenu: J.M.Erre s'en prend cette fois à l'univers des romans et films de science-fiction qu'il passe à la moulinette et secoue dans son shaker déjanté, y ajoutant quelques zeugmas "puis il prit en même temps une bouteille et un air menaçant", un soupçon de virelangue "un grand gras à gros goitre", force personnifications et autres ingrédients pleins d'humour dont il a le secret.
   
   On pourra regretter une petite baisse de forme vers la fin, qu'une pirouette de dernière minute ne parvient pas vraiment à sauver, mais c'est un bon moment de lecture déjantée dont on aurait tort de se priver.

critique par Cathulu




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