Lecture / Ecriture
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Cœur Tambour de Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga
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  Cœur Tambour
  La Vache du roi Musinga
  Un si beau diplôme !

Scholastique Mukasonga est une écrivaine rwandaise de langue française née en 1956. En 1973, elle doit s’exiler au Burundi. En 1992, elle s’établit en France.

Cœur Tambour - Scholastique Mukasonga

Qui a tué l’Amazone noire?
Note :

   Scholastique Mukasonga reste un grand coup de cœur dont je ne loupe aucune sortie. Après, pour commenter les livres, le temps passe. Meilleur lecteur qu’auteur je suis.
   
   Changement de collection, on quitte l’excellente "Continents Noirs" pour devenir un classique. C’est bon pour l’égo, mais cela n’apporte rien en qualité artistique quand le talent est déjà là.
   
   "Personne ne savait plus trop qui était cette présumée princesse africaine appelée Nyabinghi. Son nom était venu s’échouer sur les plages de la Jamaïque en d’étranges circonstances… Le 12 décembre 1935, peu de temps avant l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, paraissait dans le journal Jamaïca Times un article intitulé "Une société secrète pour détruire les Blancs" : vingt millions de nègres, au nom d’une mystérieuse reine appelée Nya-Binghi, allaient déferler sur l’Europe et l’Amérique, Nya-Binghi signifiant "mort aux Blancs". Les rastas, qui adoptèrent le nom de nyabinghi, n’avaient rien de sanguinaire et, dans la torpeur bienheureuse de l’herbe sacrée, ne songeaient nullement à massacrer quiconque. Les tambours suffisaient à leur rébellion."
   

   Du Rwanda à la Caraïbe, à l’Amérique : mystères, initiations, naissance de la musique rasta, et, dans les bouleversements du monde, quand bat le tambour et le cœur de l’Afrique, un crime fondateur… Qui a tué l’inoubliable diva Kitami, surnommée aux quatre points de l’horizon "l’Amazone noire"?…
   
   Scholastique Mukasonga est une conteuse, mais surtout une nouvelliste hors pair. Car c’est peut-être là la faiblesse de ce roman. Celle de vouloir être un roman !
   
   On suit en trois temps le cheminement de chaque musicien puis celui de celle qui devient Kitami. Chaque fragment en soit est une histoire avec pour point de convergence la rencontre de tous pour devenir un groupe avec pour leader un mélange d’Oum Khaltoum et de Césaria Evora. Il est finalement beaucoup question de racines, entre le jamaïquain, le créole et l’ougandais. Il y a aussi une part d’ethnomusicologie quant à l’histoire et à l’utilisation des tambours. On ne devient pas tambourinaire, on doit être adopté par son instrument. Chacune de ces vies est passionnante, agréable à lire. C’est là que s’exprime tout le talent de l’auteur des nouvelles rwandaises. Mais, car il y a un mais, l’idée d’un fil rouge sur ce qui aurait pu tuer la diva n’est que peu ou mal exploitée et fait un peu bancal dans le paysage. On a un peu l’impression que de plusieurs excellentes nouvelles, il a fallu piocher pour les rattacher et en faire un roman. Sans compter les moments de mysticisme qui étaient déjà apparus dans "Notre dame du Nil3 et qui sont les moments où je me perds car je n’ai pas l’esprit à cela. A la limite du casse pied pour moi.
   
   Bref, une impression mitigée car l’écriture est toujours aussi belle, le talent de raconter aussi, mais avec du mal à passer le cap du roman.

critique par Le Mérydien




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