Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Dès 09 ans: Little Lou de Jean Claverie

Jean Claverie
  Dès 09 ans: Little Lou

Dès 09 ans: Little Lou - Jean Claverie

Jazzy, yeah man!
Note :

   Oui je sais, «yeah man!», c’est plutôt rasta, mais j’aime bien l’expression, alors on va la prêter au jazz au moins le temps de cette page.
   
   Si vous avez dans votre entourage un enfant à partir de … disons, 9 ans, et jusqu’à votre propre âge canonique multiplié par 5, il faut absolument que vous vous arrangiez pour qu’il ait l’occasion de lire cet album.
   
   Dès que je l’ai eu en main dans cette librairie, j’ai senti que je tenais quelque chose de pas ordinaire.
   
   Il s’agit d’un album dont le graphisme déjà, m’a tout de suite attirée. Ce sont des esquisses, des croquis, d’une grande qualité, se chevauchant parfois comme cela arrive dans un carnet de croquis. Ils ont à la fois beaucoup de précision et cette infime part d’irréalisme qui les met hors et au-dessus du réel. Les croquis sont teintés d’un nuage de bleus et d’ocres qui sont exactement les teintes qu’il fallait mettre là. On en est sûr en les voyant.
   Ces dessins peuvent aussi bien occuper un coin de feuille que deux pages. Ils se retrouvent même à un moment où l’action s’accélère, prendre la forme de deux pages de bande dessinée sans qu’on le remarque particulièrement tant tout cet agencement est empli de naturel.
   
   Pour le texte, c’est aussi bien.
    Je déplore toujours beaucoup la réduction mentale (pour ne rien dire de celle du vocabulaire) qui est mise en place dès que l’on s’adresse à des enfants. Et enfin ! Ce n’est pas le cas ici. L’histoire est racontée simplement, mais avec des mots et des sentiments qui sont ceux de la vraie vie, la vie partagée aussi par les grands. Elle raconte comment deux jeunes noirs fuyant leur misère du Sud américain ont trouvée celle d’une grande ville, le quartier noir, ses bars, … et sa musique. Comment Lou, l’enfant qui leur est né là, bercé par la musique de ce monde, est devenu pianiste de jazz.
   
   Il y a bien de l’action aussi, des bandits (qui eux sont blancs), des coups de feu et une fin heureuse grâce au courage de Lou. Ce qui fait de ce docu-album un moment passionnant.
   
   On remarque une courte préface de Memphis Slim qui dit avoir retrouvé ici les souvenirs de sa propre enfance et de celles de biens d’autres.
   
   Vraiment, du tout bon.

critique par Sibylline




* * *



Jazz des années 30
Note :

   À partir de 9-10 ans
   
   Juste après avoir terminé de vibrer avec « le roi du jazz » d’Alain Gerber, je me devais de me procurer ce magnifique album de Jean Claverie déjà si bien commenté par Sibylline. Très vite, je me suis aperçue que l’ouvrage permet une jonction dans l’évolution du jazz tout à fait pertinente car ces deux histoires (le roi du jazz et little Lou) s’enchaînent temporellement à merveille. Puis ici, l’instrument varie car il est question de piano, base aussi incontestable du jazz.
   
   Avec Little Lou nous voilà dans les années 30, vraisemblablement à Chicago où a émigré une grande partie de la communauté noire afin de trouver une vie plus confortable dans ces nouveaux ghettos et fuir la misère des États du Sud.
   
   Tout comme le personnage du «roi du jazz», le jeune Lou, doué d’une certaine précocité musicale, est viscéralement pénétré par le blues qui berce une grande partie de son existence d’autant que sa famille réside au-dessus du bar le Bird Nest où joue le vieux Slim.
   Il est clair que l’ouvrage est un hommage à Memphis Slim qui a d’ailleurs préfacé l’album juste avant de décéder. À nouveau, je ne saurais que conseiller vivement le site « You tube » pour se laisser bercer par le blues de l’artiste à l’instar de Lou.
   «J’ai découvert un jour un disque de Memphis Slim. Depuis ce temps, j’en ai entendu et aimé, des formes de jazz. Mais quand j’ai besoin d’un petit coup de pouce, c’est vers ce blues que je me tourne. Ce profond sentiment de bien-être, j’ai eu envie de le partager, et ça a donné Little Lou.
   Le projet achevé, je me suis armé de courage et je suis allé solliciter Memphis qui jouait ce soir-là au Petit Journal, pour écrire la préface. Je n’étais pas peu fier de discuter avec mon idole. Mais l’Homme à la canne au pommeau d’argent est mort quelques jours avant la parution du livre. Vous avez dit blues ?» (Jean Claverie).

   
   Le texte s’appuie sur de nombreuses références historiques du pays en pleine crise économique faisant apparaître moult gangs, et cette incommunicabilité des populations blanches et noires.
   
   Quant aux illustrations, j’abonderais dans les propos si perspicaces de Sibylline : des croquis à dominante ocre-sépia d’une douceur pénétrante hormis les scènes à caractère plus graves où l’on retrouve le bleu de l’état d’âme de toute une communauté dont s’est inspiré l’essentiel de cette musique.
   
   Il est à noter aussi que la partie en relation avec les gangsters que le jeune Lou arrivera à renverser, bascule dans la BD ce qui renforce fort judicieusement à mon sens les scènes d’action.
   
   En tout cas, je constate que Jean Claverie est un artiste aux multiples talents car outre ses compétences d’écrivain, s’ajoutent celles d’illustrateur et de musicien. Je viens de découvrir, grâce à la toile, qu’il fait partie d’un groupe de jazz, Claverie & Friends, et poursuit une tournée à travers la France : le "Little Lou Tour" qui a entamé, à l'automne 2006, sa quatrième saison de concerts. Un site en son nom, que j’ai trouvé vraiment fort sympathique, nous tient au courant de toute sa riche actualité et nous offre même un court extrait musical.
   
   L’album «Little Lou» existe aussi avec un CD d’accompagnement musical qui permet une ouverture large et variée du monde du jazz. Puis, un autre ouvrage fait suite à celui-ci : «Little Lou : la route du sud».

critique par Véro




* * *