Lecture / Ecriture
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Retour à Oakpine de Ron Carlson

Ron Carlson
  Le signal
  Cinq ciels
  Retour à Oakpine

Ron Carlson est un écrivain américain né en 1947.

Retour à Oakpine - Ron Carlson

Une valeur sûre.
Note :

   "Tôt dans sa carrière, il avait compris qu'il était écrivain parce qu'il vivait pour la beauté, pour l'intensité, mais à la condition qu'il les comprenne, en soit conscient, trouve la distance et les mots qui les feraient résonner et résonner en lui. Il avait été un enfant complexé, et il sut que ce soir-là, il s'était passé quelque chose pour eux tous, quelque chose qui dépassait l'ordinaire ; à dix-sept ans, il fut heureux de cette certitude."
   

   Quatre amis de jeunesse se trouvent à nouveau réunis par les circonstances de la vie trente ans plus tard, dans la petite ville d'Oakpine (Wyoming). Jimmy a quitté la bourgade brutalement après un drame familial. Il est devenu écrivain à New-York. Il est atteint du sida et revient au bercail en sachant qu'il va mourir bientôt.
   
   Autour de lui, un cocon protecteur se reforme avec Mason, revenu lui aussi, remettre en état la maison de ses parents pour la vendre, c'est du moins son projet de départ ; Frank et Craig n'ont pas quitté le pays, ils y ont trouvé leur place avec plus ou moins de bonheur.
   
   Voilà un roman où il ne se passe pas grand chose et pourtant il est captivant. Il faut accepter d'y entrer doucement et de faire connaissance progressivement avec les personnages, en retournant régulièrement en arrière trente ans plus tôt. Les quatre amis avaient constitué un groupe de rock, l'avenir était à eux et pour certains l'avenir c'était partir. Ce désir trouve un écho dans la génération suivante, notamment avec Larry, le fils de Craig.
   
   Ron Carlson sait admirablement camper l'ambiance de la petite ville, la beauté de la nature, nous entrons dans l'intimité de chaque personnage. C'est l'histoire d'une amitié qui traverse les années, le bilan aussi des désillusions, des erreurs de parcours, des regrets, mais sans oublier ce qui est toujours possible. Si le focus est mis sur les quatre hommes, la présence des femmes n'est pas mineure et l'auteur en dresse de beaux portraits.
   
   Un roman qui est plus touffu qu'il n'en a l'air et qui confirme que l'auteur est une valeur sûre.
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critique par Aifelle




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Un roman est plein de nostalgie
Note :

   "Ron Carlson est né en 1947 en Utah et a grandi à Salt Lake City. Après des études de lettres, il devient professeur dans le Connecticut puis à l'université d'Arizona où il commence à enseigner le creative writing avant de devenir directeur de ce département. Il enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Californie, à Irvine, et vit à Huntington Beach. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines, du New Yorker à GQ. Il collabore également aux cahiers livres du New York Times et du Los Angeles Times. Il est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de cinq romans qui ont reçu de nombreuses distinctions aux États-Unis. "(Gallsmeiter)
   

   "Retour à Oakpine" de Ron Carlson paru aux éditions Gallmeister m’a valu une nuit d’insomnie car je n’ai plus pu le lâcher avant de l’avoir fini! Pourtant j’y suis entrée avec lenteur, car il faut du temps pour se familiariser avec tous les personnages vivant dans cette petite ville du Wyoming, Oakpine, ou la vie s’écoule, lente, monotone, immobile. Une ville qui va jouer un grand rôle dans le roman, à la fois attractive parce qu'elle représente le creuset de l'enfance, mais aussi répulsive parce que rien ne semble vouloir y évoluer. Et puis, une fois que vous avez fait connaissance, vous voulez absolument savoir ce qu’il advient d’eux, vous avez envie de partager leur vie et ce n’est qu’à regret que vous les quittez.
   
   Le thème central est celui du retour de Jimmy Brand dans sa ville natale. Ecrivain, homosexuel, vivant à New York, il a perdu son compagnon et revient au pays après trente ans d’absence pour y mourir. Son père ne veut par le recevoir, on comprendra peu à peu pourquoi. Aussi sa mère fait venir un copain d’enfance de Jimmy, Graig Raslston, pour aménager le garage afin d’y loger son fils. Son retour coïncide avec celui de Mason Kirby, avocat, divorcé, qui revient pour vendre la maison de ses parents. Or ce garage est celui où dans leur jeunesse Jimmy, Graig, Mason et un autre de leur camarade de classe Frank, se réunissaient pour jouer leur musique rock. Les quatre amis se retrouvent, l’un va mourir mais les autres sont aussi à un âge critique, la cinquantaine, "la deuxième moitié de leur vie". C’est l’heure du bilan pour tous, englués comme ils le sont dans cette petite ville où rien ne bouge, pour eux aussi bien que pour leurs épouses, ces jeunes filles qui sont allées à l’école avec eux, qu’ils ont aimées, épousées, voire abandonnées. Qu’ont-ils fait de leur vie? Qu’ont-ils sacrifié de leurs rêves de jeunesse? Reste-t-il encore un peu de bonheur à glaner pour Jimmy? Et pour les autres, que feront-ils ce qui leur reste à vivre?
   
   Le ton du roman est plein de nostalgie et les souvenirs des années lycée affluent, se mêlant au présent, portant en eux leurs joies, le fantôme de leurs espoirs, la mélancolie du regret pour ce qui ne reviendra plus jamais. Mais le passé est aussi synonyme de tristesse, de peur, de mal-être car la jeunesse porte aussi son lot de drames. Pourtant le roman n’est jamais désespérant, au contraire. Malgré les amertumes liées au présent comme au passé, ce livre nous apporte du courage et de la force et ceci pour deux raisons : La présence des jeunes gens adorables, positifs, qui permettent de croire à l’avenir. Ainsi Larry le fils de Graig et de Marci Reslston, un jeune sportif, sain, dévoué, plein de délicatesse et d’attention et Wendy, une jeune fille sincère, un peu paumée au début, qui refuse la fatalité faite aux femmes, se marier, être mère, et qui veut devenir écrivaine. Tous deux apportent à Jimmy la fraîcheur et la gentillesse de leur jeunesse.
   
   Et puis il y a l’amitié qui reprend ses droits avec les retrouvailles des copains à nouveau réunis et se manifeste par le biais de la musique, un lien très fort qui les rassemble tous. Si bien que Jimmy malgré sa faiblesse et sa mort annoncée devient le ferment d’une renaissance et d'un nouveau départ dans la vie pour ses amis.
   Un très beau livre, plein d’humanité et de tendresse.
    ↓

critique par Claudialucia




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Une part d’humanité
Note :

   Ils se sont quittés il y a plus de trente ans. Jimmy est parti à New York et devenu un écrivain célèbre. Frank et Graig sont restés au pays tandis que Mason a lui aussi disparu d’Oakpine.
   
   Jimmy revient dans sa ville car malade il a décidé d’y mourir. Sa mère demande à Graig de s’occuper de rénover le garage pour y loger son fils car le père de Jimmy ne veut pas de sa présence dans la maison depuis la mort de leur autre fils Matt. Il y trente ans.
   
    Mason est également de retour mais par pur hasard. Il divorce et décide de retaper la maison de ses parents afin de la vendre.
   
   Trente ans après, les quatre hommes qui avaient fondé leur propre groupe de rock et connu un petit succès sont à nouveau dans la ville de l’enfance.
   
   Ils ont la cinquantaine, la vie les a cabossés. Leur amitié qui était juste endormie va reprendre vigueur. Leur amitié va leur permettre d’effacer tout ce dont ils avaient peur.
   
   Et les femmes les y aideront
   
   "Jimmy sentait l’odeur de la terre ici, le musc puissant qui montait de toutes les plantes. Avec les abeilles qui bourdonnaient partout dans le jardin, on avait l’impression de voir les choses pousser. La carotte était sucrée. Il se leva, heureux de s’extraire de la chaise rigide, et un instant il se sentit dangereusement grand, puis alla à pas prudents jusqu’aux tiges de courge entremêlées. Il se pencha sans ressentir d’étourdissement et souleva les grandes feuilles pour apercevoir les courges et les melons dans l’ombre verte vacillante."
   
   "De retour sur la route, toujours perdu, il pensa que, à l’image de ce qu’il avait vécu dans sa vie, cela durerait deux minutes. Mais une heure plus tard le paysage s’était transformé en collines ondoyantes couvertes d’armoise"
   

    En refermant le livre, j’ai ressenti un véritable bonheur. Il n’y a pas de haine, ni de violence qui traversent les pages juste une part d’humanité mais tellement forte.
   
   Et cette nature si bien décrite…
   
   Magnifique roman…..

critique par Winnie




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