Lecture / Ecriture
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Le géant de Stefan aus dem Siepen

Stefan aus dem Siepen
  Le géant

Le géant - Stefan aus dem Siepen

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Note :

   Tilman Wölzinger nait dans une petite ville allemande, Nagoldshausen. Fils d'un couvreur (de père en fils depuis 4 générations) trapu et bourru et d'une femme effacée, petite et solide. Sa sœur Simone est d'une taille qui se situe entre leurs père et mère. Mais Tilman grandit, dépasse, encore adolescent, les deux mètres, et son hypophyse continue à secréter de l'hormone de croissance. Tilman, le géant ainsi qu'il est appelé s'éloigne de plus en plus des autres, s'isole, se met au piano et à la lecture. Sa vie devient difficile, la différence et le hors norme effraient et produisent une curiosité souvent malsaine.
   
   Voici un court roman, un conte ou une fable. A travers son personnage de géant, Stefan aus dem Siepen décrit merveilleusement la difficulté à s'intégrer lorsqu'on est différent, le mécanisme de l'isolement, du rejet. Si au début Tilman subit des quolibets, ceux-ci se transforment bientôt en insultes ou moqueries moins amicales. Il préfère alors se retirer, se cultiver, seul.
   
   Un roman tendre et élégant. L'élégance se ressent dans l'écriture, les tournures de phrases et la bienveillance de l'auteur pour Tilman : "Ah ! Qu'en termes galants, ces choses-là sont mises" écrivait Molière dans Le Misanthrope, eh bien c'est une citation qui sied parfaitement à ce roman, qui pourrait également reprendre en partie le titre, car Tilman à force de voir les gens de haut, tels qu'ils sont, avides de sensations, de nouveautés, de nouvelles trash :
   "Ils traversaient la vie avec le besoin trouble de se délecter du malheur d'autrui, d'ingurgiter quotidiennement une dose de trivialité et de saleté. Ils avaient besoin de leurs amusements de pacotille et ils ne les trouvaient nulle part de manière aussi assurée que dans le franchement exceptionnel, dans le déviant stupéfiant." (p.115)

    en devient un brin misanthrope. Néanmoins, l'ouverture que lui procurent la lecture et la musique lui permet de relativiser, de prendre la curiosité qu'il suscite comme une chose inévitable et de s'y plier pas forcément de bon gré, mais avec une grande bonté et une certaine philosophie. Plus il grandit, plus il s'apaise et acquiert de réflexion, de recul sur lui-même et les événements, en un mot, de sagesse.
   
   Une belle et profonde réflexion sur la recherche du bonheur, sur la différence et l'acceptation d'icelle par autrui, sur l'amour, sur la culture : la différence entre l'élitisme et la culture de masse qui peut tendre vers le néant lorsqu'il s'agit par exemple des phénomènes de foire, les fameux freaks, entre la beauté et la laideur ; il m'a semblé y voir aussi une critique à peine voilée de la dérive des chaînes de télévision, vers le sensationnel, le laid, la téléréalité...
   
   Je ne connaissais pas cet auteur allemand au nom étonnant et qui me semble lui aussi très élégant (mes souvenirs d'allemand sont pauvres et lointains, j'espère qu'en cette langue, ce n'est pas une grossièreté !). Il a publié en 2014, un autre roman "La corde", qui me tente tant par le thème que par la très belle écriture (félicitations au traducteur) que j'ai découverte avec "Le géant". Assurément, je le relirai, en plus son roman est court, vraiment tout pour me plaire.

critique par Yv




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