Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les étrangers de Sándor Márai

Sándor Márai
  Les braises
  Métamorphoses d’un mariage
  L'héritage d'Esther
  L'étrangère
  La sœur
  Libération
  Les confessions d'un bourgeois
  Mémoires de Hongrie
  Divorce à Buda
  Le miracle de San Gennaro
  La conversation de Bolzano
  Un chien de caractère
  Les étrangers
  La nuit du bûcher

Sándor Márai est un écrivain et journaliste hongrois né en 1900 à Kassa alors partie de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui Košice, en Slovaquie) et mort (suicide) en 1989 à San Diego aux États-Unis.
(Source Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les étrangers - Sándor Márai

Mémoires d'un Européen
Note :

   Ce roman a été écrit en 1930 par Sandor Marai alors qu'il venait de passer cinq ans à Paris. Ce détail a de l'importance car nous y voyons un jeune homme qui est le double littéraire de l'auteur. Docteur de philosophie, après avoir négligé pendant un an, les études qu'une bourse lui avait permis de suivre dans un Berlin qui compte en millions de marks pour le moindre achat, il part à Paris sur un coup de tête, ne sachant ce qu'il va y faire, ni pour combien de temps. Il y restera quelques années. Je parle du personnage du roman, mais l'auteur avait suivi un peu le même parcours, les deux sont très proches, bien que le décalage de la fiction permette de mettre en scène, d'améliorer l'histoire et de ne pas engager son intimité.
   
   Le roman se présente en trois parties : dans la première et la dernière, le personnage est appelé "le jeune homme", et évoqué à la troisième personne ; dans la seconde, il est censé raconter dans un cahier ce qui lui est arrivé pendant la période qu'il passa en Bretagne, et le récit est donc à la première personne. (On peut d'ailleurs regretter qu'à ce moment il ne se montre que dans le beau rôle. Est-ce vraisemblable, cette perfection, cette égalité d'humeur?)
   
   Quoi qu'il en soit, cette expérience française lui fait connaître aussi bien l’opulence que la misère, la vie simple des marins-pêcheurs comme celle clinquante des habitués du Dôme parisien et donne au lecteur l'occasion de pénétrer ces différents mondes de l'entre deux guerres. C'est vraiment intéressant et, si nous ne rencontrons pas de célébrités au Dôme, nous devenons vite familiers d'une misère et d'une grâce bohèmes qui firent la réputation de Paris. Ecrit à l'époque-même évoquée, on ne peut craindre d'anachronisme ou de ces distorsions dues au changement historique d'optique.
   
   C'est le premier point de ce roman, le second tient aux réflexions que l'auteur se fait sur l'expatriement. Cet écrivain hongrois, cultivé, parlant plusieurs langues et fuyant un pays qui l'oppresse a vécu toute sa vie dans cette situation d’exilé et a montré dans ses romans ses différentes facettes. Il le fait aussi ici, montre ce Paris, miroir aux alouettes, qui voit affluer un peuple cosmopolite qu'il ne traite pas mieux que ses propres prolétaires et qu'il maintient, à l'écart malgré une apparence d'assimilation. "le jeune homme" se heurtera d'ailleurs fort brutalement à la xénophobie au moment où il s'y attendra le moins. Mais entendons-nous, sans doute moins que cela ne se fait ailleurs. Sandor Marai semble d'ailleurs conclure que c'est là une fatalité, comme le mal du pays quel que soit le pays laissé derrière soi. On le sait, l’exil est un thème récurrent de l’œuvre de cet auteur.

critique par Sibylline




* * *