Lecture / Ecriture
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Ouest de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Ouest - François Vallejo

A l'ouest tu trouves aussi les terres à délits
Note :

   Présentation de l'éditeur
   Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort, un fils le remplace.Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec ce l'Aubépine le Jeune pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant... Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage.

   
   Surpris, dérangé par la force de cette écriture caractérielle, caricaturale, je me suis plongé dans cette ambiance peu habituelle, avec un mauvais a priori. Resté à l'affût d'une quelconque proie littéraire sans grand intérêt, je fus étrangement happé par le récit, vivant cette aventure peu commune comme défileraient sous mes yeux les lignes d'un carnet de campagne poussiéreux.
   
   Loin d'être attachants les personnages sont scabreux, rugueux, bruts de décoffrage.
   
   Où est il le temps de la clémence, perdu entre deux mondes dans lesquels s'affrontent des personnes (le baron et le garde chasse) aussi têtus l'un que l'autre ?
   
   Il leur faut à tour de rôle lâcher du lest pour parvenir un instant seulement à comprendre l'homme qu'ils considèrent si différemment comme ennemi, maître ou esclave.
   
   Sans interruption du récit, l'écriture parlée devient langage, transcrit au présent des passés simples des cons posés, sur lie d'indifférence rapprochée. Lambert garde chasse donne cette réplique équivoque :
   « les temps que nous vivons, ne sont pas des temps »
   
   Cet homme cru tonne des réflexions, pleines du bon sens des gens de la terre:
   
   Extrait tiré d'une partie de chasse, à la période où le baron souhaite renverser le régime en place« Taisez-vous, monsieur à la fin, c'est vous qui faites fuir le gibier à parler haut dans les fougères. On vous entend venir à deux lieues. Comment voulez-vous vaincre un tyran, si la plus petite perdrix rouge vous échappe sans effort ? Sauf votre respect, on n'attrape pas un Bonaparte comme une fille de l'Ouest. »
   
   Loin de concurrencer l'excellent «coup de fouet» de Bernard du Boucheron,François Vallejo donne aux scènes de chasse une autre vision, une autre approche.
   
   Pour son originalité, je vous invite à découvrir ce roman.
   
   Pour son écriture tendue, haletante, n'ayez pas peur de vous embarquer dans cette aventure.
   
   Prix Inter 2007
    ↓

critique par bertrand-môgendre




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Le talent de Vallejo
Note :

   Dans l'Ouest, au milieu du XIXeme Siècle, le baron de l'Aubépine, propriétaire du château des Perrières décède. Son fils, un jeune homme qui a grandi loin de la demeure familiale et acquis à la cause républicaine, lui succède donc. Peu à peu il renvoie tous les domestiques de la maison, et ne conserve que le garde-chasse, Lambert, dont le seul loisir est de dresser sa meute de chiens. La relation entre le maître et le garde-chasse, débutée sur une relation de confiance, tourne petit à petit à une confrontation funeste.
   
   Qu'est-ce que François Vallejo écrit bien! J'avais déjà été très touché par la qualité d'écriture de "Groom", mais ce livre-ci est selon moi encore plus travaillé. J'ai été complètement transporté par cette écriture, qui mélange style direct et indirect, qui prend des libertés avec les conventions du dialogue, mais qui a le mérite de ne pas perdre le lecteur. Vraiment, c'est selon moi le point fort de ce roman.
   
   Concernant l'intrigue, elle est également très prenante, entre la maladie psychologique du châtelain et les péripéties politiques. On est tout d'abord troublé par les querelles entre Lambert et le valet de Mr de L'Aubépine, Cachan, jusqu'à ce que ce dernier quitte le château. Puis ce sont des jeunes filles qui investissent les nuits du baron, avec un mystère qui entoure ces activités nocturnes.
   
   Sur le plan politique, on suit l'échec de la deuxième République, puis les tentatives infructueuses du baron pour faire revenir Victor Hugo en France, afin de renverser Napoléon le Petit. Toute cette partie, avec la part du complot, est haletante et très prenante.
   
   Il y a également la vie de la famille de Lambert, Eugénie sa femme qui travaille au château, ses enfants Magdeleine et Grégoire, qui prend peu à peu conscience de la situation difficile dans laquelle ils se trouvent: au service d'un baron malade, qui n’a plus aucune notion de la réalité! Un baron qui va même jusqu’à croire que Victor Schoelcher est un de ses amis intimes, alors que c’est une invention pour approcher Hugo.
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman, prenant, troublant, riche au niveau de l'écriture et des sentiments représentés. Une vraie confirmation du talent de François Vallejo!
   ↓

critique par Yohan




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Le baron paradoxal
Note :

   Déjà pour commencer, moi qui aime les chiens (et les chiens en bande), j'ai parfaitement ressenti la signification émotionnelle de cette meute pour Lambert. Ne la négligez surtout pas si vous ne voulez pas rater une partie de la chair de ce roman.
   
   Au château, à la mort du baron (aimé, craint et admiré de ses gens), arrive son fils qu'il a toujours détesté et maltraité de toutes les façons possibles pour un père (et elles sont innombrables). La domesticité qui l'a connu enfant dans ses humiliations préfère quitter le château. Seuls restent le garde-chasse et sa famille à cause du logement qu'ils ont et surtout de la meute qui est la fierté et l'amour de Lambert. Mais le nouveau baron «n'a pas les gestes». Il ne se conduit pas en maître. Comment le pourrait-il, lui qui toujours a été brimé? Mais pour ses gens, la noblesse est innée, «dans le sang» (sinon, que serait-elle?) et ils ne peuvent accepter un maître qui n'en est pas un. Pour corser le tout, M. De l'Aubépine est arrivé avec des idées républicaines, rouges même, et ne craint pas de les proclamer haut et fort. Est-ce ainsi qu'un noble doit se comporter? Quand pour couronner le tout il accompagne ces déclarations libertaires d'une tenue de ses gens pire que celle des hobereaux bon teint, que peuvent-ils y comprendre? Sinon, qu'il faut se méfier des maîtres (en quoi ils auront raison de ne pas baisser la garde). Et cet aristocrate paradoxal*, s'il ne gagne guère l'estime des autres, n'en reste pas moins un maître, ce qu'ils ne sont pas et il n'y a pas à chercher plus loin. Il manifeste d'ailleurs bientôt les vices de sa condition.
   
   Dans un premier temps, pour moi, l'empathie s'est bien installée avec Lambert, mais aussi avec le baron dont je sentais la solitude et le «déclassement» de toujours. Cette empathie double m'a permis de bien m'imprégner des événement et, quand les rôles sont devenus plus outrés et on fait éclater cette empathie, de bien ressentir la violence de ce qui se passait.
   Les personnages de Magdeleine et d'Eugénie et même Grégoire qui se précisent eux aussi de plus en plus sont animés d'une telle vie que leur réalité éclate. Magdeleine par exemple, à la peau trop blanche, est une victime d'entrée de jeu puis, devenant chasseresse avec son père, balaie ce rôle trop convenu de proie, pour jongler ensuite sans cesse entre ceux de chasseur et de gibier. Cet exemple illustre la profondeur que Vallejo met dans tous ses personnages (même les tout à fait secondaires).
   
   De la profondeur et de la finesse, il en met tout autant dans les événements que nous voyons glisser comme ils le font dans la vraie vie, toute situation évoluant sans déclaration spéciale d'un jour à l'autre, «mûrissant» insensiblement, sans manichéisme. Cette «évolution» est sensible en permanence et, si elle est bien le reflet de la réalité, il n'est pas si courant de la trouver dans les romans, qui sont comme des «photos» qui ont tendance à figer un moment de la vie. François Vallejo a admirablement rendu cela.
   
   Tout ceux qui ont lu ce roman et avec qui j'en ai parlé semblent avoir eu une lecture différente de celle du voisin. Chez chacun, l'un des aspects a prédominé et lui a semblé suffisamment riche, fouillé et traité de façon suffisante pour être l'axe du livre. C'est de celui-là qu'il parle tout de suite et abondamment quand on l'interroge sur ce livre. «Ah oui, c'est la lutte de domination entre le baron et son garde-chasse» «Ah oui, c'est ce roman avec le noble qui veut mettre Victor Hugo au pouvoir» etc. Ce seront les rapports dominant/dominé, ou de l'homme et de l'animalité (chiens), ce sera la perversion sexuelle, les troubles mentaux, les effets d'une enfance «écrasée» ou les idées libertaires chez les privilégiés, le sens de la vie (le baron veut être «grand», «jouer un rôle»); et moi qui n'ai su choisir aucun de ces axes et qui ai été sensible à tous, je termine sur une impression de baigner dans l'extrême richesse et complexité de la réalité parfaitement rendue. Je reste sous l'impression que c'est le livre de tout cela et de bien des choses encore.
   
   Il faut parler aussi de l'écriture. Elle est quasi parfaite, d'une maîtrise admirable. Avec en particulier un magnifique rendu des dialogues. Vous ne pourrez manquer de l'admirer et surtout, surtout, le roman se termine sur une dernière page qui est tout simplement sublime (chose que je ne dis quasi jamais), l'acmé de ce livre. Merveilleuse dernière page!
   
   Vous me direz, si c'est une telle réussite, pourquoi pas 5 étoiles? C'est uniquement une question de goût. La femme que je suis ne s'est pas sentie à l'aise avec cette histoire de perversion sadique. Ces histoires-là ne me plaisent pas. Plaire, c'est tout. La demi-étoile qui manque, c'est celle toute subjective du goût, celle qui dit qu'on se sent chez soi ou non dans une histoire.
   
   
   * C'est ainsi que l'auteur désigne son personnage dans la préface à «Dérive»

critique par Sibylline




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