Lecture / Ecriture
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Un devin m'a dit - Voyages en Asie de Tiziano Terzani

Tiziano Terzani
  Un devin m'a dit - Voyages en Asie
  Un Autre tour de manège

Un devin m'a dit - Voyages en Asie - Tiziano Terzani

Tout simplement magnifique !
Note :

   En 1976, à Hong-Kong, un devin dit à Tiziano Terzani qu'en 1993, il ne devra à aucun prix prendre un avion. L'année en question, plus par jeu et par envie de changement, le journaliste décide de respecter la prophétie. Accord trouvé avec son employeur, Der Spiegel. Tiziano Terzani voyage alors par des moyens terrestres et maritimes, prenant le temps de la rencontre, le temps de la discussion et cherchant dans chaque pays, dans chaque région un devin comme pour vérifier la prophétie initiale ou approcher de plus près les cultures traditionnelles de chaque pays traversé.
   
   Je n'écrirai pas ici de prolégomènes au contenu de mon article, je ferai court en vous disant tout de go que je risque l'emportement, l'enthousiasme voire la dithyrambe. Ce bouquin est tout simplement magnifique ! Déjà emballé par "Lettres contre la guerre" du même auteur, je me suis empressé vers les rayonnages d'une librairie pour acquérir cet ouvrage dont on dit le plus grand bien. J'ai même acheté "Un autre tour de manège", mais là Madame Yv a posé son droit de préemption et je ne pourrai le lire que lorsqu'elle l'aura fini, mais je sais de source sûre -les confidences sur l'oreiller, ça fonctionne toujours- qu'elle est conquise.
   
   Cette lecture demande un minimum d'attention et d'exigence, Tiziano Terzani nous baladant dans beaucoup de pays dont il raconte l'histoire ; 460 pages denses en petits caractères (dans la version poche). Si je suis parvenu au bout sans encombre, vous pouvez me croire, ces pages sont passionnantes, surtout si fidèles de mesz chroniques, vous connaissez mon appréhension pour les gros volumes. Jamais je ne m'y suis ennuyé. Jamais je n'ai eu a moindre velléité de fermer le livre avant de l'avoir fini.
   
   Un texte fort et très accessible qui parle des traditions qui se perdent au profit de l'occidentalisation de l'Asie. La globalisation tend vers l'uniformisation des coutumes et des hommes et des femmes du monde, et c'est ce que ce texte montre bien. Quel dommage qu'en Mongolie, en Thaïlande, en Chine, en Birmanie, on trouve des chaines de magasins mondialement connues. Le commerce international remodèle le monde, le façonne à sa manière plus vendeuse, plus bénéfique financièrement. Le reporter passe de Thaïlande à Singapour ce bout de terre ultra-moderne, déshumanisé, emprunte les routes birmanes, visite le Cambodge sous assistance de l'ONU (la critique contre cette organisation est assez virulente) ; les entreprises internationales se livrent une bataille pour la reconstruction du pays détruit par les Khmers rouges. Partout Tiziano Terzani cherche l'humain, le contact, la rencontre. Son mode de voyage, lent, lui donne le temps de parler, de s'arrêter et ses carnets son emplis des rencontres parfois formidables parfois moins avec des hommes et des femmes qui n'ont pas renoncé à leurs traditions.
   
   Un texte d'un homme à la recherche d'une vérité, d'une spiritualité qu'il a du mal à cerner. L'année 1993 qu'il passe sur les routes à chercher l'autre est sûrement celle qui le mènera vers cette sagesse que j'ai ressentie dans "Lettres contre la guerre". Il me semble que c'est l'année qui le verra doucement basculer vers le côté spirituel de sa personnalité, laissant son autre face, celle du reporter qui court les zones de conflit pour en rendre compte s'atténuer petit à petit.
   
   Lecture formidable, intelligente, instructive et ressourçante (?), on sent à le lire un bien-être, une envie folle de ralentir le rythme -et pourtant, le mien est déjà beaucoup plus lent que celui de la majorité des Français. Découvrez et lisez Tiziano Terzani, et merci à Intervalles de rééditer ces textes.
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critique par Yv




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Anti-mondialisation
Note :

   "En 1975, à Hong Kong, Tiziano Terziani rencontre un devin qui le met en garde : "Ne prends surtout pas l'avion en 1993 !". Seize années plus tard, le 31 décembre 1992, il décide de respecter la prophétie.
   Pendant un an, il voyage en train, en bateau, en bus ou à dos d'éléphant et redécouvre une Asie que le voyageur pressé ne connaît plus. Cette année sans prendre les airs est le prétexte pour brosser l'un des tableaux les plus riches et les plus vivants jamais peints de l'Asie, de sa culture propre, de sa spiritualité et de ses peuples." (extrait 4e de couverture)
   

   Sans conteste, cette lecture est une des plus passionnantes faite ces derniers mois. L'auteur, journaliste italien et grand voyageur, s'étant frotté à toutes sortes d'aventures et de terrains de guerre, décide de ne plus prendre l'avion pendant un an sur la foi d'une prophétie. Bien sûr, il n'y croit pas vraiment, mais se pique au jeu, fatigué de passer d'un aéroport à l'autre et de ne plus avoir le temps de se poser vraiment nulle part.
   
   Il commence par nous expliquer comment il a pu s'arranger avec son employeur pour continuer à travailler avec une telle contrainte. L'auteur se donne pour mission de rencontrer un devin dans chaque ville et pays visités. C'est l'occasion d'un vaste panorama des croyances implantées en Asie et de leur influence sur la population. L'auteur repère rapidement que les prédictions sont en lien direct avec la société où vit le devin. Par exemple l'argent est omniprésent dès qu'il s'agit des Chinois. Il a plus affaire à des personnes ayant un sens de l'observation développé et un bon sens tout court, qu'à de vraies révélations. Quoique, certaines rencontres l'ont beaucoup troublé, mais toujours il essaie de rationaliser.
   
   Si j'ai trouvé énormément d'intérêt à cette partie de la quête, j'en ai eu encore plus à la description des réalités sociales, politiques, géographiques, historiques des pays visités. L'auteur avait déjà eu l'occasion de séjourner dans ces lieux auparavant et il ne peut que constater l'ampleur des dégâts. Les cultures traditionnelles ont disparu ou sont en voie de disparition sous le rouleau compresseur de la modernité et de l'argent roi. Ce qu'il aimait tant, la diversité des traditions, l'art de vivre, la douceur et la gentillesse des populations, se délite, il en voit les dernières traces. Et que dire de la table rase de quartiers entiers, à la richesse architecturale certaine, remplacés par des gratte-ciels sans âme.
   
   Les changements sont saisissants, je me suis demandé plus d'une fois ce que l'auteur penserait aujourd'hui (le livre a été publié en 1995). S'il décrit très bien ce qu'il voit et ce qu'il fait au cours de cette année, l'auteur témoigne également d'une grande chaleur humaine dans ses rencontres. Que ce soit de vieux amis ou des interlocuteurs passagers, il est toujours à l'écoute et prêt à comprendre. Il y parle également de sa vie personnelle sans que ce soit impudique ou envahissant.
   
   Il y a tellement d'aspects captivants dans ce récit que je ne peux guère vous le résumer, je préfère vous donner à lire quelques extraits. J'ajoute que j'ai été particulièrement touchée par son retour au Cambodge et la manière dont il parle de ce que le peuple a subi (il était présent lorsque les Khmers rouges ont pénétré dans Phnom Penh).
   
   "J'avais l'impression que "la communauté internationale" - cet étrange, indéfinissable ramassis de gens de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de toutes les langues, qui n'avaient en commun que leur intérêt à gagner en un jour, comme indemnité de déplacement, ce qu'un Cambodgien moyen gagne en une année, cent cinquante dollars américains - voulait rester au Cambodge au prix de tout compromis".
   
   "Assis à la poupe, je me demandais comment et combien de temps pouvait résister un monde exclusivement régi par les critères aveugles, inhumains et immoraux de l'économie. En regardant passer l'ombre d'îles lointaines, j'en imaginais une habitée par une tribu de poètes vivant à l'écart, dans l'attente du moment où, après le Moyen-Age du matérialisme, l'humanité aura de nouveau besoin de valeurs pour exister".
   

   Une lecture foisonnante dans laquelle j'ai progressé lentement, soucieuse de ne pas en perdre une miette ..
   
   Je vais commencer maintenant "Un autre tour de manège" sur la recherche de la médecine la plus efficace lorsque l'auteur a appris qu'il était malade. Il est décédé en 2004.

critique par Aifelle




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