Lecture / Ecriture
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Chez les heureux du monde de Edith Wharton

Edith Wharton
  Sur les rives de l'Hudson
  Libre et légère
  Chez les heureux du monde
  Les beaux mariages
  Xingu
  Les chemins parcourus
  Eté
  Ethan Frome
  Le temps de l’innocence
  Le triomphe de la Nuit
  La splendeur des Lansing
  Le fils et autres nouvelles
  Les Boucanières
  Les New-Yorkaises
  Le vice de la lecture
  La France en automobile

Edith Wharton est une romancière américaine née à New York en 1862 et morte en 1937, en France où elle vivait depuis une trentaine d'années.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Chez les heureux du monde - Edith Wharton

Machos anonymes
Note :

    (Avertissement préliminaire : ce qui suit est une invention, jamais je n'oserais imaginer qu'un des lecteurs de ce site soit assimilable aux cas délictueux dont je vais parler.)
   
   Attention, on ne rigole pas ! Silence dans les rangs ! Si vous êtes ici aujourd'hui, c'est parce que vous avez un problème. Un problème grave ! Eh, vous le brun macho-musclé là-bas au fond, on ne rit pas bêtement quand l'instructeur vous parle ! On se concentre.
   
   Bon, je reprends. Vous avez un problème grave. Comme vous devriez tous le savoir, dans le monde tel qu'il est, il faut s'adapter. Les choses changent. Je sais que c'était mieux avant, mais, malheureusement, nous ne pouvons plus retourner en arrière, la société s'est transformée et nous ne pouvons plus résister. Il nous faut accepter la triste réalité.
   
   Elles sont allées trop loin ! Elles se sont rebellées ! Elles ne veulent plus des règles immémoriales. De qui je parle ? Des femmes, bien sûr !
   
   Stagiaires, vous êtes ici parce que vous êtes des machos. Et ce n'est pas bien. Il vous faut changer, accepter la dure réalité de notre société.
   
   Pour l'instant c'est compréhensible pour tout le monde, non ? Même pour vous le surfeur blond endormi ? On n'est pas encore passé au support écrit, donc pas d'excuses !
   
   Bon, pour réussir à mater votre machisme, ce stage vous propose un entraînement sévère.
   1. Reconnaître publiquement ce que vous êtes : un affreux macho.
   2. Boire du thé dans une jolie tasse et avaler un grand nombre de gâteaux.
   3. C'est l'étape la plus importante et la plus difficile, vous mettre dans la peau d'une femme et compatir à son sort. On se tait, pas de chahut, s'il-vous-plait messieurs ! Je sais que c'est dur et humiliant, mais vous devez passer par là pour être apte à intégrer la société. Mais vous allez vous taire oui bande d'organismes débordants de testostérone ! Pour réussir cette étape, il va falloir que vous lisiez Chez les heureux du monde d'Edith Wharton.
   
   Qu'est-ce que c'est que ce chahut ? Quel est le problème ? Ah, je vois, certains d'entre vous ont des "petits problèmes" d'illettrisme. Ne vous inquiétez pas, le cas est habituel donc prévu : nous avons des enregistrements sonores du roman en question.
   
   Bon ! On va y arriver tous ensemble ! Le macho, c'est fini !
   
   Pourquoi Chez les heureux du monde est-il le roman le plus efficace pour nos machos anonymes ? Parce que c'est l'histoire d'une jeune fille, Lily Bart, très séduisante mais complètement ruinée qui essaie de faire un "beau mariage". Pour atteindre cet objectif, elle fréquente avec assiduité les cercles aisés de la société américaine et manipule avec savoir-faire le coeur des hommes. Mais Lily n'est pas une intrigante, et c'est bien là la cause de sa perte. Dépensière, mondaine, mais aussi lucide et honnête, elle se refuse à faire les compromis qui lui permettraient d'atteindre son objectif. Elle se trouve alors confrontée aux nombreux interdits et préjugés auxquels sont soumis les femmes célibataires dans cette société de faux-semblants que connaît et décrit si bien Edith Wharton.
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critique par Cécile




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5th Avenue / Wall Street
Note :

   - Tout le monde se rappelle d’Undine, la tête-à-claques notoire des “Beaux Mariages”? Tout le monde se rappelle de son but dans la vie qui est? Je vous écoute…
   SE TROUVER UN MARI
   - Bien. Mais encore ?
   - AVOIR DES $$$
    -C’est très bien, je vois que tout le monde suit. Et quel effet m’avait fait cette héroïne? Elle était… ? Elle était… ?
   - COMPLETEMENT FLIPPANTE
   - Trrrrrrrès bien. Nous allons poursuivre notre étude de l’héroïne whartonienne si vous voulez bien.
   
    Undine Spragg et Lily Bart, même combat : nous sommes toujours dans les hauts cercles new-yorkais au tournant du siècle, nous sommes toujours au sommet de notre gloire et de notre beauté.
   Pour compliquer un peu les choses, sinon ce n’est pas drôle, nous sommes fauchées, ce qui ne nous empêche pas d’avoir des goûts de luxe.
   Notre mission : trouver un mari avec beaucoup d’argent. Et si on a l’embarras du choix, on se met aux enchères.
   
   C’est que la société exige un sacrifice bien particulier de ces jeunes filles des hautes sphères en échange d’un semblant de liberté : elles doivent se faire passer la bague au doigt. Sinon il y a deux solutions :
   - être considérée vieille fille (brrrr)
   - être qualifiée de traînée (pouah !)
   Edith Wharton sait de quoi elle parle, elle en a fait les frais.
   
   Une femme célibataire comme Lily Bart ne peut se promener seule dans les rues de New-York, bien qu’elle ait déjà vingt-neuf ans. Elle ne peut fumer, jouer, emprunter de l’argent. Elle ne peut se contenter de flirter pour le plaisir, ni même rendre innocemment visite à un ami. Comme le dit je-ne-sais-plus-qui dans le roman: on ne saurait avoir les avantages du mariage sans en assumer les obligations.
   
   Car seul le mariage peut permettre à la femme d’être libre de ses actes et mouvements. Il s’agit d’un marché : la femme sert de vitrine à la fortune de son époux avec ses bijoux, ses robes, ses dîners. Le couple n’est rien moins qu’une association, un moyen pour l’un comme pour l’autre de progresser dans leur carrière sociale. Bref, pour que l’homme ait accès à la 5è Avenue, il faut que sa femme ait accès à Wall Street. La réciproque est vraie.
   
   Seulement, pour parvenir à se marier, il faut encore pouvoir se montrer, et donc suivre le train de vie cette haute société. Il faut réussir à posséder les plus belles robes (et donc les plus chères). Il faut accepter de jouer aux cartes si on veut plaire à ses hôtes, et si l’on peut gagner, on peut surtout perdre. Il faut également résider en un lieu honorable, où l’on n’aura pas honte de recevoir. Et si on peut suivre cette société dans ses déplacements sur la côte Est et outre-Atlantique, c’est encore mieux.
   
   Lily Bart y arrive. On a ainsi de belles descriptions de robes, de soirées, de voyages, de dîners. Mais elle a de plus en plus de mal. La seule différence entre elle et les pauvres, c’est que chez elle ça ne se voit pas.
   
   Elle a de plus en plus de mal disais-je, pas seulement à cause du manque d’argent, mais aussi parce qu’elle s’interroge sur cette fameuse entreprise de se trouver un bon petit mari. En a-t-elle vraiment envie ?
   Mais il y a toujours ce problème de faire carrière.
   
   La vie est une jungle.
   
   Lily Bart est infiniment attachante, déchirée qu’elle est entre ses aspirations matérielles et son désir de s’émanciper de cette société qui la force à faire le clown. Elle a cette étincelle d’humanité dont sont dépourvus ceux qui suivent mécaniquement les préceptes de ce haut monde. Sa lucidité sur elle-même et sur la condition de la femme lui donne l’étoffe d’une vraie héroïne et en fait un très beau personnage. Un personnage tragique du fait de ses chaînes qui la rattachent à la 5è Avenue sous la forme d’un bracelet.
   
   Chez les heureux du monde : un univers étincelant qui fait rêver et laisse rêveur. A la lecture, je me sentais l’envie de secouer Lily, de la supplier de se tirer de là. « T’es moins cruche que l’autre (= Undine), fais quelque chose! »
   Et en même temps, j’aurais tué pour porter son petit drapé crème de la soirée des tableaux vivants.
   
   La haute société est réellement fascinante : bien que l’on en connaisse les dessous, l’on ne peut se garder d’être ébloui par son glamour. Serait-ce la pure apparence qui nous séduit tant ? Ou alors serait-ce la cruauté de cette beauté ?
   
   Un des personnages fait la remarque suivante au début du roman : de nombreux sacrifices ont dû être exigés pour dessiner la personne de Lily Bart. On peut y voir le sacrifice de l’héroïne elle-même, mais pas seulement. "Le Prince Heureux" d’Oscar Wilde n’est pas qu’un conte.
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critique par La Renarde




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Petit monde...
Note :

   Société étriquée. Petit microcosme. Ennui. Lily Bart, orpheline pauvre aux goûts de luxe, cherche à épouser un homme riche qu’elle n’aime pas. Plutôt qu’un autre homme, avocat, par qui elle est attirée, et lui aussi, et qui n'est nullement pauvre... Attitude difficile à comprendre en dépit du passé de Lily (une mère obsédée par l’artificiel, un père nié, considéré comme devant rapporter de l’argent, rien d’autre, personnalité faible, ruine…).
   
   Les nombreux papotages de bonnes femmes sont pénibles. Abandon page 100 environ. Coup d’œil sur la fin. L’homme qui s’intéressait à elle (et réciproquement) se dit qu’ils ont vécu un moment d’amour de quelques instants.
   
   Henry James a écrit de bonnes choses sur ce sujet. Edith Wharton reste un cran en dessous.

critique par Jehanne




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