Lecture / Ecriture
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L'attentat de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra
  Morituri
  Les agneaux du seigneur
  Cousine K
  Les hirondelles de Kaboul
  Double blanc
  L'imposture des mots
  L'attentat
  L'écrivain
  Les sirènes de Bagdad
  A quoi rêvent les loups
  Ce que le jour doit à la nuit
  La part du mort
  L’automne des chimères
  L'équation africaine

Yasmina Khadra est le nom de plume (formé des deux prénoms de son épouse) de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Militaire jusqu'en 2000, ce n'est qu'en 2001, après sa démission de l'armée et à la sortie de son 14ème roman, qu'il se démasque comme étant un homme. C'est que ce 14ème roman, "L'écrivain", était d'inspiration autobiographique.

L'attentat - Yasmina Khadra

Thème époustouflant et incompréhensible
Note :

   L'histoire commence par "Je ne me souviens pas d'avoir entendu de déflagration. Un sifflement peut-être, comme le crissement d'un tissu que l'on déchire, mais je n'en suis pas sûr." C'est un voyage initiatique au coeur du terrorisme, l'histoire de la dérive d'une Palestinienne, l'histoire d'un médecin qui sauve des vies et qui ne peut comprendre que l'on sacrifie la sienne.
   
   
   J'ai aimé ce livre qui déroule ce thème époustouflant et incompréhensible qu'est le terrorisme suicide. L'auteur est aussi étonnamment lisible et accessible que ses thèmes sont insupportables. Et cette violence lointaine peut devenir si proche … et le 11 septembre ne pas être d'hier mais d'aujourd'hui là-bas et de demain ailleurs.
   
   J'avais moins apprécié le premier volet de la trilogie – Les hirondelles de Kaboul – qui évoquait la condition de la femme arabe en général, et de l'afghane en particulier. Et je dois admettre ma sévérité d'alors, certainement due à l'empreinte que m'avait laissée à la même époque la lecture des "Cerfs-volants de Kaboul".
   
   L'attentat – deuxième volet de la trilogie - réalise la performance de juger et de condamner tout au long des pages sans tomber dans une appréciation binaire des événements. L'humanité est comme un fil rouge sang faisant malgré tout défaut.
   
   L'attentat nous plonge dans l'horreur quotidienne du conflit israélo-palestinien. Tout n'est pas qu'embrigadement, que violence, que disparités de religions. Il y a aussi l'habitude, et c'est stupéfiant. "Nous sommes dans un monde qui s'entre-déchire tous les jours que Dieu fait. On passe nos soirées à ramasser nos morts et nos matinées à les enterrer. Notre patrie est violée à tort et à travers, nos enfants ne se souviennent plus de ce que école veut dire, nos filles ne rêvent plus depuis que leurs princes charmants leur préfèrent l'Intifada, nos villes croulent sous les engins chenillés et nos saints patrons ne savent où donner de la tête; et toi, simplement parce que tu es bien au chaud dans ta cage dorée, tu refuses de voir notre enfer." Mots de Palestiniens qu'Israéliens pourraient prononcer pareil …
   
   Le héros s'en étonne tout au long de son voyage, et il est bien le seul. Il ne fait pas bon rêver là-bas. Et même si tout Juif de Palestine est un peu arabe et qu'aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif, l'espoir semble vain pour celui qui survit sur ces territoires….
   
   Vous l'aimerez aussi si vous êtes interpellés par le conflit du Proche Orient, stupéfaits des motivations des candidats au suicide muets d'incompréhension et sourds aux idées neuves.
   
   A noter que cet ouvrage a obtenu de nombreux Prix : Prix des Libraires 2006, Prix Tropiques 2006, Grand Prix des lectrices Côté Femme, Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne, Prix des lecteurs du Télégramme, Prix Découverte Figaro Magazine-Fouquet's, Grand Prix des Lycéens,
   
   Et qu'il est en cours d'adaptation cinématographique aux EU.
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critique par Alexandra




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Comprendre
Note :

   Sihem Jaafari, épouse d'un respectable et talentueux chirurgien arabe israélien se fait exploser dans un restaurant de Tel-Aviv. Entre négation, colère et douleur, son époux va tenter de comprendre ce geste qui le détruit et qui détruit toute sa vie.
   
   Le premier chapitre est un véritable choc. Le roman s'ouvre sur une scène de carnage, un attentat dont on sait qu'il vise une mosquée, mais dont on ne connaît pas les responsables. La réponse ne viendra qu'au dernier chapitre, une fois la boucle bouclée. C'est un tableau saisissant du conflit israélo-palestinien que dresse Yasmina Khadra. Sans jamais excuser, il tente d'expliquer cette spirale de violence sans fin.
   
   Le personnage principal, Amine Jaafari est chirurgien. Pour lui, rien n'est au-dessus d'une vie humaine. C'est ce que lui a appris son métier, et ce que lui a appris son père: "Celui qui te raconte qu'il existe symphonie plus grande que le souffle qui t'anime te ment. Il en veut à ce que tu as de plus beau: la chance de profiter de chaque instant de ta vie [ ...], il n'y a rien, absolument rien au-dessus de ta vie... Et ta vie n'est pas au-dessus de celle des autres."
    Mais il va falloir qu'il se confronte avec la douleur d'un peuple que dans sa lutte pour réussir sa vie et sa carrière, il avait oublié, sinon renié. Et il va se trouver face à une conception de la vie et du destin totalement différente de la sienne. On dirait un petit peu un Candide en goguette dans un territoire à feu et à sang.
   
    A travers sa quête, on découvre la souffrance du peuple palestinien, la haine, la honte et la colère qui anime ceux qui se battent, sans pour autant que la complexité de ce conflit soit oubliée. Et on comprend mieux le pourquoi des uns et des autres. On y voit dans le face à face entre le médecin et son peuple le face à face de deux peuples et de deux mondes, de l'Occident et du Moyen-Orient. On y sent l'urgence et la fragilité de l'espoir. C'est un livre salutaire à mon sens, un livre qui prend aux tripes, qui fait réfléchir et qui reste longtemps en tête.
    "J'ai voulu que tu comprennes pourquoi nous avons pris les armes, docteur Jaafari, pourquoi des gosses se jettent sur les chars comme sur des bonbonnières, pourquoi nos cimetières sont saturés, pourquoi je veux mourir les armes à la main... Pourquoi ton épouse est allée se faire exploser dans un restaurant. Il n'est pire cataclysme que l'humiliation. C'est un malheur incommensurable, docteur. Ca vous ôte le goût de vivre."
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critique par Chiffonnette




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Qui es-tu, toi qui dors à mes côtés ?
Note :

   Extrait :
   Le vieillard baisse la tête. Il ramasse un bout de terre et l’effrite entre ses doigts
   - Tous ces sacrifices pour moi, à quoi bon ? dit Yhwh, ils m’écœurent.
   - Isaïe, 1, 11, dis-je. Le vieillard sourcille, admiratif.
   - Bravo. - Comment a-t-elle fini putain la ville indéfectible où le droit fleurissait ? Je lui récite. La justice va loger à l’enseigne des assassins. - Mon peuple mis au pas par les déboussolés qui brouillent le sens de ton trajet.
   - Le brasier se nourrit du peuple. Nul n’épargne son frère. Ça taille à droite et ça réclame ; ça mord à gauche et ça veut plus, ça mord la chair de sa semence.
   - Et lorsque le Maître en aura terminé avec la montagne de Sion et Jérusalem, je m’occuperai des fruits du cœur enflé du roi d’Assour, et de son beau regard hautain. - Et Sharon n’aura qu’à bien se tenir, amen ! Nous éclatons de rire.
   - Tu m’en bouches un coin, là, avoue-t-il. Où tu as appris ces versets d’Isaïe ?
   - Tout Juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d’Israël ne peut prétendre ne pas être un juif.
   - Tout à fait d’accord avec toi. Alors pourquoi tant de haine dans la même consanguinité?
   - C’est parce que nous n’avons pas compris grand-chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie.

   Deuxième volet de la trilogie khadréenne avec pour thème, le conflit israélo-palestinien, devenu fléau des fléaux tant il est devenu insoluble.
   
   Si les Hirondelles de Kaboul voletaient dans l'atmosphère poussiéreuse de l'intégrisme taliban, l'attentat déroule le chagrin d'un homme tout au long des couloirs d'hôpitaux et des ruelles des cités lépreuses de Cisjordanie.
   
   Je n'ai jamais compris grand-chose à ce conflit et encore moins à la pérennité de cette haine fratricide. A la lecture de ce bouquin, je ne le comprends pas davantage, sinon que là-bas aussi, ils sont non seulement perdus, mais désespérés...
   
   Quand moi, occidentale peinarde, je ne comprends pas un truc géopolitique, je passe à autre chose. Si j'étais Israélienne, j'aurais certainement peur très souvent... et si j'étais Palestinienne, qui sait si pour ne plus avoir peur et ne plus avoir honte, je ne deviendrais pas kamikaze. Quand une femme en arrive là, c'est que le fond est touché et qu'on y restera embourbé pour un bon moment.
   La douleur palestinienne est unique en son genre, même si Yasmina Khadra a passé une bonne partie de sa vie dans un pays touché par la violence intégriste.
   
   L'image la plus terrible du livre, pour moi, est celle du char israëlien venant détruire la ferme ancestrale. Décision sans sommation, voilà tout un clan réduit à l'errance, et conduit à la folie, terreau magnifique de tous les endoctrinements.
   Amine, le narrateur et personnage principal de ce roman, se retrouve foudroyé par la schizophrénie que constitue le fait d'être un arabe de nationalité israélienne. Anesthésié par sa réussite professionnelle, aveuglé par les honneurs mais aussi l'amitié dont il fait l'objet de la part de ses pairs juifs puis anéanti par le sacrifice de sa femme, Amine cherche à savoir et à comprendre.
   Socialement, ce chirurgien talentueux se trouve au milieu du gué, à mi-chemin des deux camps ennemis, et malgré sa plongée dans les enfers des interrogatoires musclés et des violences distillées de part et d'autre, il y restera. Sauveur de vie, et non semeur de mort...
   En remontant à la source de la décision suicidaire de sa femme, il s'en veut à longueur de pages de n'avoir rien vu venir, comment un être aussi aimant et aimé, aussi heureux en vient à se faire exploser dans un restaurant bondé. Leur chemin se séparait là où le refoulement des douleurs s'étouffe.
   
   Khadra utilise un style qui va à l'essentiel, émaillé ça et là de métaphores poétiques. Je n'ai pas lâché le livre avant de l'avoir terminé. Il ne prend pas parti : il décortique pour tenter de mettre à plat les principales composantes de cette douleur du Moyen-Orient.
   
   Malheureusement pour moi, j'avais en mains l'édition de poche, truffé de fôtes d'aurtografe...
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critique par Evanthia




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Comment admettre l’impossible?
Note :

   Un livre ou les paradoxes se heurtent de plein fouet. Tel l’amour et la haine, la colère et la compassion, la vie et la mort…
   
   Un livre qui fait réfléchir, mais sur quoi ? L’envie de vivre ? L’envie de mourir pour « la cause » ? Aussi noble soit-elle, peut-on se permettre de décider de vie ou de mort sur qui que ce soit ? Qui plus est sur des enfants ?
   
   Si l’on se bat pour « la cause », une patrie, des idées, c’est aussi pour un avenir meilleur… Ces mêmes enfants qui laissent leur vie, lors de ces attentats à «la cause», ne sont-ils pas notre avenir à tous ? Et pour ceux qui en survivent, quel avenir s’ils sont rongés par la haine ou éduqués par la violence?
   
   Au nom de quel Dieu, Religion, Lois, principes, peut-on se permettre de tuer des enfants qui ne demandent qu’à vivre?
   
   Etrangers à notre monde d’adulte, dès leur plus jeune âge, nous leur insufflons notre haine «de l’autre», nous leur dictons, désignons celui à tuer, et là où certains jouent encore aux petites voitures, d’autres se voient offrir leur première kalachnikov… Déconcertant de stupidité, de bêtise…
   
   Nous les élevons d’après nos croyances que nous jugeons comme être celles qui font foi sur toutes les autres… Nous leur décidons… Nous leur interdisons de rêver en les propulsant directement dans notre enfer…
   
   Dans un livre de Tich Nhat Hanh (La colère Ed.Pocket ), il nous dit que l’Amour et la Haine sont deux graines qui sont en nous dès notre plus jeune âge, et qu’elles se développent l’une et l’autre, arrosées de nos sentiments…
   
   A nous d’arroser celle de l’Amour plus que celle de la Haine, soyons tolérants à l’autre, sachons écouter, comprendre, partager, accepter les différences d’horizon, de couleur, de race. N’est-ce pas ces mêmes différences qui font la richesse de ce monde ?
   
   Quel serait l’intérêt à vivre, si nous parlions la même langue, mangions la même chose, portions les mêmes vêtements ou pire, pensions tous pareil? Ou serait l’intérêt du plaisir de découvrir, de voyager, de connaître, de rencontrer, ou même de passer une pleine vie entière avec l’amour de sa vie s’il n’y a rien à partager?
   
   Eduquons nos enfants dans l’amour de l’autre, de la tolérance et du partage, laissons les ensuite grandir, voir la beauté de ce monde de leurs propres yeux…
   
   Des enfants sont des êtres humains qui ne nous appartiennent pas, nous ne sommes là que pour les guider, et en ce sens, même si nous ne sommes pas parfaits, il y a entre l’amour et la haine un abîme à ne pas franchir…
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critique par Patch




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L’attentat, ou, la mort comme elle va.
Note :

   Yasmina Khadra, algérien, a beaucoup écrit sur la période terroriste islamiste en Algérie. «L’attentat» est le second volume d’une trilogie, avec «Les hirondelles de Kaboul» et «Les sirènes de Bagdad», consacrée à l’état lamentable des relations entre Occident et Orient.
   
   Ici, plus précisément entre juifs israéliens et arabes. L’attentat dont il est question a lieu à Tel Aviv. Une kamikaze s’est fait sauter avec de la dynamite dans un restaurant : 17 morts. Jusque là, ça ressemble à un horrible fait d’actualité. Mais le propos de Yasmina Khadra va plus loin. Il dissèque le cas du docteur Amine, arabe israélien, chirurgien de son état, qui découvre brutalement que ces corps déchiquetés qu’il soigne, qu’il tente de réparer ou dont il ferme les yeux, ces corps déchiquetés sont l’oeuvre ni plus ni moins de … sa femme, arabe israélienne comme lui et dont rien, apparemment et surtout pas pour lui, ne laissait deviner une dérive terroriste. C’est cela le sujet de «L’attentat». C’est l’enquête du docteur Amine pour tenter de comprendre comment la femme avec qui il vivait, qu’il aimait, a pu en finir ainsi.
   Les conclusions ne sont pas forcément gaies, l’optimisme pas forcément au rendez-vous, sans doute dans la réalité non plus !
   
   La lecture se révèle impérieuse (on ne lâche pas le livre jusqu’à sa fin) mais l’ouvrage est court. L’écriture agréable quoique certaines envolées un peu lyriques ou images un peu bizarres fassent trébucher le lecteur. Pour l’ampleur de la réflexion et l’absence de concessions, c’est un excellent roman.
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critique par Tistou




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L’effet d’une bombe
Note :

   Le Docteur Amine est un chirurgien avec deux identités; il est israélien mais d’origine arabe. Un matin, alors qu’il travaille à réparer les dégâts d’un autre attentat à Tel-Aviv, il ne se doute pas que le kamikaze responsable des blessés qu’il doit tenter de sauver n’est nul autre que sa propre femme.
   
   À l’horreur de la situation s’ajoute les interrogatoires serrés par la police et les récriminations de la communauté. Notre narrateur déboussolé entreprend alors un voyage au cœur du radicalisme pour tenter de comprendre le geste inexplicable de son épouse.
   
   Il s’agit d’un sujet colossal pour un roman, non seulement de par sa problématique épineuse mais aussi parce qu’il est révélateur de l’humain. Khadra nous emmène au-delà des images anonymes qui surgissent du fouillis de sensationnalisme. Bien sur, la complexité de la situation n’est pas étudiée en profondeur, par exemple, en ce qui concerne les enjeux des acteurs politiques et le fonctionnement des organisations et des institutions. C’est de la fiction immersive, qui s’apparente au polar, efficace sur tous les plans.
   
   Avec beaucoup de doigté l’auteur algérien s’immisce en terrain miné sans glorifier un côté du conflit au détriment de l’autre. Il soulève les bonnes questions et parvient à nous tenir en haleine.
   
   (Ce livre a obtenu le Prix des libraires)

critique par Benjamin Aaro




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