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Un silence religieux. La gauche face au djihadisme de Jean Birnbaum

Jean Birnbaum
  Un silence religieux. La gauche face au djihadisme

Un silence religieux. La gauche face au djihadisme - Jean Birnbaum

Déni de réalité
Note :

   Tout est dans le sous-titre : la gauche face au djihadisme. Le point de départ ? Les attentats de Paris en 2015. À la suite de quoi les autorités françaises ont affirmé que ces actions terroristes n'avaient "rien à voir avec l'islam". Entendez, l'islam ordinaire des braves gens. Mais Jean Birnbaum s'autorise d'une lecture littérale de cette formule pour échafauder l'hypothèse que la gauche ne veut pas reconnaître la dimension religieuse du djihadisme, préférant lui attribuer des origines politiques, économiques et sociales, selon le penchant habituel de la rhétorique de gauche.
   
   Explorant cette bizarrerie du discours de gauche alors qu'un retour du religieux est manifeste dans de nombreuses sociétés, le journaliste en recherche la généalogie jusqu'à Karl Marx (chapitre 4) et en suit la descendance jusqu'à l'échec du NPA d'Olivier Besancenot (chapitre 5).
   
   L'auteur a sans doute raison de souligner et répéter que la gauche en France répugne à considérer la religion comme un facteur autonome puissant, n'y voyant que survivances d'un passé ténébreux. La IIIè République dans son moment anticlérical à la Belle Époque a probablement accentué cette attitude intellectuelle. Mais il conviendrait d'accorder à la gauche plus de diversité dans son analyse du monde même musulman, même djihadiste.
   
   Pour un historien, le seul chapitre vraiment percutant et novateur de cet essai concerne l'interprétation que la gauche française a faite du FLN (chapitre 2), obnubilée par la seule dimension anticolonialiste affirmée par les représentants du nationalisme algérien en Europe, et aveugle à tout l'aspect rétrograde en matière de liberté individuelle et de statut de la femme que le FLN réservait à sa version interne. Dans ce chapitre, l'auteur s'appuie brillamment sur les études de Monique Gadant et Fanny Colonna montrant comment dès le départ le pouvoir FLN a compris la décolonisation comme une islamisation, tout en masquant alors ce choix au regard de la gauche hexagonale par la commodité du discours tiers-mondiste.
   
   L'historien enfin soulignera une énormité (page 227) quand l'auteur considère que les "révolutionnaires de 1789 (…) prétendaient déjà libérer l'humanité de la religion" confondant les députés déistes de 1789 qui plaçaient la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sous l'égide de l'Être suprême avec les montagnards de 1793 qui décidaient la déchristianisation et fermaient les églises tandis que les catholiques vendéens se révoltaient, solidaires des prêtres réfractaires. Les hommes des Lumières n'étaient pas plus unanimes que les représentants de l'islam puisque, comme l'islam d'aujourd'hui, partagés entre modérés et radicaux.
   
   C'est le propre des pamphlets nés de l'actualité brûlante que d'être d'une valeur bien inégale !

critique par Mapero




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