Lecture / Ecriture
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La valise et le cercueil de Dario

Dario
  La valise et le cercueil

La valise et le cercueil - Dario

N'achetez pas de girouette, adoptez un politicien... !
Note :

   Alors que je m'attendais à lire un petit livre humoristique, délassant, ce qui en soi n'est pas rédhibitoire au contraire cela repose les neurones hyperactifs, je me suis trouvé confronté à une histoire digne d'un roman de Didier Daeninckx et d'auteurs ayant marqués de leur empreinte les années cinquante et soixante.
   
   L'inspecteur divisionnaire Fourier doit rencontrer à une heure tardive le ministre de l'intérieur en visite privée en sa résidence de l'avenue Junot. Comme il a du temps devant lui, il décide de se sustenter dans sa cantine habituelle, le Petit-Mulhouse, dont il se délecte à l'avance de la choucroute royale préparée amoureusement et sans le renfort d'une boîte de conserve, par le patron des lieux. Mado, une prostituée qu'il connait et apprécie s'invite à sa table. Elle travaille surtout par téléphone, c'est moins dispendieux en ressemelage d'escarpins, et il a fait sa connaissance alors qu'ils débutaient tous deux, chacun dans leur profession, lorsqu'il lui avait passé les menottes en tremblant. Mais c'est du passé et Fourrier doit honorer l'invitation de Berthier le ministre.
   
   Sa mission, retrouver celui qui vient d'abattre en quelques semaines cinq ouvriers métallos avec un vieux Beretta des années trente. Outre leur métier, ces cinq clampins possédaient en commun d'être des auxiliaires, des porteurs de valise et d'avoir été plus ou moins proches de la rébellion algérienne. Fourrier est prévenu, son enquête va le mener tout droit à patauger dans un marigot dans lequel grenouillent des anciens de l'OAS et autres crapauds sentant le remugle fasciste. Alors Fourrier doit faire attention où il met les pieds et éviter de troubler l'eau stagnante. Toutefois il a le droit de mener ses investigations en compagnie de son adjoint Paulo, ce qui lui retire une grosse épine du pied.
   
   Débute alors une enquête de proximité, le XVIIIe arrondissement c'est son fief, à rencontrer des personnages atypiques, mais d'abord il se renseigne auprès de l'un de ses indics. Lopez d'abord, le coiffeur, un Pied-noir qui déclare "L'Algérie, c'est une guerre terminée qui ne finira jamais" et raconte la fable du Lièvre et de la Tortue façon oranaise. Puis dans le bidonville installé dans le terrain vague des anciennes fortifications, les Fortifs chères à Auguste Le Breton, Fourrier veut interroger Abdel en Kader, un harki qui parle mal le français et dont le fils sert de traducteur. Puis un syndicaliste et un patron d'entreprise au bord de la faillite qui a employé les cinq décédés à un moment ou un autre. Ou encore un médium, Monsieur Djoko, un ancien footballeur qui était bourré de talent et connu sous son nom de Djokopovic, grâce aux conseils avisés de Mado. Il ne prédit pas l'avenir, Monsieur Djoko, mais il est doué de post-cognition. Il peut grâce à des photos ou des objets décrire des images floues du passé. La mort du père de Fourrier par exemple, ou une dame blanche qui serait à l'origine des meurtres des cinq métallos.
   
   L'enquête de Fourrier va l'entraîner plus loin qu'il pensait. Jusque dans les années trente et les arcanes de La Cagoule, Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale, un groupe d'obédience d'Extrême-droite. Un pan d'histoire que va lui narrer Mariani, promoteur immobilier proche de Berthier le ministre et que l'on peut résumer en ces termes :
   
   En ce temps-là, les membres de la Cagoule et ses différentes tendances dont les Croix-de-Feu, groupuscule auquel appartint Jean Mermoz, les Camelots du Roi, et autres, voulaient renverser la IIIe République entachée de scandales de corruption, mais étaient surtout Anti. Antiparlementaristes, anticommunistes, anti Francs-maçons, antisémites et anti-boches. Et c'est bien ce passage qui nous ramène à Didier Daeninckx, et sa propension à rechercher les failles de l'histoire. L'appartenance de personnages célèbres à cette mouvance est connue : Pierre Michelin, Louis Renault, Eugène Schuller créateur de l'Oréal, et son gendre Bettencourt, François Coty créateur des parfums du même nom et propriétaire du Figaro, et quelques autres dont François Mitterrand qui a su changer à chaque fois de veste afin de toujours porter des vêtements propres.
   "Je me liais avec un autre jeune déraciné, un Charentais qu'on appelait Dracula à cause de ses canines pointues... Dracula, vous le connaissez mieux sous le nom de François Mitterrand, ex-ministre de l'Intérieur, ex Garde des Sceaux..."
   

   Mais rassurez-vous, je n'ai pas tout dit, pas tout écrit, pas tout dévoilé, je vous laisse le plaisir de découvrir cette remontée dans le temps, alors que la Guerre d'Algérie vient de se terminer, laissant de nombreuses blessures qui auront bien du mal à cicatriser. Les revirements des hommes politiques ont de tout temps existé, et entre les déclarations et les faits, ce sont deux mondes différents. Nous en avons la preuve continuellement. Mais pour revenir à cette période, il faut se souvenir, pour ceux qui l'ont connue, la façon dont les Pieds-noirs ont été accueillis en France, et surtout la manière dont ont été traités les Harkis et le sont encore aujourd'hui.
   
   Dario nous propose un petit roman riche d'enseignement et l'on retrouvera au détour des pages, dans les dialogues, les descriptions, les pensées des différents protagonistes, des références cachées mais avouées à Michel Audiard, Alphonse Boudard, Albert Camus et quelques autres qui ont eu apparemment une grande influence littéraire sur notre auteur à l'avenir prometteur. Toutefois cet amalgame provoque des changements de rythme. Enfin j'ai relevé entre les pages 147 et 149 une petite anomalie dans la datation, qui ne prête pas à conséquence, mais qui peut heurter tout lecteur un tant soit peu intransigeant.

critique par Oncle Paul




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