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Il était une ville de Thomas B. Reverdy

Thomas B. Reverdy
  Les évaporés
  Il était une ville

Thomas B. Reverdy est un romancier français né en 1974.

Il était une ville - Thomas B. Reverdy

Docu- fiction
Note :

   Prix des Libraires 2016
   
   
    Thomas B. Reverdy nous plonge dans le climat délétère de la ville de Détroit, fleuron de l'industrie automobile, touchée par la crise financière de 2008.
   
    Son personnage, Eugène, ingénieur français arrive à Détroit pour travailler sur un projet automobile révolutionnaire.
   
    Doté d'un caractère plutôt optimiste, Eugène se rend vite compte que la ville sombre, victime des subprimes et de la faillite des banques.
    C'est le symbole de la puissance américaine qui est touché, le fameux rêve devient cauchemar.
    Les licenciements et les fermetures d'usines contraignent les habitants à quitter la ville.
    Les travailleurs abandonnent les maisons qu'ils ne peuvent plus payer. Pillages, incendies, friches prennent possession de la ville.
   
    Dans ce climat d'apocalypse tout à fait réel, les personnes qui restent, semblent figées à l'instar de celles qui fréquentent un bar resté ouvert.
    C'est là qu'Eugène rencontre Candice, serveuse, au passé compliqué et avec qui il envisage un nouveau départ.
    Quand il ne reste plus rien, il y a tout à recommencer et Eugène choisit l'amour.
   
    Dans cette ville en perdition, les jeunes sont livrés à eux-mêmes et essaient de s'en sortir par tous les moyens, comme Charlie. Jeune garçon de 12 ans élevé par sa grand-mère, il tombe sous l'emprise de délinquants. Sa disparition fera l'objet d'une enquête de la police dépassée par la violence et la délinquance.
   
    Ce livre est très intéressant parce qu'il offre de multiples lectures. A la fois enquête policière, il est aussi un documentaire fiction sur l'économie d'une ville qui meurt.
    L'auteur a une vision juste et précise du monde de l'industrie et ses personnages sont attachants dans leur réalité apocalyptique. Comme eux le lecteur erre dans un Détroit au bord du gouffre.
    Ce qui est troublant c'est que nous avons l'impression de lire un ouvrage de science-fiction mais la réalité nous rattrape.
   
    Avec une écriture sensible, l'auteur nous offre un roman aux chapitres courts mais efficaces et nous met face à l'agonie de notre monde et de son insolente modernité.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Ce qui se joue entre les sociétés humaines
Note :

   Détroit agonise. Sa robe ne sera bientôt plus que poussière. Elle se noie sous les dettes. Le maire a démissionné. Ceux qui pouvaient sont déjà partis, certains attendent encore un peu et les autres... ils n'ont pas le choix, ils resteront là.
   
   Des quartiers entiers abandonnés, les maisons ne valant plus rien, des quartiers fantômes sans électricité.
   
   Les chiens errent dans les rues, les enfants disparaissent, les demeures brûlent : 200 en une nuit.
   
   Les pompiers et la police résistent mais pour combien de temps ?
   
   Detroit n'est plus qu'un squelette dont les plus pauvres s'arrachent les os.
   
   Catastrophe, catastrophe. Surprime. Catastrophe. Faillite. Catastrophe
   
   "Charlie, mon petit n'ouvre pas les yeux, c'est plus facile de te raconter ça quand je crois que tu dors. Tu voudrais que je te le dise, mais je ne sais pas à qui la faute. Il y a eu le Paradis et puis il y a eu la pomme, et je ne sais pas qui a décidé de la croquer le premier. Il y a eu un moment où l'on s'est détourné de Dieu, voilà ce que je crois. Il a fallu rêver d'une plus grosse voiture, d'une plus jolie maison, ou rêver de ne pas respirer le même air que tout le monde. C'était notre faute. Pas individuellement, mais ça nous est arrivé à nous, c'est comme ça. On n'a plus parlé la même langue, et c'est cela la guerre."
   

   Eugène arrive à Détroit au milieu de tout ce cahot. Il est envoyé par son Entreprise afin de racheter le désastre qui s'est déroulé en Chine. Une manière de rebondir en somme, enfin c'est ce qu'il pense...
   
   Gloria élève son petit fils Charlie. Son mari a été tué dans la grande émeute qui s'est déroulée il y a tellement longtemps. Sa fille lui a laissé le bébé et s'en est allée on ne sait où. Charlie a douze ans à présent et traine avec ses amis dans son quartier. Lorsque Charlie disparait à son tour, elle va le chercher dans toute la ville et au delà.
   "Dehors, quelque part en ville, il y avait Charlie. Il était si jeune. Il avait encore besoin d'elle."
   

   L'inspecteur Brown avec ses années de service derrière lui, travaille cahin-caha dans des conditions plus que sordides. Il se questionne sur les disparitions d'enfants. Où sont-ils ?
   
   Et puis, il y a Candice, serveuse au Drive In dont Eugène a un jour poussé la porte, attiré par la lumière. Candice aux lèvres rouges, Candice au si beau sourire.
   
   A travers ce roman Thomas B Reverdy nous entraine dans les méandres de notre société dite libérale dont Detroit est un exemple. Dans cette société qu'on nous a concoctée avec soin, il y a encore des humains qui n'ont qu'une envie aimer et être aimés malgré les échecs, malgré la pauvreté, malgré l'abandon.
   
   Thoma B Reverdy nous le conte si poétiquement...
   
   Magnifique...
   
   "Et c'est ce qui se joue aussi entre les sociétés humaines. Courir, on ne sait faire que ça. Quand ça se met à aller mal, on accélère. - que faire d'autre ?"

critique par Winnie




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Détroit détruit
Note :

   En 2008 la crise des subprimes a porté le coup de grâce à Detroit, jadis emblème de l'american way of life. Thomas B. Reverdy a pris la ville déchue comme personnage principal de son roman et a jeté dans cette misère une poignée de personnages à la recherche d'une intrigue. Eugène l'ingénieur revenu de Chine, Candice la barmaid mélancolique, Brown le bon flic, Georgia la mamie inquiète, Charlie et Bill les gamins paumés, tels sont les principaux personnages de ce roman qui essaie de rafistoler une histoire où il est question de maisons abandonnées, de zone industrielle en friche, et de gamins disparus.
   
   Les explications faiblardes sur l'économie du secteur automobile ajoutées à l'improbable mission d'Eugène visant à lancer un projet de nouvelle voiture dans le secteur dévasté des anciennes usines Packard ne retiennent pas longtemps l'attention.
   
   Un drame se noue dans la zone perdue où une école ruinée sert de repaire à un gang dirigé par Max, un dealer — proche du maire corrompu et débarqué — vraisemblable assassin de Framboise, la call girl amie de Candice. Tel le joueur de flute de Hamelin des frères Grimm, Max a attiré hors de leurs quartiers une foule de gamins délaissés et d'ados désœuvrés pour en faire ses petits soldats. Mais la police est débordée et toutes les familles ne signalent pas leurs disparitions.
   
   La tragédie vaut comme illustration d'une Amérique qui n'avait pas encore touché le fond puisque la publication du roman précède d'un an l'élection de Trump, mais c'est une illustration finalement assez caricaturale, car l'on ressent peu la typicité de la société américaine une fois ôtés les toponymes pris dans Google map.

critique par Mapero




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