Lecture / Ecriture
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Du printemps, la rosée de Cees Nooteboom

Cees Nooteboom
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  Le chant de l’être et du paraître
  Du printemps, la rosée
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  L'histoire suivante
  Un sombre pressentiment

Cees Nooteboom (Cornelis Johannes Jacobus Maria Nooteboom) est un écrivain néerlandais né en 1933.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Du printemps, la rosée - Cees Nooteboom

Petits traités du dépaysement
Note :

   Le dépaysement est total à l'entrée de "Du printemps, la rosée". Et ce n'est pas simplement parce que Cees Nooteboom nous entraîne vers les horizons lointains de cet Orient que l'on dit extrême.
   
    Le premier des articles qui nous y sont proposés nous emmène en Perse, à Ispahan, littéralement vers un autre monde que celui où nous vivons aujourd'hui. L'avion qui nous transporte d'Amsterdam à Téhéran est plein à craquer d'hommes d'affaire en route pour "le pays du boum", le paradis de chercheurs d'or munis d'attaché-case en guise de pelles. Evidemment, tout s'explique quelques lignes plus bas. Dans cet Iran-là, le Shah est toujours au pouvoir. Non content de nous entraîner à des milliers de kilomètres, Cees Nooteboom nous fait retourner trente ans en arrière, le dépaysement temporel s'ajoutant ainsi à l'éloignement géographique et culturel. Et cette entrée en matière si dépaysante est tout à fait révélatrice de ce que nous réserve la suite de ce livre. Japon (qui se taille la part du lion avec 6 articles sur 15), Birmanie, Malaisie et Thaïlande y sont évoqués dans un désordre qui est tout autant temporel que géographique. Le dépaysement et l'étrangeté s'y font permanents.
   
   Le regard que l'auteur pose sur ces destinations lointaines est bien différent de celui qu'il nous a fait partager dans "Une année allemande" ou "Désirs d'Espagne". Dans des pays dont il ne parle pas les langues et où il ne fait que séjourner brièvement, Cees Nooteboom redevient le touriste qu'il a cessé d'être en Espagne ou à Berlin, des lieux où il a vécu et dont il perçoit le souffle et la respiration presque comme les gens du cru... Touriste, il demeure à l'extérieur, à la surface de mondes qui lui restent inéluctablement étrangers.
   
    Et pourtant, les articles qu'il nous a ramenés de ses voyages en Extrême-Orient sont bien loin de se réduire à des notices pour guides de voyage ou à des cours accélérés sur la littérature japonaise ou l'architecture khmère (même s'il y a un peu de cela...). Condamné à rester à la surface, Cees Nooteboom ne s'endort pas pour autant. Il ne renonce ni à son sens aigu de l'observation ni à son talent d'écrivain. Il fait preuve par moments d'une clairvoyance tout à fait étonnante, notamment lors de son voyage en Iran. Et il en résulte une belle évocation, sensible et intelligente, du dépaysement qui guette le voyageur européen en Orient, de ce qu'il peut en saisir et de ce qui, inéluctablement et obstinément, se dérobe à sa compréhension.
   
   
   Extrait:
   "Pourquoi dois-je voyager comme un récipient plein de préjugés et d'informations, pourquoi ne peut-on jamais aller dans les endroits dont on ignore tout, à la manière de Pizarro faisant voile vers le royaume des Incas ou des premiers Européens vers le Japon. Ne rien savoir du produit national brut, n'avoir jamais vu un film japonais; Hiroshima, zen, kabuki, sumo, kaiseki, Sony, samouraï, hara-kiri, ikebana - autant de sonorités sans la moindre signification. Ce que je fais mérite à peine le nom de "voyage", on ne découvre plus rien, on vérifie, on contrôle, nie et confirme, on confronte les images et les idées à la "réalité"; ce que je vais faire en dernier ressort, c'est voir si le Japon existe bien, comme si, dans une salle de cinéma, un spectateur grimpait à l'intérieur de l'écran pour s'asseoir à la table des héros." (pp. 44-45)

critique par Fée Carabine




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