Lecture / Ecriture
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Femme au foyer de Jill Alexander Essbaum

Jill Alexander Essbaum
  Femme au foyer

Femme au foyer - Jill Alexander Essbaum

Comme disait Landru ?
Note :

   "Je ne suis rien qu'une série de mauvais choix mal mis en œuvre. C'était une accusation à laquelle elle ne pouvait rien objecter."
   

   Expatriée en Suisse alémanique, "Anna était une bonne épouse, dans l'ensemble."
   La première phrase du roman porte déjà cette restriction, cette fêlure et cette opacité qui caractérisent le personnage de cette américaine ayant épousé un Suisse, vivant avec leurs trois jeunes enfants à l'ombre d'une église qu'elle ne fréquente pas; Femme au foyer, comme un écho "des 3K" (Kinder, Küche und Kirche, que l'on traduit en français par « enfants, cuisine et église », représentation des valeurs traditionnelles dévolues aux femmes durant le IIIème Reich).
   
   Et pourtant comme le lui fait remarquer le Dr Messerli : "Un femme moderne n'est pas obligée de mener une vie aussi étriquée. Une femme moderne n'est pas obligée d’être aussi malheureuse.[...] Anna se sentit rabrouée mais ne répliqua pas."
   
   Ayant fait des études d'économie domestique, qu'elle ne semble guère mettre à profit, Anna trompe son ennui et son malaise en consultant une psychiatre, en suivant des cours d'allemand, et en ayant des relations sexuelles extraconjugales non dénuées de plaisir, mais de toute volonté de sa part, ou presque.
   
   Elle évolue dans un périmètre très limité, tant dans l'espace que dans la langue, que malgré les années, elle ne maîtrise toujours pas. Anna semble subir et s’interdire toute vérité, toute autonomie.
   Placé sous les auspices de ses sœurs en littérature, Emma Bovary et Anna Karénine, le personnage central du roman de Jill Alexander Essbaum ne peut aller que vers la tragédie, programmée dès la première page.
   
   Alors oui Anna pourra sembler agaçante à certains, mais tous les thèmes abordés, la langue poétique et évocatrice de l'auteure, l'opacité des personnages et le malaise diffus qui se dégage de ce texte m'ont séduite au plus haut point !
   
   Et zou sur l'étagère des indispensables ! Mais attention c'est le genre de roman qu'on adore ou qu'on déteste !
   
   384 pages fascinantes.
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critique par Cathulu




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387 pages vraiment beaucoup aimées !
Note :

   Anna Benz âgée de trente-sept ans et d’origine américaine vit en Suisse depuis presque dix ans dans une banlieue de Zurich. Mariée à Bruno un banquier, et mère de trois enfants, sa vie est matériellement confortable. Sa belle-mère habite près de chez eux et elle garde volontiers ses petits-enfants même si elle est toujours distante avec sa belle-fille. Anna ne parle pas le suisse allemand, ne conduit pas et ne travaille pas et a un périmètre de vie restreint. Elle ne s’est toujours pas intégrée et se sent seule. Poussée par son mari à consulter un médecin, elle débute alors une psychanalyse et s’inscrit à des cours d'allemand. La jeune femme esquive à chaque fois les questions de sa psy pour ne pas lui avouer la vérité : elle trompe son ennui en ayant des amants.
   Nous y voilà, pourrait-on dire, égoïste, capricieuse, libertaire (et j’en passe). Si quelquefois, Anna pense à rompre avec Archie (rencontré aux cours d'allemand), elle chasse très vite cette idée sans aucune culpabilité.
   Engluée dans sa vie, ses escapades sexuelles lui permettent de s’évader de la monotonie. Jusqu'à ce qu'un drame se produise.
   
   Les séances chez la psy, les cours de langue jalonnent tout le roman où les pensées d’Anna renforcent le malaise palpable. La psychologie tient une place très importante dans ce roman sur la quête d’identité, la souffrance, l'isolement et l'incapacité à être heureuse.
   Le comportement et/ou la passivité d'Anna tout comme la sensation de ne pas cerner vraiment les autres personnages pourront agacer certains.
   Jill Alexander Essbaum réussit à nous faire ressentir le désespoir qu'Anna entretient et qui la ronge.
   
   Un premier roman très troublant, intelligent et magnétique, servi par une belle écriture sans aucune concession (à noter le très bon travail de traduction) que j’ai vraiment beaucoup aimé !
   « Mais Anna ? Quelles étaient ses tendances ? Ce n'était pas un mystère. Avec Anna, tout était verbe. Elle manquait de rigueur dans ses conjugaisons et de prudence dans son usage des structures. Elle confondait temps et mode et avait trop souvent recours à la voix passive. Ces conclusions l'amusèrent. Comme je suis transparente ! Et elle l'était. Vraiment. Transparente, peu rigoureuse et triste.
   Anna aimait le sexe sans l'aimer. Anna avait besoin du sexe sans en avoir besoin. Sa relation avec le sexe était un partenariat compliqué issu de sa passivité tout autant que de son indiscutable désir d'être distraite. Et désirée. Elle désirait être désirée. L'envie de distraction était récente chez elle ; sa soif d'être un objet de convoitise existait depuis des décennies. Mais les deux étaient le fruit d'une lassitude, elle-même née des dix dernières années de petites rancœurs et de menues blessures banales dont elle rendait Bruno responsable. Elles avaient engendré l'ennui, qui à son tour avait engendré certaines habitudes.«

critique par Clara et les mots




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