Lecture / Ecriture
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Padre cocaïne de Luc Venot

Luc Venot
  Padre cocaïne

Padre cocaïne - Luc Venot

Drôle et violent comme un Tarantino
Note :

   Corto et Alban, hommes de main de Francis Dibramar, enlèvent au Portugal un nommé Pepe, coupable d'avoir voulu arnaquer le boss et le ramènent à Paris. Figo et Cortesao, deux flics portugais sont sur l'affaire, ils veulent remonter la filière jusqu'à Dibramar. Gilles et Melody sont amoureux. Elle aussi a arnaqué Dibramar, elle doit se sauver. C'est Gilles que Dibramar charge de la retrouver. Aux mêmes moments, au Portugal sévit un tueur en série, surnommé l'Evèque, qui torture, viole et tue ses victimes.
   
   Quel rapport entre toutes ces histoires ? Dibramar, le roi de la drogue, encore plus qu'un mafieux, c'est le diable en personne.
   
   Au départ, je dois dire que je fus un brin décontenancé voire perdu dans les quatre histoires qui alternent, se croisent dont on sent bien qu'elles vont se rejoindre totalement, mais le mystère -ou l'opacité- reste entier. Puis je me suis attaché à Alban, totalement barré, Chinois adopté à 2 ans et abandonné à 4 et à Corto aux manières élégantes, plein d'attentions pour les gens qu'il aime. Et l'écriture vive, rapide et souvent drôle de Luc Venot m'a permis d'avancer sans difficulté et de prendre vraiment goût à ma lecture, car dès lors que tout se met en place, c'est un bouquin qu'on ne lâche plus. Certains passages sont excellents comme cette description d'un des deux flics portugais, qui reprend pas mal de stéréotypes des flics de fiction et annonce clairement la couleur : "A même pas 26 ans, il est totalement désabusé par la nature humaine, complètement blasé, vicieux, teigneux. Presque le flic parfait. Il manque encore de méchanceté, mais Figo se dit que ça viendra avec l'expérience et le dégoût." (p.24) Un autre m'a marqué parce qu'il m'a fait beaucoup rire : la visite par Alban et Momo sous acide, de la ménagerie d'un zoo, (p. 129 à 135) avec en point d'orgue la découverte des éléphants... Je vous laisse le plaisir de la surprise lorsque vous lirez le roman.
   
   Le réseau monté par Francis Dibramar est une énorme pieuvre et lorsqu'on y est entré -pas toujours volontairement- il est impossible d'en sortir. Le réseau, c'est une variation moderne du mythe de Faust dans le monde peu reluisant des gangsters. Dibramar est le diable qui achète les âmes de ses futurs collaborateurs. Lorsqu'iceux ont signé, ils sont protégés, soignés, vivent très bien, souvent assez paisiblement jusqu'au moment où il leur faudra rendre service, n'importe lequel à n'importe quel prix : "Dibramar est plus grand que toutes les mafias, les triades, les Yakusas. Supérieur aux États, aux armées... C'est un grand sorcier." (p.168). Il ne peut pas perdre, vacille à peine, il faut dire qu'il a su et sait toujours s'entourer ; il a de multiples contacts politiques, tant en France que dans le monde.
   
   Luc Venot écrit là un polar original, drôle et violent, un peu comme les films de Quentin Tarantino -c'est la première image qui me vienne, je dois confesser ici un manque évident de culture cinématographique, sûrement d'autres noms viendront aux esprits de lecteurs plus avisés que moi en la matière-, là où la violence survient juste après ou avant une scène de franche rigolade, où elle peut être atténuée par un dialogue drôle et décalé (je pense à la scène de la balle perdue dans la voiture dans Pulp Fiction). En plus de toutes les belles choses que j'ai dites sur ce roman, je trouve la couverture très réussie (et très Tarantino-cinématographique), et chez La Bourdonnaye, les livres existent aussi en versions numériques à des prix très abordables.

critique par Yv




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