Lecture / Ecriture
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Ne pars pas avant moi de Jean-Marie Rouart

Jean-Marie Rouart
  Ne pars pas avant moi

Ne pars pas avant moi - Jean-Marie Rouart

Habit vert
Note :

    Fils d'une famille de peintres proches de Degas et Manet, Jean-Marie Rouart (de l'Académie Française) est un esthète vaguement dilettante et qui sait comme tous les dilettantes faire preuve de profondeur. "Ne pars pas avant moi" a été écrit alors que son auteur venait d'échapper à la mort. Et c'est peu dire que la richesse d'une vie parcourt ce roman biographique, comme suspendue genre Damoclès et son fil du temps en forme d'épée.
   
   Moi qui me suis passionné pour la folle question de la destinée -pourquoi cela arrive-t-il?- pourquoi ceci n'arrive-t-il pas?- j'attendais de la mort qu'elle se manifestât avec un peu plus de majesté, des estafettes, des clairons. Napoléon, dans ses derniers instants, espérait que sa fin serait accompagnée de l'apparition d'une comète, à l'instar de César. La comète n'a pas été au rendez-vous. Philosophe, Napoléon s'est exclamé: "On peut tout aussi bien mourir sans comète."
   
   Néanmoins roman "Ne pars pas avant moi" nous permet de croiser le plutôt hautain François Nourrissier, Jacques Vergès entre deux mondes, Franz-Olivier Giesbert torturé. Maurice Rheims, finement appelé "un Mazarin en espadrilles". Et surtout l'ombre du héros de Jean-Marie Rouart, devenu son ami, qui est aussi l'un des miens tant cet homme insupportable a su, si talentueux, si bien écrire et si bien vivre, et surtout, chose rare, ne jamais m'ennuyer. J'ai nommé Jean d'Ormesson, si pimpant et si cabotin, mon Papy Jean.
   
   Mais Rouart nous conte aussi sa jeunesse. Il n'a pas toujours été le séducteur comblé, l'homme aux bonnes fortunes que l'on connait. Peu doué pour le bac et souvent trompé par ses conquêtes, le jeune Jean-Marie se réfugie dans la littérature. Ca prendra un peu de temps, les cases journalisme et critique littéraire le retiendront un moment. Mais il finira par rejoindre Jean d'Ormesson au Quai Conti. Ne pars pas avant moi parvient à émouvoir en faisant sourire, rappelant le bonheur de vivre et sa fragilité comme le titre de son ainé, C'était bien.
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critique par Eeguab




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Talent et désir
Note :

   Arrivé au soir de sa vie, à soixante-douze ans, l’Académicien Jean-Marie Rouart, grand écrivain ayant beaucoup réfléchi et écrit sur le sentiment amoureux, semble faussement s’étonner des surprises que la vie lui a réservées.
   
   Dans un roman autobiographique, il nous conte, sans forfanterie mais avec une plume délicieuse et parfois aussi fielleuse que drôle, comment la vie a fait de lui, le fils d’un couple un peu bohème et fauché, lui qui fut en partie élevé par un couple de pêcheurs de l’île de Noirmoutiers, le personnage relativement célèbre, reconnu et admiré qu’il est aujourd’hui.
   
   Souvent, le tour que l’on donne à sa vie dépend de deux facteurs essentiels : la passion ou l’ambition qui nous font avancer et les rencontres que nous faisons ou savons provoquer. C’est en tous cas ce que nous dit ici l’écrivain, en filigrane.
   
   Lui qui rata son BAC fit une première rencontre amoureuse avec une jeune fille de la haute société, Solange. Elle lui ouvrit les yeux et les portes sur un monde qu’il convoitait mais dont il ignorait les règles, les mœurs et les usages. Elle lui révéla aussi la puissance de la jalousie et la perfidie du sentiment amoureux et passionnel, la jeune femme ne pouvant s’empêcher de poursuivre de multiples aventures et de collectionner les amants de passage tout en conservant sa préférence pour celui qui n’était ni de son milieu, ni de son rang mais qui avait su déceler sa fragilité et en faire la pierre angulaire de son amour pour elle.
   
   Des rencontres, il y en a à foison dans ce livre écrit dans une langue sublime. Les portraits ont la saveur d’un Sainte-Beuve. On se délecte de la façon dont François Nourissier se trouve brossé, avec férocité et tendresse. On chemine derrière les volutes des cigares d’un Vergès secret et ambivalent. On comprend les fauves que sont ou furent un FOG ou un Gianni Agnelli . Mais celui qui compta vraiment plus que tout pour Rouart, c’est l’inimitable Jean d’Ormesson.
   
   Encore adolescent et amant de Solange, il le vit débarquer de sa décapotable Mercedes pour rendre visite à la sœur aînée de Solange. Lui qui rêvait d’être écrivain ne savait pas encore que le flamboyant d’Ormesson serait celui qui saurait détecter son talent, le faire accéder à l’Académie et lui réserver son amitié, faisant de l’impécunieux et indigent Rouart son disciple.
   
   Tout cela se lit avec un plaisir gourmand, celui des belles lettres, de l’érudition, d’une culture classique forgée à la lecture des plus grands et au temps passé avec les beaux esprits de ce monde. Une vie hors norme à la portée de celles et ceux qui cumulent talent et désir de le faire éclore. C’est la leçon en pointillés que l’on pourra retirer de ce très beau livre.

critique par Cetalir




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