Lecture / Ecriture
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La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra
  Morituri
  Les agneaux du seigneur
  Cousine K
  Les hirondelles de Kaboul
  Double blanc
  L'imposture des mots
  L'attentat
  L'écrivain
  Les sirènes de Bagdad
  A quoi rêvent les loups
  Ce que le jour doit à la nuit
  La part du mort
  L’automne des chimères
  L'équation africaine
  Les anges meurent de nos blessures
  La dernière nuit du Raïs
  Dieu n'habite pas la Havane
  L'outrage fait à Sarah Ikker

Yasmina Khadra est le nom de plume (formé des deux prénoms de son épouse) de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Militaire jusqu'en 2000, ce n'est qu'en 2001, après sa démission de l'armée et à la sortie de son 14ème roman, qu'il se démasque comme étant un homme. C'est que ce 14ème roman, "L'écrivain", était d'inspiration autobiographique.

La dernière nuit du Raïs - Yasmina Khadra

Mémoires d'un dictateur
Note :

    Écrit à la première personne, le dernier livre de Yasmina Khadra donne la parole à Kadhafi dans son dernier repaire, l'ancienne école désaffectée de Syrte. Traqué par les rebelles, abandonné par son peuple il est accompagné par une poignée de fidèles et va vivre sa dernière nuit.
   
    Nous l'accompagnons dans ses souvenirs d'enfance, dans son parcours militaire, son pouvoir sanguinaire et son lynchage public.
   
    Un livre qui perturbe parce que le lecteur se trouve plongé dans les pensées les plus intimes et les plus sombres du Raïs.
   
    On sait l'homme mégalomane, violent et violeur, n'ayant aucune compassion pour le peuple libyen, pour ses proches.
   
    Imbu de lui-même, tyran assoiffé de pouvoir, exécutant toutes ses vengeances, il reste lucide sur son rôle et se déclare l'élu de Dieu. D'ailleurs il entend sa voix et agit à sa demande. Kadhafi est investi d'une mission celui de guide suprême.
   
    L'écriture est comme toujours envoûtante, et Khadra ne condamne pas, il nous livre Kadhafi et surtout les pensées d'un homme qui ne se confiait pas.
   
    Sa dernière nuit sera l'occasion pour le Raïs de se souvenir de sa famille, le clan des Ghous, jeune berger du Fezzan, il est devenu ensuite lieutenant colonel et acquiert le rang de Raïs quand il renverse le roi, portant ainsi son pays à la liberté.
   
    Combattu par le monde entier, il rejette la faute à l'Occident, coupable de tuer son peuple.
   
    Intelligent peut être, certainement pas fou, d'ailleurs il savait faire exécuter les plus viles besognes à ses proches.
   
    Un livre qui ne peut laisser indifférent, parce que la voix de Kadhafi nous parle dans son ultime nuit, et que devant nous se tient le Bédouin insolent, l'orphelin domptant le désert, celui qui aurait pu être un vrai guide.
   
    Le livre reste un roman, l'auteur a utilisé l'âme noire du Raïs, mais le lecteur est bousculé dans ses jugements. C'est bien parce que c'est aussi ce que l'on attend d'un livre.
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critique par Marie de La page déchirée




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Un écrivain inspiré
Note :

   4,5
   
   « Mon père, mon père, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Evangile, Marc et Matthieu)
   
   Il ne manque pas de récits relatant les dernier jour de telle ou telle personnalité pour de mauvaises raisons dans l’Histoire. Hitler eut droit à ces sortes d’ « hommages «. Mais, cette fois, le tyran raconte lui-même sa propre fin.
   
    Mouammar Khadafi s’est réfugié, devant l’urgence des rebelles qui s’approchent, à Syrte, au District 2. Auprès de lui, ses fidèles, son général, son colonel, ses serviteurs qui lui offrent une existence de reclus comme si tout était encore normal: l’Etiquette, l’obséquiosité également.
   
    Ce qui est là étonnant; c’est que l’on pénètre, ou l’auteur essaie-t-il, dans la psychologie du « Frère-Guide », qui cherche à trouver des explications à l’inexcusable: ses errements et ses éliminations. Il retrouve son passé; il se remémore sa montée dans la hiérarchie militaire, ceux qui ont tenté de lui faire obstacle. Il est même question de son père. Mais qui était son père? Qui était cet homme venu du ciel par hasard en terre libyenne?
   
    L’auteur ne porte pas de jugement de quelque sorte; il écoute le récit que fait Le tyran au point où, lorsqu’on s’approche de l’Hallali, le lecteur est presque pris de pitié devant ce tyran qui va être immolé et qui fait face. Les occidentaux ne sont pas ménagés.
   
   Les dernières lignes sont absorbantes, envoûtantes, asséchantes. On avale la fin du récit, peut-être pour en finir avec l’agonie dont on connaît l’issue. Tout se réduit pour Mouammar Khadafi: plus d’officiers pour le protéger; même son fils n’est pas gage de survie.
   
    Et l’histoire s’achève exactement comme les images de la télévision l’ont montré. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’en fait Yasmina Khadra avec son style flamboyant, imagé, riche en évocation. On bénit Melpomene de nous avoir envoyé un tel écrivain si souvent inspiré.

critique par Alain Dagnez




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