Lecture / Ecriture
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Il Pleut des Mains sur le Congo de Marc Wiltz

Marc Wiltz
  Le Tour du Monde en 80 Livres
  Il Pleut des Mains sur le Congo

Il Pleut des Mains sur le Congo - Marc Wiltz

Ce qui doit être su
Note :

   1885, le monde civilisé se met autour de la table sans qu’on le lui demande et décide d’un traité de libre échange sans referendum auprès des populations concernées.
   
   "Il y avait aussi les représentants de l’Empire ottoman, cet épouvantail qui fait peur depuis longtemps aux nations européennes, et enfin ceux des Etats Unis qui jouent là leurs premières gammes de gendarmes de la morale internationale, rôle qu’ils affectionnent depuis le massacre des indiens".
   

    Marc Wiltz choisit un thème qui ne m’est pas inconnu pour avoir lu la quasi totalité des auteurs qu’il cite. Dans le Congo propriété privée de Léopold II, un régime de terreur s’est installé. Personne ne sait exactement comment cela a commencé, ni combien ont été concernés, mais une chose est sûre, ce que l’on a vu au Rwanda n’est que résurgence d’une pratique instaurée sous le règne belge. Pour les récalcitrants au travail forcé, un pied ou une main. C’est moins cher qu’une balle, et cela rapporte à l’encadrement. On verra dans les années quatre-vingt dix la variante manche courte manche longue.
   
    En suivant une chronologie des publications, Marc Wiltz fait l’inventaire de ceux qui se sont élevés contre ce colonialisme et dont la parole est restée confidentielle malgré leur renommée. Le roi avait su s’entourer de lobbyistes doués et puissants, n’est-ce pas monsieur Stanley ? "Tous ces ignorants qui négligent tout ce qui a été entrepris pour porter la lumière jusqu’à ces barbares anthropophages qui ne savent ni lire ni écrire, qui sont restés hors de l’Histoire et de la civilisation comme le diront d’autres ignorants français cent ans plus tard."
   
    L’auteur pointe avec justesse l’impuissance des détracteurs et contradicteurs. Ainsi Marc Twain, qui par son "Soliloque du roi Léopold" met une touche finale à la campagne de dénonciation est il un des derniers arrivés. Mais il a compris. Avec son soliloque, Twain a cristallisé ce que les hommes seuls comme Casement et Morel ne pouvaient pas faire advenir. Les Don Quichotte ne triomphent pas de la puissance organisée des systèmes, capable de se régénérer lorsqu’ils sont déstabilisés. Les hommes seuls sont trop vite et trop facilement les proies du discrédit, c’est dans la nature même de leurs combats. Kafka, Orwell et beaucoup d’autres en ont montré l’évidence. Il faut davantage pour triompher et mettre à bas un régime odieux, avant de lui couper la tête, qui a d’ailleurs de fortes chance de repousser. Mais parfois, les régimes meurent sous les coups, à leur tour. Le régime de Léopold est mort sous les mots.
   
    Mais les idées ont la vie dures ! Les thèses développées par Clemenceau et quelques autres face à Jules Ferry sur la valeur ancienne et respectable des sociétés devenues colonisées ne sont pas encore des thèmes structurés. Avant la première guerre mondiale, la question de "la supériorité de la race blanche" est réglée. Seules peuvent se discuter les conditions d’exercices de sa mission civilisatrice. C’est le cas pour le Congo, car les débordements de Léopold sont inacceptables. Ainsi verra-t-on le Congo devenir belge après avoir été propriété privée. Une forme de sémantique inversée permettant d’oublier. Un peu comme on passe de l’UMP aux Républicains. Malheureusement, les mêmes idées sont toujours affleurantes.
   
    Pour les historiens ou les passionnés de l’Histoire coloniale, rien de neuf dans cet ouvrage, mais une approche originale car littéraire et écrite dans un style impeccable. Marc Wiltz écrit bien, est fort sympathique (ce qui ne gâte rien), il donne envie de se pencher sur cette littérature engagée en y mettant beaucoup du sien. Aujourd’hui il se lance dans une croisade personnelle que je relaie bien volontiers.

critique par Le Mérydien




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